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THÉÂTRE - Les Rafles, d’un siècle à l’autre

25 000 personnes déplacées, 50 rues rasées. 80 ans. Ces chiffres sont ceux des rafles de janvier 1943 à Marseille. L’épuration de Marseille en une seule nuit pour appréhender les repris de justice, les souteneurs, les clochards, les gens sans aveu, tous les juifs, les personnes sans travail depuis 1 mois... la racaille dirait-on aujourd’hui, les éloignés de l’ emploi ?

Les rafles, d'un siècle à l'autre | Théâtre des Chartreux | BilletReduc.com

Nous sommes sur le plateau d’un théâtre aujourd’hui. On écoute la voix grave de Marseille qui gronde quand elle entend les aménageurs d’Euroméditérranée parler de la ville ou de la rue de la République, achetée par un fonds de pension américain qui fit faillite depuis.

Virginie Aymone, gilet beige et bras nus en mouvements perpétuels, joue tous les rôles de cette farce noire politique où Jeremy Beschon, le metteur en scène, nous conduit de 1923 à 2023. Un siècle tout de même.

On passe d’une époque à l’autre sans transition puisque l’héroïne, c’est Marseille. Le Marseille historique, dynamitée par le Reich avec des plans français.

Des plans qui remontent à Gaston Flaissières, maire de la ville qui s’inquiétait déjà des arrivées de pouilleux arméniens, ou de la pègre italienne, pour ne pas dire napolitaine.

L’actrice se transforme, devient toute une famille juive d’Algérie. Elle boite, jouant le père expliquant à sa fille l’actualité des journaux, tantôt la mère cuisinant à la maison ou parlant des flirts dans la cave avec un voyou résistant. Les journaux, en papier, sont un personnage dans la pièce. Leur âge d’or fut autour de 1920. Tirages énormes, arrivée de la photographie et caricatures diverses.

Le propos est ailleurs. Il est autour de l’urbanisme et de l’architecture. Les architectes Castel et Ballard furent les artisans d’une régénération de la ville. Construction de la prison des Baumettes d’un coté, éradication des quartiers furoncles autour du vieux Port. Les vases communicants.

Ces quartiers pauvres, on les dénigre, et on veut surtout en faire sortir la population pour l’éjecter plus loin. Donc on l’accuse de prostitution, d’être criminelle, d’être malade. Autour de 1930, Gaston Flaissières s’associe pour l’emporter de nouveau à la mairie avec Sabiani, fasciste et associé à la pègre. Flaissieres décède et laisse la place à Sabiani. Un boulevard pour les bandits et les fachos.

Sur scène, Spirito contre les Guérini, les bandits tiennent la ville. La bourgeoise qui fait ses affaires avec le port colonial, s’en accommode car ce sont les malfrats qui cassent les grèves.

Le grand incendie de 1938 surprit le président de la République à Marseille. Ça l’agaça et les journaux empilèrent les titres sur Marseille -Chicago. La ville est déchue de ses droits civiques. Un émissaire parisien la dirige «Un gouverneur colonial » Les architectes tels Greber ou Baudoin, architecte en chef du gouvernement en 1941, rempilent avec leurs plans d’assainissement , notamment le nettoyage par curtage . Deux idées gouvernent la Plan : assainir et faire entrer l’automobile dans la ville. Voir Alessi Dell  Umbria. ( Histoire Universelle…Agone)

Virginie Aymone est une mère de famille dans les quartier St Jean et St Laurent ou la tuberculose fréquente l’empire du pêché, ou la canaille s’épouvante de ces pauvres. Il faut réaliser des dégagements, des percées, des ouvertures par destructions comme ça déjà été fait «derrière la bourse »pour le quartier de l’ancienne Blanquerie ( Blanchisserie) dés 1906. Parfois Virginie Aymone saute en 2023 dans une réunion d’aménageurs. Une femme raconte comment on lui a cassé ses canalisations pour l’expulser. Mais on lui fait une offrande en la sortant de cette misère. Mêmes ressorts un siècle plus tôt. Laisser la gangrène s’installer et exiger de couper le membre entier. La médecine urbanistique traite par l’ablation et la dynamite le grand corps malade de la ville. Cette chirurgie propose la coupe franche.

Marseille, le chancre de l’Europe, devint après la défaite de la France, une zone à épurer sur ordre du Führer en personne. Quelques attentats contre les soldats allemands vont précipiter le mouvement. Les rafles vont pouvoir commencer. Réformés, Canebière jusqu’à St Charles puis on va s’occuper du Vieux Port.

Avec le travail et les archives sur ces rafles, on assiste sur scène à une reconstitution. Témoignages dits à haute voix entrecoupés du récit. Petits commerçants lésés, chacun pour soi et déportation dans les camps de la mort pour 800 juifs tandis que 12 000 habitants vont s’entasser à Fréjus, y périr pour certains, ne jamais revoir leur quartier, nettoyé par l’urbanisme, liquidé par René Bousquet, ami jusqu’au bout du Président François Mitterrand. Avec pour exécutants l’armée allemande et la police française.

Les Rafles, d’un siècle à l’autre. Compagnie Manifeste Rien.Texte: Jeremy Beschon avec la collaboration de Virginie Aymone et de Pascal Luongo. Le spectacle se jouait au Théâtre des Chartreux cet hiver.

Date de dernière mise à jour : 16/05/2024

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