
Donald Trump a, s’agissant d’une intervention au sol, une opinion très mitigée. Il ne l’exclut pas mais ne la soutient pas franchement, contrairement aux Israéliens qui sont clairement pour, afin de « finir le travail ». Quant à la France, Macron a développé la pire position qui se puisse en déclarant : « En aucune manière la France n’interviendra tant que le conflit ne sera pas réglé. Ce n’est que lorsque les combats seront finis que la France contribuera à escorter des navires dans le détroit d’Ormuz. » Dit autrement, quand ça ne servira plus à rien vous pourrez compter sur la France. Pourtant nous avons envoyé notre porte-avions sur place ainsi que de nombreux navires et il y a plusieurs bases françaises dans la région. Au passage on me permettra de souligner que la France a signé des accords avec plusieurs pays arabes de la région, accords qui nous imposent d’intervenir en cas d’agression contre ces pays. Or ces pays sont bel et bien attaqués depuis de nombreux jours, mais Macron ne bouge pas de sa position de « guerre défensive » et se refuse donc à entrer dans la danse contre l’Iran. Position absolument grotesque et infamante pour notre pays. On fait la guerre ou on ne la fait pas, mais une guerre défensive, ça n’existe pas. Surtout, comme je le disais, que nos alliés sont frappés depuis des jours et que déjà un de nos soldats a été tué et des infrastructures touchées. Donc nous devrions être avec les Américains et les Israéliens à intervenir pour détruire ce cancer qu’est l’Iran des mollahs. Mais voilà, la France s’est donné Macron comme président et il nous fait une nouvelle fois du « en même temps » macronien ce qui nous vaut des remarques fort désobligeantes mais méritées de la part de Trump.
Au fait, intervenir en Iran, est-ce une erreur du type de celle faite en Irak en 2003 ?
Tout d’abord, rappelons que si l’Irak est l’argument principalement avancé, c’était exactement le même problème pour la Libye de Kadhafi et la Syrie d’Al Assad. Trois régimes qui étaient d’indiscutables dictatures sanguinaires. Sauf qu’elles avaient une particularité : elles s’opposaient à l’islamisme et l’empêchaient de prospérer. Lorsque ces régimes sont tombés, les digues ont sauté et l’islamisme avec son cortège de terrorisme a inondé toute ces régions et s’est répandu en Occident, semant la mort et la désolation. Je n’ai jamais soutenu ces trois régimes, n’empêche que leur disparition, saluée par de nombreux crétins comme de grandes avancées de la démocratie, s’est révélée au final comme étant absolument catastrophique. Il n’est pas possible en si peu de lignes de traiter les trois sujets. Mais, souvenons-nous de ce qui s’est passé en Irak en 2003, pour ne prendre que cet exemple.
Le 11 septembre 2001 les islamistes ont envoyé des avions dans les tours du World Trade Center et les ont détruites. Le choc consécutif à ces actes fut planétaire et gravé à jamais dans les mémoires des gens ayant vécu à cette période. Pour les USA, ce fut la raison d’une croisade contre le terrorisme et pour la démocratie. L’Irak de Saddam Hussein fut principalement ciblé par les Américains et, sur la base de mensonges et de faux renseignements, l’Amérique décida d’engager une guerre en envoyant des troupes sur place, afin de renverser le régime et de mettre à la place un régime « démocratique » qui ne serait pas une menace pour les USA. Le prétexte invoqué pour cette action fut une prétendue possession d’armes de destruction massive par le régime de Saddam. Tout ceux qui ont connu cette époque se souviennent de Colin Powell, secrétaire d’État à la défense, exhibant, le 5 février 2003, à la tribune de l’ONU une petite fiole en expliquant que le produit contenu était la preuve que Saddam possédait les fameuses armes de destruction massive. On connaît la suite. Il n’y avait aucune arme de destruction massive. Pourtant, Saddam fut renversé, capturé et exécuté. Pour les Américains l’Irak fut un fiasco politique total et un nouveau bourbier dont ils se sortirent non sans mal et qui leur coûta cher en vies et en dollars.
Donc aujourd’hui, certains disent : « Ne recommençons pas en Iran ce qui a été fait en Irak. » Mais l’Iran d’aujourd’hui est-il l’Irak de 2003 ?
Rien ne serait plus faux que de mettre un signe égal entre l’Irak 2003 et l’Iran 2026. Tout d’abord, l’Irak n’était nullement une théocratie, contrairement à l’Iran qui est dirigé depuis 47 ans par les mollahs. De plus, l’Irak n’était nullement un État qui promouvait le terrorisme islamiste, tandis que l’Iran de 2026 – et c’est le cas depuis des décennies – est un État qui est totalement investi dans le terrorisme. Il veut ouvertement la destruction d’Israël et finance, arme et soutient de multiples mouvements terroristes comme le Hezbollah qui sévit au Liban, le Hamas dans la bande de Gaza ou les Houthis au Yémen ainsi que les milices chiites irako-syriennes. Enfin, l’Iran possède des armes en quantité industrielle qu’il produit en y consacrant une part énorme de son budget. Mais surtout, l’Iran est à deux doigts de posséder l’arme nucléaire. Et ça ce n’est pas une arme de destruction massive imaginaire. Si l’Iran atteint son objectif de créer cette arme nucléaire, il l’utilisera immédiatement pour détruire Israël. Il fallait donc obligatoirement intervenir pour détruire ces installations nucléaires. Une première étape a été conduite l’an dernier par un bombardement conjoint des aviations US et israélienne afin de détruire leurs installations nucléaires. Mais elles sont profondément enterrées et cachées. Et l’Iran a donc pu reprendre ses activités dès la fin des 12 jours de bombardement. L’affrontement s’est à nouveau produit cette année – mené par les forces armées US et israéliennes – avec un pilonnage quotidien de toutes les installations militaires ainsi que par l’élimination méthodique de tous les chefs du régime afin de le décapiter. Mais également par une action d’Israël seule contre le Hezbollah au Liban. Pourtant après plus de 22 jours de guerre, l’Iran continue à se battre malgré les coups très sévères reçus.
La question est donc maintenant : peut-on éviter d’intervenir au sol pour finir le job puisque l’action aérienne n’est visiblement pas suffisante ? La réponse est clairement non. Il est obligatoire d’intervenir au sol pour deux raisons principales. La première concerne les installations militaires de l’Iran. Il n’aura échappé à personne que, malgré une incroyable quantité de bombes larguées sur le pays, l’Iran continue à produire des drones et des missiles en quantités incroyables. C’est donc que les bombes n’arrivent pas à détruire leurs stocks d’armes, ni les moyens de production de ces armes. La raison en est simple : comme je l’ai dit l’Iran a pris soin de les enterrer très profondément et même les plus puissantes bombes US et israéliennes n’arrivent pas à les atteindre. Il faut donc aller « à pied » dans ces installations enterrées pour pouvoir les détruire. La seconde raison concerne le peuple iranien. En janvier il a été victime d’un véritable massacre pour avoir osé se dresser contre le régime des mollahs. Il lui en a coûté des dizaines de milliers de morts. Trump dit que c’est au peuple de se libérer. Si sur le principe c’est exact, concrètement, c’est impossible. Les gardiens de la révolution et les milices bassidj sont encore extrêmement nombreux malgré leurs pertes et si le peuple, qui n’a pas d’armes, se soulève il subira un nouveau massacre comme en janvier. Il faut donc impérativement intervenir au sol pour décimer les gardiens de la révolution et les bassidj.
Mais, pour cette intervention terrestre, qui peut faire cela ? Là encore la réponse est indiscutable : surtout pas les troupes US. Elles sont bonnes pour prendre la petite île de Kharg, située à 34 km des côtes de l’Iran. C’est sur cette île que se trouve le monumental complexe pétrolier de l’Iran d’où part tout son pétrole. L’Iran ne le bombardera pas de ce fait même s’il est conquis par les troupes US. Gros avantage : si les Américains en prennent le contrôle, ils coupent les rentrées financières de l’Iran. Par contre, sur le sol iranien, l’Amérique a assez démontré son incapacité à se battre dans ce type de configuration. Le dernier exemple étant l’Afghanistan. Pour agir au sol en Iran, seules les troupes de Tsahal sauront faire, en espérant qu’elles puissent être alliées aux kurdes iraniens. Mais cette intervention au sol est une impérieuse nécessité, car la pire erreur qui pourrait être faite serait de stopper cette guerre sans que le régime des mollahs ait été renversé. Si ce devait être le cas, gageons que, même si cela prend du temps, ce régime se reconstruira et reprendra ses projets de construction de l’arme nucléaire et finira par y arriver. La seule solution préservant l’avenir est donc de détruite ce cancer iranien qui a déjà métastasé dans plusieurs régions. Il n’y a pas d’autre moyen pour que la région retrouve le calme et qu’Israël puisse vivre en paix.
Au sujet d’Israël, beaucoup de gens, y compris des dirigeants politiques et chefs d’État, notamment Macron, refusent de soutenir Israël. Pourtant il devraient soutenir inconditionnellement ce pays qui depuis sa création en 1948 n’a quasiment jamais connu la paix et lutte extrêmement courageusement contre tous ceux qui l’agressent. Ce faisant, ceux qui ne soutiennent pas Israël oublient que ce pays est la tête de pont de l’Occident aux Proche et Moyen-Orient, et que ce pays se bat pour sa défense certes, mais aussi pour la défense de l’Occident notamment européen. Un détail a peut-être échappé aux lecteurs… l’Iran vient d’envoyer 2 missiles sur le base US de Diego Garcia située dans l’océan Indien à 4000 km de l’Iran. L’un est tombé suite à une panne et le second a été détruit par un navire US. Mais ce fait signifie que Paris, Rome et Berlin sont atteignables par des missiles iraniens. Je vous laisse imaginer la suite si l’Iran disposait de l’arme nucléaire et se mettait en tête de l’utiliser contre nous. Ceux qui refusent aujourd’hui de soutenir Israël et les USA dans leur combat contre l’Iran des mollahs devraient bien réfléchir à tout cela.
Enfin, un dernier mot concernant le Liban. Tsahal est intervenu au Liban et y est encore car le Hezbollah a engagé une offensive conjointe avec l’Iran contre Israël. L’armée libanaise s’est retirée de la zone des combats. Ce qu’il faut savoir c’est que le Hezbollah est un véritable État dans l’État. Et les autorités libanaises, pas plus que son armée, ne peuvent arriver à le contrôler, encore moins à s’en débarrasser. Hezbollah dont nous rappellerons qu’il a causé la mort de 58 de nos soldats (et 230 Américains) en 1983 dans l’attentat du Drakkar à Beyrouth. Là encore pourquoi la France n’aide-t-elle pas Tsahal pour détruire le Hezbollah, ne serait-ce qu’en hommage pour nos soldats tombés sous ses coups ? La France pourrait, à défaut d’envoyer des troupes, donner des armes à l’armée libanaise qui en est très dépourvue et est connue pour être mal armée. Mais là encore, ce qui est le plus évident semble totalement absent de la réflexion de nos dirigeants.
Pour conclure, je pense que derrière tous ces problèmes, il y un problème de fond : l’islam. De très nombreuses forces qu’elles soient chiites ou sunnites ont ouvertement la volonté de détruire Israël, de conquérir l’Occident et de le soumettre, en commençant par l’Europe. Dans ce gigantesque affrontement, l’Iran est un élément absolument clé, ainsi que ses satellites (Hezbollah, Hamas, Houthis…). Ne pas comprendre cela, c’est s’interdire de comprendre ce qui se joue dans ce conflit. Conflit qui ne fait que confirmer la justesse de la thèse de Samuel Huntington, énoncée à l’été 1993 après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc de l’Est, qui disait que la période qui s’ouvrait serait celle du « choc des civilisations », contrairement à Francis Fukuyama qui affirmait que la fin de la guerre froide marquait la victoire idéologique de la démocratie et du libéralisme sur les autres idéologies politiques et qu’en conséquence c’était « la fin de l’histoire ».
Tout ce que nous vivons en ce moment prouve que nous sommes bien en plein choc des civilisations.
Bernard GERMAIN