
Anne-Claire Legendre, conseillère pour l’Afrique et le Moyen-Orient auprès d’Emmanuel Macron vient d’être nommée à la tête de l’IMA. Cette nomination s’inscrit dans le cadre de la volonté présidentielle de placer ses pions à la tête des grandes institutions du pays avant les élections de 2027 : Conseil constitutionnel, Conseil d’État, Banque de France, Cour des comptes… Dans un entretien qu’elle a accordé au Figaro, l’impétrante ne cache pas sa volonté de faire de ce coûteux joujou un outil offensif de la colonisation arabo-musulmane de notre pays, déjà largement engagée.
Anne-Claire Legendre arrive à la tête de l’IMA alors que la gestion catastrophique de ce dernier par Jack Lang est critiquée de toute part
Après plus d’une décennie à la tête de l’institution, Lang laisse derrière lui un bilan accablant : un déficit structurel, une dépendance extrême aux subventions publiques, et une absence criante de contributions des pays arabes fondateurs. Selon un rapport au vitriol de la Cour des comptes publié en décembre 2024, l’IMA accumule des déficits d’exploitation récurrents, atteignant jusqu’à 4 millions d’euros en 2017, soit une marge d’exploitation négative de 19 %. Pire, alors que les 22 États arabes fondateurs devraient contribuer à hauteur de 40 % du budget, la France supporte seule l’intégralité des coûts, avec une subvention annuelle de 12,3 millions d’euros versée par le ministère des Affaires étrangères. Les pays arabes, censés participer financièrement, ont tout simplement cessé de verser leur quote-part, malgré les relances répétées des autorités françaises
La gestion de Jack Lang a également été marquée par des dépenses somptuaires. Son salaire mensuel brut de 9 250 euros, alors que son prédécesseur n’était pas rémunéré, a suscité l’indignation. Les critiques fusent aussi sur l’absence de contrôle rigoureux des dépenses et sur l’opacité de la gouvernance, aggravée par les polémiques liées à ses relations avec Jeffrey Epstein, qui ont précipité sa démission
La nouvelle présidente, Anne-Claire Legendre, arrive donc avec une mission périlleuse : redresser une institution au bord du gouffre financier et restaurer la confiance des partenaires et du public. Elle a d’ores et déjà annoncé un audit complet de la gestion financière et des ressources humaines, ainsi qu’une volonté de moderniser la gouvernance. Mais le défi est immense : comment convaincre les pays arabes de reprendre leur part de financement, alors que leur désengagement s’est accentué ces dernières années ? Comment réduire la dépendance à l’État français, alors que l’IMA reste pour le pouvoir un outil stratégique de diplomatie culturelle ?
Legendre entend faire de l’IMA un acteur central de la promotion d’une « arabité ». Comprendre un levier d’influence pour les régimes du Golfe…
Ses déclarations récentes, notamment sur la nécessité de « recréer des récits collectifs » et de « diversifier les recettes » de l’institution, soulèvent des questions légitimes sur les véritables objectifs de l’IMA : s’agit-il d’un outil de diplomatie culturelle, ou d’un instrument de soft power au service d’intérêts étrangers ?
Créé en 1980, l’IMA était censé être un pont entre la France et le monde arabe, un lieu de rencontre entre les cultures et les savoirs. Pourtant, sous la présidence de Jack Lang, puis avec l’arrivée d’Anne-Claire Legendre, l’institution semble de plus en plus s’inscrire dans une logique d’influence, voire de colonisation culturelle inverse. Legendre elle-même l’admet : « Partout, les puissances révisionnistes ont envie d’enterrer l’Histoire et de manipuler les débats. » Cette phrase, prononcée lors de son entretien au Figaro, est révélatrice. De quelles « puissances révisionnistes » parle-t-elle ? Gageons qu’il ne s’agit pas, pour la nouvelle présidente, des régimes autoritaires du Golfe, comme l’Arabie saoudite, le Qatar ou les Émirats arabes unis, qui investissent massivement dans des institutions culturelles en Europe pour y diffuser leur vision de l’islam et de l’histoire arabe. Les « puissances révisionnistes » selon Legendre seraient plutôt les méchants tenants d’une vision identitaire de la francité et de l’européanité…
Legendre ne cache pas son admiration pour les politiques culturelles « extrêmement volontaristes » de ces pays
Elle voit dans l’IMA un « outil exceptionnel pour intensifier nos liens avec ces pays ». Ces régimes, connus pour leur mépris des droits de l’homme et leur promotion d’un islam rigoriste, cherchent-ils simplement à « apaiser les débats », comme le suggère Legendre, ou à imposer leur narration en France ?
La promotion de l’« arabité » : un projet communautaire ou républicain ?
Un des axes centraux du projet de Legendre est la valorisation de l’« arabité » française. Selon elle, « presque 10 millions de Français ont un lien avec l’Algérie », et cet héritage « façonne notre vision du monde, notre culture, notre esthétique ». Si personne ne nie l’importance historique et culturelle des liens entre la France et le monde arabe, la manière dont Legendre aborde ce sujet est troublante. Elle évoque une « part d’arabité » comme une composante essentielle de l’identité française, sans jamais préciser si cette arabité est culturelle, religieuse, ou les deux.
Or, dans le contexte actuel, où l’islam politique et les revendications communautaristes gagnent du terrain, une telle rhétorique peut être interprétée comme une légitimation des demandes identitaires portées par certaines franges de la population. Legendre précise bien que « l’arabité est chrétienne, juive et musulmane », mais comment éviter que l’IMA ne devienne, malgré ses dénégations, un relais des revendications islamistes ou panarabistes ? D’autant que l’institution prévoit de développer des cours de langue arabe, en partenariat avec l’Éducation nationale. Qui contrôlera le contenu de ces enseignements ? Seront-ils neutres, ou influencés par les pays du Golfe, qui financent déjà des mosquées et des centres islamiques en France ? La réponse ne fait hélas guère de doute.
Un financement opaque et une dépendance dangereuse
Déjà, certains pays arabes réclament « leur part dans la prise de décision », comme le reconnaît Legendre. Si l’IMA devient financièrement dépendant du Qatar ou de l’Arabie saoudite, comment garantir son indépendance ? Les expositions sur Gaza, citées en exemple par Legendre, pourraient-elles basculer dans la propagande pro-palestinienne ou anti-israélienne, sous pression des financeurs ? La diplomate assure vouloir un « débat apaisé », mais dans un contexte où les tensions géopolitiques au Moyen-Orient sont explosives, l’IMA risque de devenir un champ de bataille idéologique plutôt qu’un lieu de dialogue.
Un mandat court, mais des ambitions longues
Legendre a été nommée jusqu’à la fin de l’année 2026, mais elle affirme vouloir « durer ». Son projet est clair : moderniser l’IMA, diversifier ses sources de financement (notamment via le mécénat d’entreprise et les locations d’espaces), et en faire un acteur incontournable de la diplomatie culturelle française. Pourtant, ses liens étroits avec Emmanuel Macron et son passé de conseillère pour le Moyen-Orient soulèvent des interrogations. Est-elle là pour servir les intérêts de la France, ou ceux des régimes arabes avec lesquels elle a longtemps collaboré ?
Son insistance sur la nécessité de « recréer des grands mythes » et de « mettre en avant la parole des intellectuels arabes » est révélatrice. Dans un pays comme la France, où le débat sur l’immigration, l’islam et l’identité nationale est déjà ultra-polarisé, une telle approche pourrait aggraver les tensions plutôt que de les apaiser. L’IMA, sous sa direction, risque de devenir un outil de promotion d’une vision particulariste de l’histoire et de la culture, au détriment, une fois de plus, du récit national.
L’IMA, fer de lance d’une colonisation culturelle
La nomination d’Anne-Claire Legendre à la tête de l’IMA s’inscrit dans une stratégie plus large de réorientation de l’institution vers les enjeux géopolitiques du Moyen-Orient. Entre la promotion de l’« arabité », la dépendance financière envers des régimes autoritaires, et la volonté de « recréer des récits collectifs », l’IMA pourrait bien devenir un instrument de soft power au service des monarchies du Golfe et des mouvements communautaristes en France.
Si Legendre assure vouloir « rassurer le public et les contribuables », ses déclarations et son projet soulèvent une question fondamentale : l’IMA est-il encore un « lieu de dialogue culturel », ou plutôt un cheval de Troie de l’influence arabo-musulmane en France ? Dans un contexte où les tensions communautaires et les ingérences étrangères sont déjà une réalité, poser cette question relève sans doute d’une grande naïveté…
Henri Dubost