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MUNICIPALES 2026 - Paris, repaire de la bourgeoisie de gauche

La Rive Gauche de Paris : Guide Complet pour Vivre, Investir et Explorer

Avec 37,98 %, Emmanuel Grégoire, candidat PS-Les Écologistes-PCF, crève le plafond dès le premier tour. Loin derrière, Rachida Dati, centriste soutenue par Macron1, plafonne à 25,46 %, tandis que Sophia Chikirou (LFI) réalise un score non négligeable de 11,72 %. Mais au-delà de ces chiffres il faut comprendre le contexte sociologique à l’œuvre. Car la victoire de la gauche à Paris ne doit pas qu’aux quartiers populaires. Elle est aussi l’enfant de la bourgeoisie. Celle qui méprise le peuple.

Les arrondissements chics de gauche

À l’Est, les arrondissements populaires votent à gauche (XVIIIe, XIXe et XXe). Rien de surprenant : ces territoires, marqués par une forte diversité sociale et ethnique et une tradition militante ancrée, constituaient le socle naturel de la gauche parisienne depuis des décennies. Mais la gauche est aussi très présente dans les arrondissements bourgeois. C‘est un vote de classe: ces électeurs savent qu’ils n’auront jamais à subir les conséquences des politiques qu’ils appellent de leurs vœux. Leurs enfants sont dans le scolaire privé, leurs résidences secondaires les attendent les fins de semaine, et la mixité sociale qu’ils applaudissent dans les discours ne franchira le seuil de leur immeuble que lors de la livraison de leur dose de drogue2.

Le VIe arrondissement ou la conversion des héritiers

Dans le très chic VIe arrondissement, là où le prix du mètre carré flirte avec les 15 000 euros, là où se pressent les ministères, les institutions et les librairies de renom, Emmanuel Grégoire réalise 36,55 % .

Comment expliquer une telle progression dans un territoire qui fut longtemps le fief du centre-droit ? Le VIe arrondissement, c’est Saint-Germain-des-Prés, ses cafés philosophiques et ses éditeurs. C’est le Luxembourg et ses familles aisées. C’est aussi, et peut-être surtout, une certaine idée de l’intellectualisme parisien, celui qui se veut progressiste en diable mais ne se mélange pas avec le peuple. Les habitants du VIe, cadres supérieurs, avocats, professeurs émérites, ont fait le choix d’une gauche de gouvernement, rassurante, qui ne menace ni leur patrimoine ni leur mode de vie. Ils peuvent voter Grégoire sans remords : la maire sortante a prouvé pendant son mandat qu’elle savait gérer la ville sans la révolutionner. Le vélo, les pistes cyclables, la piétonnisation des quais : autant de mesures qui, loin de nuire aux beaux quartiers, les ont rendus plus agréables à vivre pour ceux qui y résident.

Le Ve arrondissement ou la gauche des amphis

Dans le Ve arrondissement, autre bastion intellectuel et bourgeois, le phénomène est encore plus spectaculaire. Emmanuel Grégoire y atteint 41,17 %, soit très au-dessus de sa moyenne parisienne. Le Ve, c’est la Sorbonne, le Panthéon, la montagne Sainte-Geneviève. C’est une population d’universitaires, de chercheurs, de hauts fonctionnaires. C’était aussi, traditionnellement, un terreau plutôt conservateur. Mais les résultats sont là : la gauche y fait un score historique, talonnant presque la majorité absolue.

L’explication tient sans doute dans la sociologie particulière de cet arrondissement, qui concentre une population intellectuelle très sensible aux thématiques wokes, écologiques et sociétales. Le vote Grégoire y est un vote d’adhésion à une certaine vision de la ville progressiste.

Le XIVe arrondissement ou la gauche des cadres

Dans le XIVe arrondissement, cher aux cadres supérieurs et aux familles aisées du sud de Paris, Emmanuel Grégoire frôle atteint 41,51 %. Le XIVe, c’est un arrondissement de transition, entre le Paris intellectuel du Ve et le Paris un peu plus populaire du XIIIe. C’est aussi, et peut-être surtout, un arrondissement qui a massivement voté pour Anne Hidalgo en 2020 et qui confirme son ancrage à gauche.

Ici, le vote Grégoire s’explique par un mélange de facteurs : une population jeune et diplômée, sensible aux questions environnementales; une forte proportion de familles qui ont fait le choix de rester à Paris plutôt que de fuir en banlieue. Mais là encore, le paradoxe est frappant : le XIVe, avec ses rues calmes et ses immeubles cossus, vote plus à gauche que le XIXe, avec ses tours et ses cités.

Une partie de la bourgeoisie préfère voter pour une gauche, dont elle partage finalement les valeurs sociétales. Le clivage droite-gauche, sur ces territoires, n’a plus guère de sens : ce qui compte, c’est l’entre-soi, la préservation d’un certain art de vivre, et la certitude que, quel que soit le bulletin glissé dans l’urne, rien ne changera vraiment.

Le tropisme insoumis des beaux quartiers :

Le phénomène est encore plus frappant, et politiquement plus significatif, lorsqu’on examine les résultats de Sophia Chikirou, la candidate de La France insoumise. Dans l’inconscient collectif, LFI, c’est la gauche radicale, celle des quartiers populaires et islamisés, qui promet la rupture avec le capitalisme et l’instauration d’une « République nouvelle ». Pourtant, regardez les chiffres : ils racontent une tout autre histoire.

Une gauche radicale qui séduit les héritiers

La candidate insoumise réalise des scores assez homogènes sur l’ensemble du territoire parisien, avec un socle solide compris entre 5 et 12 % dans les quartiers bourgeois (Ve, VIe, XIVe et même VIIIe) et des pointes à 18-20 % dans les quartiers plus « populaires ». L’écart n’est que de 10 points, là où l’on pourrait s’attendre à un fossé bien plus large.

Que nous disent ces chiffres ? D’abord, que la bourgeoisie parisienne, celle qui lit Le Monde diplomatique et Libération, n’a pas peur de voter pour l’extrême-gauche. Elle peut se permettre ce luxe. Elle sait que les mesures de rupture si elles devaient être appliquées, ne le seraient pas dans ses quartiers. Elle sait que le réel finit toujours par rattraper les beaux discours, mais que ce réel, ce sont les autres qui le vivent.

LFI est parvenue à capter une partie de l’électorat intellectuel et diplômé, celui qui se veut « déconstruit » et « conscient » et qui veut se distinguer du peuple. Dans les dîners en ville, afficher sa proximité avec les idées insoumises est devenu un marqueur de distinction sociale, une manière de se démarquer du vulgaire et de prouver qu’on a compris les enjeux du siècle. On peut être horrifié par les outrances verbales de Jean-Luc Mélenchon tout en votant pour sa candidate locale, par conformisme intellectuel et par souci de distinction.

La radicalité de salon

Ce phénomène, qu’on pourrait appeler la « radicalité de salon », n’est pas nouveau. Il y a toujours eu, dans l’histoire de la gauche française, une frange de la bourgeoisie intellectuelle tentée par les aventures révolutionnaires. De Jean-Paul Sartre faisant l’éloge des maos à Pierre Bourdieu soutenant les grévistes, l’intelligentsia parisienne a souvent cultivé une fascination pour la rupture radicale, à condition de n’en jamais subir les conséquences. Voter pour une candidate qui défend l’intersectionnalité et la décolonisation des savoirs, c’est bien plus gratifiant intellectuellement que de voter pour la droite jugée démodée.

Ce qui est nouveau, c’est l’ampleur du phénomène. Jamais l’extrême- gauche n’avait réalisé de tels scores dans les beaux quartiers. Jamais elle n’avait réussi à capter une partie si significative de l’électorat bourgeois. Ces sucés témoignent d’une porosité nouvelle entre les classes supérieures et les idées les plus radicales. Ils peuvent aussi être en écho avec l’antisémitisme récurant de la bourgeoisie parisienne3.

La géographie électorale comme miroir des contradictions françaises

Au bout du compte, la géographie électorale de la capitale, avec son contraste Est/Ouest de moins en moins marqué, nous révèle une vérité que la gauche au pouvoir préfère taire : dans les grandes métropoles, le vote progressiste est devenu un vote de riches. Une manière pour les classes supérieures de concilier leur confort matériel et leur bonne conscience morale, sans jamais avoir à en payer le prix.

Dans le VIe arrondissement, on peut voter pour la candidate insoumise tout en continuant d’envoyer ses enfants dans les meilleurs établissements privés de la capitale. Dans le Ve, on peut applaudir les discours sur la mixité sociale tout en habitant un immeuble où le prix du mètre carré interdit toute forme de mixité. Dans le XIVe, on peut militer pour la transition écologique tout en partant en vacances en avion.

Cette contradiction, les électeurs des beaux quartiers l’assument parfaitement. Ils savent que leur vote n’aura pas de conséquences concrètes sur leur vie quotidienne. Ils savent que les mesures radicales promises par LFI ne seront jamais appliquées, ou alors de manière si édulcorée qu’elles n’affecteront que les plus fragiles. Ils peuvent donc se permettre le luxe de voter en faveur de leurs lubies, sans avoir à craindre pour leurs intérêts et leur confort de vie.

Jean Lamolie

Dati est engluée dans des affaires judiciaires. Si elle était condamnée, elle serait contrainte de démissionner. Et le numéro 2 de sa liste et porte-parole de sa campagne est Sylvain Maillard, député Renaissance. Ainsi, Dati pourrait être le marchepied d’une prise de la capitale par un proche de Macron.

Voir l’excellent article de « Causeur » : Municipales à Paris ; quand les beaux quartiers votent pour la vertu :

https://www.causeur.fr/municipales-a-paris-quand-les-beaux-quartiers-votent-pour-la-vertu-323977

Pendant l’Occupation, la bourgeoise parisienne (professionnels du droit et de la finance, industriels et commerçants, fonctionnaires, professionnels du marché de l’art) a été particulièrement active dans la spoliations des bien juifs.

Date de dernière mise à jour : 18/03/2026

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