
« La vie n’a de sens que dans l’extrême, mais l’extrême comporte quelques risques. »
(Jean-Marc Boivin)
Notre époque est triste, lugubre et mortifère. L’homme occidental – le Français surtout ! – semble avoir perdu le sens de l’humour, de la dérision, mais aussi son légendaire bon sens. Le rire est devenu graveleux, ironique, vulgaire, salace, méchant. L’esprit chansonnier a quasiment disparu. Il survit encore dans quelques cabarets comme « les deux ânes ». Mais depuis que notre pays est passé d’un socialisme larvé – sous Giscard d’Estaing – à un socialisme assumé – sous Mitterrand, il se prend très au sérieux et il légifère à tort et à travers pour sanctionner lourdement ceux qui osent rire des minorités, qu’elles soient raciales, religieuses ou sexuelles.
En France, on peut se moquer des cathos, des « beaufs » et des blondes, tout le reste est tabou. Le quidam peut tomber sous le coup de la loi pour… 27 motifs de discriminations. Ce pays est devenu un remake de l’ex-URSS sans même sans rendre compte. Le premier à faire cette comparaison – osée – entre la France et l’URSS, est Jacques Marseille, mort en 2010 et bien oublié depuis. Il était spécialiste d’histoire économique et chroniqueur, connu pour ses prises de position ultras libérales. Fils d’un cheminot, il avait fait des études d’histoire à la faculté catholique de Lille. Reçu premier à l’agrégation d’histoire en 1969, il adhérait, la même année, au PCF. Pour lui, notre Empire, à compter de 1930, fut surtout « un débouché pour un capitalisme archaïque soucieux de retarder au maximum une restructuration imposée par l’évolution internationale ».
À l’époque, on suppose que chez le camarade Staline, le « petit père des peuples », tout allait sans doute beaucoup mieux ! Pourtant, depuis Dimitri Panine et Alexandre Soljenitsyne, on en connaissait un rayon sur le Goulag et les purges sanglantes ! Comme « seuls les imbéciles ne changent pas d’avis », ce qui les différencie des girouettes, il effectue un virage radical vers le libéralisme débridé : l’économie de marché après celle de Georges Marchais. L’homme est lucide puisqu’il déclare, en 2006 : « J’ai gardé de mon passage au PCF une méfiance absolue et finalement justifiée envers la social-démocratie française. Le Parti Socialiste a toujours eu cette posture anti-argent et anticapitaliste tout en faisant des promesses d’égalité qu’il a toujours trahies. Seule une droite assumée et fière de ses valeurs peut faire ce que le PS est incapable de faire : établir une société plus équitable ». Certes, sa droite n’est pas la mienne, mais la dernière phrase me convient puisque Maurice Barrès disait en gros la même chose en 1920.
La comparaison entre l’ex-URSS et la France a été reprise, ensuite, par Jacques Lesourne qui fait un parallèle entre l’URSS et nos Trente Glorieuses, années de croissance ininterrompue (entre 1945 et 1975). Comme en URSS, l’État et sa nomenklatura ont joué un rôle moteur dans la modernisation d’une économie restée longtemps à dominante agricole. Mais, pour Lesourne, là s’arrête la comparaison : en France, l’État n’a pas engendré le Goulag. Qui plus est, la planification n’a pas déterminé l’évolution de l’économie. Mais, le modèle français a, selon lui, atteint ses limites sous l’effet de trois grandes évolutions :
a) L’émergence de la société d’information, du « tout image », des réseaux sociaux.
b) La mondialisation qui est l’une des causes de notre désindustrialisation.
c) Le vieillissement de la population française.
Sans aller jusqu’à parler de Perestroïka et de Glasnost, Jacques Lesourne appelle à un effort d’adaptation, en suggérant une troisième voie, entre l’ultralibéralisme et l’économie solidaire: une série de réformes qui concernent la fonction publique, les prélèvements obligatoires, le marché du travail, et même l’éducation nationale. Toutes ses suggestions ne sont pas mauvaises, loin s’en faut, mais elles sont imprégnées, imbibées, dégoulinantes, de l’idéologie humaniste des économistes de gauche, ces gens qui pérorent sur les plateaux télé et qui passent leur vie à se tromper.
Pourtant, oui, la France de Macron ne manque pas de similitudes avec l’ex-URSS.
L’information y est aussi peu honnête que ce qu’écrivait La Pravda sous Staline.
La radio et la télévision sont à la solde du pouvoir et lui servent la soupe.
Depuis les lois Pleven, Gayssot, Taubira et consorts, la liberté d’expression et d’opinion est morte. Il existe chez nous… 27 motifs de discriminations qui peuvent vous valoir de lourdes condamnations. Comme dans l’ex-URSS, le délit d’opinion est sévèrement puni.
On ne déporte pas les opposants au Goulag mais on les traîne devant les tribunaux.
On a même réinventé le « Commissariat au Plan ». Le Commissariat au Plan, c’est ce qui a permis jadis à l’URSS de livrer des chasse-neige… au Burkina Faso du capitaine marxiste Thomas Sankara, celui que la presse de gauche surnommait le Che Guevara noir. Il ne neige JAMAIS au Burkina Faso mais le plan quinquennal prévoyait de construire des chasse-neige pour les pays amis ou satellites de l’URSS. C’est pourtant vrai !
Quant à Emmanuel Macron, il a une vision stalinienne de la Constitution. Il s’assoie dessus et se fout éperdument du pouvoir législatif. Il est LE pouvoir à lui tout seul, et il gouverne en fonction de ses humeurs ou de ses caprices. Le pouvoir exécutif ou législatif, il ne s’en sert que pour caser ses affidés et ses larbins. Comme Staline, en moins féroce, il cumule l’absence de morale, le cynisme et le mensonge. Conscient que tout va à vau-l’eau dans le pays qu’il a ruiné et laissé envahir par une faune allogène qui le détruit un peu plus chaque jour, il rêve d’une gouvernance européenne dont il serait le chef. Il voudrait réaliser le vieux rêve de Giscard d’Estaing. Être le Joseph Staline d’une nouvelle URSS : Union des Républiques Soumises à la Social-démocratie. Voir la fin des États-nations au profit d’une Europe-passoire dont les populations – bigarrées et créolisées – ne feraient référence qu’à leurs racines, et uniquement pour culpabiliser l’homme blanc, raciste, poujadiste, esclavagiste, colonialiste, bref… fasciste.
Mais il y a une autre similitude entre la France et l’ex-URSS : l’assistanat que l’on doit à l’État providence. Clemenceau disait : « Le gouvernement sème des fonctionnaires et le contribuable récolte des impôts ». Il disait ça à une époque où, en dehors de l’armée, la France comptait à peine 500.000 fonctionnaires. Le phénomène s’est accéléré depuis la Seconde Guerre mondiale. Notre pays fabrique à la pelle des fonctionnaires et des assistés. À l’heure actuelle, la France compte 6 ou 7 millions de fonctionnaires, 3 millions de pensionnés (retraités) de la fonction publique et 7 millions d’allocataires des minimas sociaux. Je ne conteste pas, bien évidement, la nécessité de recruter des fonctionnaires pour les missions régaliennes de l’État mais je constate que, depuis la Libération, le pays est passé de 41 millions d’habitants à 68 millions et le nombre de fonctionnaires a été multiplié par… six. Le plus bel exemple est l’agriculture : en 1945, la population agricole (exploitants et leurs salariés) était de 10 millions de personnes. Cette population est actuellement de 380.000 paysans et 250.000 ouvriers agricoles. Durant le même période le nombre de fonctionnaires du ministère de l’agriculture a explosé. Il est de 36.000 fonctionnaires soit, en gros, un fonctionnaire pour dix paysans (1).
On a fabriqué, comme dans l’ex-URSS, un peuple de fonctionnaires auquel on garantit la sécurité de l’emploi ; une population d’assistés qui vit sans travailler, du RSA et d’aides sociales diverses et variées ; et une population immigrée qui, elle, vient chercher chez nous les bienfaits de l’État providence. « Et en même temps » comme dit l’avorton présidentiel, on fait tout pour étrangler ou décourager l’entreprise individuelle. Or, ce qui fait le sel, le piment, de la vie, c’est le risque et ses montées d’adrénaline. J’ai mis en entête de cet article une citation de Jean-Marc Boivin. Alpiniste, parapentiste, parachutiste et base-jumper français, il détenait des records d’altitude en deltaplane et en parapente. Il a été, entre autres, le premier à décoller de l’Everest en parapente. Il s’est tué le 17 février 1990 lors d’un saut en base-jump dans la zone du Salto Angel au Venezuela. Il aimait le risque, trop sans doute ? Ce n’est pas forcément un modèle mais le risque – si possible bien calculé – est une de nos dernières libertés. C’est viscéralement une valeur de droite. L’homme de gauche est nourri des droits-de-l’homme. Son marqueur idéologique, c’est 1789, puis la Terreur et le rasoir national. L’homme de droite est épris de liberté, laquelle ne peut être qu’individuelle. Je me souviens du propos de la maoïste Han Suyin en 1968 : « Les Chinois n’ont pas besoin de liberté individuelle car ils ont des libertés collectives ». Non, LA liberté, qui implique des droits et des devoirs, se décline au singulier et ne saurait être collectivisée ! L’homme de droite se veut un homme libre. Je me situe, tout naturellement, presque génétiquement, à droite. Pas dans cette droite affairiste et libérale (surtout en matière de mœurs !) mais dans un courant « patriote et social » (2). Pour moi, dans le mot droite, il y a droiture, c’est à dire franchise. Il y a un aspect direct, loyal, sans intrigue, qui me semble découler de ce concept. L’homme de droite n’est pas meilleur qu’un autre mais il a du panache et sait sauver les apparences.
À l’inverse de la gauche, qui vient de senestre – sinistre – la gauche est synonyme de déloyal, de maladroit. C’est sans doute pour ça qu’elle attire prioritairement les exclus, les aigris et les ratés. Les gens qui attendent tout de la société, des autres, et rien d’eux-mêmes. La droite se rattache philosophiquement à l’ordre naturel, au message chrétien, même s’il y a, à droite, des agnostiques et des athées. L’homme de droite est un pessimiste (ou un optimiste lucide !) et un pragmatique. Il ne croit pas au paradis sur terre, fût-il rouge ou rose. Il pense sincèrement que, contrairement à ce que dit Rousseau, l’homme ne naît pas bon. Il naît avec des qualités et des défauts que seuls la peur du gendarme, la discipline, l’éducation, les principes moraux, les mœurs, aideront à rester sur une ligne de conduite relative. Le « Fays ce que vouldras » – la devise de l’« Abbaye de Thélème » de François Rabelais – ne dit pas autre chose : des gens éduqués selon les mêmes valeurs morales, les mêmes principes, n’ont pas besoin de lois pour régenter leur vie de tous les jours, mais encore faut-il avoir des valeurs communes qui ne se limitent pas à un égocentrisme narcissique !
Dans mon esprit, l’homme de droite a davantage de devoirs que de droits: celui de défendre la veuve et l’orphelin, de travailler pour nourrir sa famille, d’éduquer ses enfants, etc. L’État n’est là, au-dessus du citoyen, que pour exercer ses fonctions régaliennes : la défense, l’éducation, la justice, la santé publique. Mais être un homme libre, un individualiste, ne veut pas dire être égoïste, égocentrique, ou pire narcissique comme Macron.
Les présidents de la Ve Ripoux-blique, presque tous sociaux-démocrates, auront réussi à faire des jeunes Français des glandeurs qui ne pensent qu’aux loisirs, aux 35 heures, ou qui rêvent d’être fonctionnaires au ministère de l’Écologie, voire influenceurs, ce métier qui n’en est pas un et qui permet de gagner de l’argent en minaudant devant son Smartphone ou une caméra.
Mais ne dramatisons pas car, après tout, « là où s’arrête la mer commence la grève ». La gauche est la mer qui rogne nos côtes. Soyons le roc, la falaise, la digue qui protégera le rivage. Il existe bien, entre les deux, une zone de marnage, ce dénivelé entre la marée haute et la marée basse. C’est là qu’on trouve les crabes, les mollusques, les invertébrés, les galettes de mazout des dégazages en mer et les ordures abandonnées par des plaisanciers indélicats. Cette zone, fluctuante à chaque marée, symbolise à mes yeux cet « extrême centre » que Macron voudrait nous imposer. Mais cette zone floue disparaît à chaque marée. Donc ne perdons pas espoir. On peut espérer un retour de balancier. « Le désespoir en politique est une sottise absolue » disait Charles Maurras.
Éric de Verdelhan
1) Le ministère de l’Agriculture allemand emploie… un millier de fonctionnaires.
2) Je fais référence aux « Jeunesses Patriotes et Sociales », mouvement nationaliste crée en 1969 par Roger Holeindre, et dont j’ai été adhérent.