Créer un site internet

« Mes voisins trouvaient mes rapports sexuels ...

pierre75017 Par Le 31/07/2023 à 19:13 0

Dans ÉTAT D’ESPRIT

... ils ont lancé une pétition pour m’expulser »

Léa* est étudiante et elle a accepté de témoigner de son anecdote sexuelle la plus insolite : il y a quelques années, ses voisins ont lancé une pétition contre elle à cause de ses rapports sexuels un peu trop bruyants.

TÉMOIGNAGE - Je suis étudiante et du haut de mes 26 ans, j’ai vécu une mésaventure qui, je crois, en dit long sur les gros problèmes de logement dans la capitale et l’enfer des murs en papier qui séparent les appartements.

Quand je suis arrivée à Paris, j’ai eu beaucoup de chance : j’ai pu récupérer le logement d’une amie qui s’en allait. Pas de visites groupées et autres galères de dossier, j’ai emménagé immédiatement dans un 15 m2 humide qui me coûtait 700 € par mois. Une aubaine. Seul problème, rien n’était insonorisé, et on entendait absolument tout ce qui se passait chez les uns et les autres.

FEMME ET HOMME

Des coups sur ma porte et un mot le lendemain

Je ne me suis pas rendu compte tout de suite de la médiocrité de l’insonorisation. J’en ai été informée le jour où, au milieu d’un rapport sexuel pendant lequel je ne me privais pas d’être expressive, un de mes voisins est venu cogner à ma porte, le tout accompagné de cris. Je n’avais aucune conscience que j’étais en train de gêner des gens : à l’inverse, j’ai plutôt ressenti une violation de mon intimité. On est nu, en plein acte, et on entend des coups sur sa porte - qui se trouve à quelques mètres, studio oblige - et c’est extrêmement désagréable, en plus de casser l’ambiance.

Le lendemain, en rentrant chez moi, je suis tombée sur un mot placardé sur ma porte, avec une écriture très enfantine qui disait « La prochaine fois, fais attention quand tu fais crac-crac, tu n’es pas seule ». Sur le coup, j’ai presque pris ça pour une blague. Je me suis sentie très gênée, et dans le même temps, je me suis dit « je ne vais quand même pas m’empêcher de vivre pour mes voisins, et j’ai le droit d’avoir une vie sexuelle ».

Les semaines qui ont suivi, j’ai essayé de faire un peu plus attention au bruit de mes rapports, jusqu’à une rencontre incroyable. Avec cette personne, j’ai décidé de me déconnecter de mon voisinage et de penser à moi. Le sexe a été sportif et mémorable, et je pense qu’à travers le parquet horrible de mon immeuble, mes voisins ont entendu nos voix et quelques bruits sourds assez significatifs.

« On a lancé une pétition contre toi et on va appeler le syndic »

Une fois encore, en plein pendant l’acte, un voisin est venu toquer et crier à ma porte. Avec le recul, je pense qu’il s’était dévoué pour le faire au nom de tout mon étage désemparé. Clairement, côté libido, ça a été la douche froide.

Le lendemain, en rentrant chez moi, il y avait un nouveau mot sur ma porte qui disait « Attention, nous avons lancé une pétition contre toi et on va appeler le syndic ». J’ai commencé à stresser : est-ce que vraiment, on pouvait m’expulser parce que de temps en temps, mes voisins étaient agacés par mes rapports sexuels un peu trop bruyants ? J’en ai parlé avec une amie avocate qui m’a rassurée : rien de ce qui m’était reproché ne pouvait aboutir à une expulsion. Pourtant, je rentrais dans mon immeuble tête basse et même si je reste persuadée que peu de gens pouvaient identifier ma tête, j’ai eu droit à quelques regards en biais. Après chaque rapport sexuel, j’avais l’impression d’être en « walk of shame » [marche de la honte, ndlr] quand je passais dans les parties communes. C’était gênant, inconfortable, et je le vivais très mal.

Mon seul allié dans cet immeuble était mon voisin du dessous, avec qui je m’entendais bien et qui pourtant, entendait particulièrement ce qui se passait dans mon appartement. Parfois, il me disait « Fais attention, hier soir, j’ai dû aller à la laverie pour ne plus t’entendre », mais en même temps, il me disait aussi « Tu es jeune, tu es libre, amuse-toi ». Il me racontait ce qui se passait lors des conversations entre voisins qui se plaignaient de moi ou qui parlaient de la pétition qu’ils comptaient envoyer au syndic, et je sais que c’était le seul de l’immeuble à prendre ma défense. Moi, je culpabilisais de le déranger lui, puisque c’était le seul avec qui j’avais un peu de contact humain.

C’est comme si mon voisinage participait sans y être invité

Après ça, le sexe est devenu un peu moins insouciant. Je conscientisais beaucoup plus chacun de mes gestes et de mes bruits, et je me sentais beaucoup moins libre. C’est comme si à chaque rapport sexuel, il y avait avec moi une troisième personne que je n’avais pas invitée : mon voisinage. Certes, j’ai trouvé des moyens de m’amuser un peu quand même, mais j’ai surtout eu très envie de déménager, le plus vite possible, ce que j’ai fait avant que cette histoire de pétition n’aboutisse à quoi que ce soit de concret.

Je peux comprendre qu’après quelques parties de sexe très bruyantes dans un ancien immeuble de service mal isolé, on puisse être un peu à bout. Mais faire un recours collectif de cet ordre, c’est un geste assez violent ! Surtout que personne n’est jamais venu m’en parler directement. Heureusement, même si cette pétition est certainement une de mes anecdotes les plus honteuses, j’en ai beaucoup ri et j’ai beaucoup dédramatisé avec mes amis. Ils étaient de mon côté, et ça m’a permis de me sentir un peu moins coupable.

Je me suis aussi demandé si, si j’avais été un homme, les réactions auraient été différentes. Je ne suis pas sûre d’avoir la réponse mais ce dont je suis sûre, c’est que je ne suis sûrement pas la première à qui ce genre de choses arrive, vu les appartements catastrophiques qui se louent dans la capitale. D’ailleurs, c’est désormais un de mes critères de recherche de logement principaux : des immeubles neufs et insonorisés, et tant pis pour le cachet des appartements haussmanniens.

Aujourd’hui, j’ai quitté cet immeuble depuis longtemps et je l’avoue, j’ai été extrêmement soulagée de partir. Quant aux bruits de mon voisinage, j’ai développé un seuil de tolérance assez fort : j’ai une dette envers la communauté !

* Le prénom a été modifié

 

sexe Femme vie sexuelle

  • 9 votes. Moyenne 4.7 sur 5.

Ajouter un commentaire

Anti-spam
 
×