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MARSEILLE - Propos sur la flamme olympique

Marseille a donc eu « sa » flamme. La flamme symbole des Jeux olympiques est arrivée à Marseille mercredi dernier, le 8 mai, première étape d’un itinéraire appelé à parcourir la France. Au-delà de la mise en scène de l’arrivée de cette flamme à Marseille, nous devons prendre un peu de recul et penser une critique politique de ce dispositif.

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La flamme olympique à Marseille

Je voudrais ici, aujourd’hui, prendre un peu de recul par rapport à l’enthousiasme qui semble avoir gagné notre ville, en pensant aux raisons que peut avoir Marseille de ne pas s’associer à cette folie de la flamme. D’abord, si la flamme vient à Marseille, avec quelques épreuves des Jeux (forcément, il n’y a pas la mer à Paris), cela ne peut faire oublier la misère des installations sportives permanentes dans notre ville. Même si je ne suis pas sportif, je ne peux que regretter le manque de projets d’éducation au sport pour les jeunes et d’entraînement et de pratiques pour les sportifs à Marseille. Le sport ne pourrait contribuer à enrichir la vie sociale de Marseille que s’il s’agissait d’une véritable pratique et non d’une illusion. Cela m’amène à une seconde raison de ne pas partager l’enthousiasme : c’est une hypocrisie d’investir et de dépenser autant d’argent pour une flamme qui n’est qu’un outil publicitaire quand tout cet argent pourrait être investi dans une véritable politique municipale du sport fondée sur l’égalité. Le sport véritable, c’est celui par lequel, grâce à nos pratiques, nous exprimons la réalité de notre corps et sa vérité. Ce n’est pas le faux sport de la concurrence et du nationalisme des Jeux olympiques. Une véritable économie urbaine du sport permettrait, à Marseille, de repenser la géographie du sport dans une perspective plus égalitaire et d’imaginer de nouvelles façons d’encourager la pratique du sport, ou, tout simplement, de la rendre possible. Les rituels olympiques et le spectacle des Jeux ne sont que des façons de dénier l’absence, dans la ville et dans la métropole, d’une véritable politique du sport pour toutes et pour tous. Par ailleurs, une hypocrisie particulière est venue d’un homme politique de la droite marseillaise, Jean-Yves Sayag, conseiller métropolitain délégué à la propreté, adjurant les éboueurs, qui menaçaient de le faire, de ne pas se montrer lors de la flamme : « pour Marseille », a-t-il dit. Cela veut dire que les salariés des  ordures ne sont pas des marseillais dignes de représenter leur ville ? On leur refuse les salaires auxquels ils ont droit, mais, pour les Jeux olympiques, on leur demande d’adhérer aux manifestations de « l’enthousiasme municipal » ? De plus, associer le rituel de la flamme à la politique de la propreté urbaine est une façon de renouer avec le caractère purificateur du feu dans les mythologies classiques de notre monde. Enfin, je suis scandalisé, une fois de plus, par le « deux poids, deux mesures » : cette passion pour le sport marseillais ne dure que le temps de la flamme et des quelques épreuves qui vont se dérouler dans la ville. Le sport marseillais n’intéresse les investisseurs et les décideurs que le temps des Jeux olympiques. En-dehors de ce moment, il n’existe pas, il n’attire pas l’attention. Au fond, les Jeux olympiques de 2024 ne vont être, pour Marseille, qu’une vitrine de plus. Mais qu’y a-t-il derrière la vitrine ?

Le lien entre le sport et la surveillance

L’hypocrisie est là : dans le fait de faire croire que les Jeux olympiques sont une chance pour Marseille alors qu’ils ne sont qu’un fardeau de plus. Ce que l’on retiendra, c’est l’accroissement démesuré de la police et de la surveillance le jour de l’arrivée de la flamme et de la venue des personnalités politiques. D’après une infographie (Le Monde, 8 05 24), le porteur de la flamme sera précédé par une unité de CRS ou de gendarmes, des motos de police ou de gendarmerie, un véhicule de de commandement du dispositif de sécurité, et il sera suivi par un dispositif de neutralisation d’une hypothétique attaque terroriste, un véhicule de lutte antidrone et une autre unité de force mobile. Je n’aimerais pas être le porteur de la flamme ainsi emprisonné. Parmi les incidences politique des Jeux olympiques pour Marseille, on peut ainsi noter le renforcement de la surveillance, la restriction des libertés et la manifestation des inégalités. Le sport pourrait jouer un rôle dans la vie sociale d’une ville, car il pourrait être un moyen de renforcer le lien social et l’expression de l’identité urbaine. À Marseille, il pourrait faire partie des façons de réveiller la ville, de la sortir de sa torpeur sociale, mais, au contraire, l’événement des Jeux olympiques ne va contribuer qu’à renforcer l’endormissement de la vie urbaine. Il est temps que « Marseille au bois dormant » s’éveille enfin et ne se fasse pas encore plus endormir par le faux événement des Jeux olympiques.

L’histoire de la Flamme

Rappelons-nous, enfin, l’histoire. Le rituel de la « flamme olympique » n’est pas si ancien que cela. Il a été imaginé par Hitler lors des Jeux olympiques de Berlin, en 1936. À cette date, s’il n’avait pas encore pleinement commencé, le projet de la mort dans les camps avait déjà germé dans l’esprit du dictateur fou. La purification par la flamme des fours, dans les camps d’extermination aura marqué le règne de Hitler. Il s’agissait bien de reconnaître le soi-disant pouvoir purificateur du feu, mais en l’appliquant à des êtres humains, notamment aux juives et aux juifs. Les Jeux olympiques n’ont fait, par la suite, que reprendre cette mise en scène de la mort en lui reconnaissant une sorte de légitimité et en la mettant en scène, tous les quatre ans, pour symboliser le début des Jeux. C’est ainsi la mort par l’extermination qui symbolise l’ouverture des Jeux olympiques, comme si les nations du monde se faisaient, ainsi, les complices du projet qui a distingué le nazisme des autres régimes totalitaires du monde contemporain. Par ce rituel de la flamme et le souvenir qu’il implique, les Jeux tournent résolument à une politique fondée sur l’égalité et l’abolition de toutes les discriminations. C’est dur, ainsi, de voir Marseille se faire la complice de ce projet délirant en le mettant en scène sur son sol, dans l’espace de son urbanité et de sa culture. Il faudrait rappeler le sens premier de la forme contemporaine de ce rituel en le disant à celles et à ceux qui sont, pour la plupart d’entre eux, trop jeunes pour avoir connu le nazisme ou même pour se l’être fait raconter par leurs parents. Si les femmes et les hommes peuvent perdre la mémoire, l’histoire est là pour la leur faire retrouver dans les événements de leur temps. Il ne faut surtout pas oublier l’histoire et son temps long.

Bernard Lamizet

 

Date de dernière mise à jour : 16/05/2024

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