
À Lyon, il ne s’agit plus d’un déséquilibre ponctuel. Il ne s’agit pas d’une “impression”. Il ne s’agit pas d’un hasard statistique. Il s’agit d’un système. Un système idéologique qui fonctionne avec une logique simple : la gauche bénéficie d’une indulgence structurelle, la mouvance patriote subit une pression permanente. Ce n’est pas une théorie. C’est observable. Répété. Documenté.
Depuis des années, les décisions de justice locales dessinent une cartographie très claire. Relaxes pour des militants d’extrême gauche impliqués dans des affaires où la violence ou l’intimidation étaient établies. Peines fermes pour des nationalistes dans des dossiers comparables. Fermetures administratives rapides pour certains locaux identitaires. Dissolutions appuyées politiquement. Surveillance constante. Perquisitions. Interdictions.
Et en face ? Des collectifs antifascistes qui opèrent, s’organisent, s’affichent, collent, intimident, parfois agressent, sans subir le même niveau de répression structurelle.
On peut tourner autour du pot si on veut rester poli. Moi je ne tourne pas autour du pot. Ce qui se joue à Lyon, c’est une justice politique. Pas au sens caricatural. Pas au sens d’un tribunal révolutionnaire. Au sens d’un climat. D’une orientation. D’un réflexe institutionnel.
Les décisions commentées ces derniers mois, notamment autour de plusieurs verdicts favorables à des militants de gauche et beaucoup plus sévères envers des patriotes, ne tombent pas du ciel. Elles s’inscrivent dans un environnement idéologique précis. Lyon est gouvernée par une municipalité clairement positionnée. La mairie ne s’en cache pas. Elle combat ce qu’elle appelle “l’ultra-droite”. Elle a soutenu activement des démarches de dissolution dans le Vieux-Lyon. Elle a présenté ces dissolutions comme une victoire collective.
Très bien. Position assumée.
Mais alors qu’on ne vienne pas nous parler de neutralité.
Quand des locaux nationalistes ferment, c’est célébré. Quand des groupes patriotes sont dissous, c’est présenté comme un progrès. Quand des militants identitaires passent au tribunal, c’est une nécessité. Quand certains sont emprisonnés, c’est une “réponse ferme”.
Et pendant ce temps-là ?
La Jeune Garde et d’autres structures antifascistes continuent d’exister tranquillement. Elles collent. Elles marquent le territoire. Elles organisent. Elles s’affichent. Elles intimident. Elles occupent l’espace public.
Aucune dissolution. Aucune fermeture spectaculaire. Aucune opération d’ampleur comparable.
Deux poids. Deux mesures.
Je parle en connaissance de cause. Quand je militais à la Dissidence Française, on collait la nuit. Comme le font tous les militants politiques depuis cinquante ans. Une fois, repérés par caméra. Intervention immédiate. Police nationale. Matériel saisi. Réprimande. On nous a expliqué que nous dégradions l’espace public.
Très bien. On a pris.
Aujourd’hui, promenez-vous dans Lyon. Les murs sont saturés d’affiches antifascistes. Des couches entières de slogans. Des panneaux publics recouverts. Des façades marquées.
Et là, silence.
Ce n’est plus de la dégradation. C’est de “l’expression”. Ce n’est plus un trouble. C’est de “l’engagement”.
Quand c’était nous, c’était une infraction. Quand c’est eux, c’est du militantisme.
Ce n’est pas une question d’opinion. C’est une question de cohérence.
Il y a eu aussi les gardes à vue pour des jeunes qui avaient collé en hommage à Lola. Des heures au poste. Des procédures. De la pression. Pour un collage symbolique.
Pendant ce temps-là, combien de collages d’extrême gauche donnent lieu à une interpellation réelle ? Combien ?
La réponse, elle est visible dans la rue.
Le problème n’est pas que la gauche milite. Le problème, c’est que l’appareil institutionnel semble considérer qu’un camp est intrinsèquement suspect, et l’autre structurellement excusable.
Les dissolutions administratives récentes illustrent parfaitement cette logique. Les groupes qualifiés d’ultra-droite sont ciblés, surveillés, dissous au nom de la sécurité publique. Les discours politiques appuient ces décisions. On parle de “combat collectif”.
Très bien.
Mais alors où est la cohérence quand des collectifs antifascistes multiplient les actions d’intimidation et ne subissent pas le même traitement ?
On nous expliquera que les dossiers sont différents. Que les faits ne sont pas comparables. Que chaque affaire est singulière.
C’est toujours le même discours.
Ce qui est comparable, en revanche, c’est le climat. La direction générale. La tendance.
Lyon est devenue un terrain d’expérimentation d’une répression asymétrique.
La mouvance patriote est surveillée comme une menace prioritaire. Chaque faux pas est exploité. Chaque incident est amplifié. Chaque local est suspect.
La mouvance antifasciste, elle, évolue dans une zone grise. Pas intouchable, non. Mais clairement moins exposée.
Ce déséquilibre produit deux choses : un sentiment d’injustice et une radicalisation silencieuse.
Parce que quand un camp comprend que le jeu est pipé, il cesse de croire aux règles.
Je ne suis pas là pour défendre la démocratie. Je ne suis pas là pour célébrer la République. Je constate simplement que le régime actuel fonctionne avec une hiérarchie idéologique implicite.
Certains sont considérés comme le mal absolu. D’autres comme des alliés objectifs, même quand leurs méthodes sont discutables.
Il ne s’agit plus d’équité. Il s’agit d’orientation.
La justice n’est peut-être pas officiellement politisée. Mais elle évolue dans un environnement politique. Et à Lyon, cet environnement est clairement marqué.
On peut continuer à faire semblant. On peut parler d’indépendance absolue. On peut nier la dynamique.
Moi je regarde les faits.
Relaxes répétées pour des militants de gauche.
Condamnations fermes pour des patriotes.
Dissolutions ciblées.
Fermetures administratives.
Gardes à vue pour des collages identitaires.
Tolérance visible pour d’autres collages massifs.
Le tableau est clair.
Ce qui se joue à Lyon dépasse la simple querelle militante. C’est une démonstration de force idéologique. Une manière d’envoyer un message : certaines sensibilités politiques ne sont plus seulement combattues politiquement, elles sont traitées comme des anomalies à neutraliser.
Et pendant ce temps-là, ceux qui partagent l’ADN idéologique dominant bénéficient d’une bienveillance relative.
Je ne demande pas que le système change. Je ne me fais aucune illusion. Je constate simplement que l’impartialité proclamée ne correspond plus à la réalité observable.
Lyon n’est pas un accident. C’est un révélateur.
Un révélateur d’un appareil qui ne se contente plus d’arbitrer. Il sélectionne. Il hiérarchise. Il cible.
Et tant que cette asymétrie perdurera, le fossé ne fera que s’élargir.
On peut continuer à fermer les yeux.
On peut continuer à répéter que tout va bien.
On peut continuer à qualifier toute critique de paranoïa.
Mais les faits, eux, sont têtus.
Et les Lyonnais les voient.
Jérôme Viguès