Créer un site internet

SOCIÉTÉ - Femmes du Golfe : une discrimination systématique

Qui souhaite réellement l'émancipation de la femme voilée?

Alors que les « féministes intersectionnelles » défilaient dimanche dernier en compagnie de mouvements et des petits-bourgeois islamistes, et que le ministre de l’Intérieur avait exclu de la manifestation les vraies féministes, il est intéressant de se pencher sur le sort des femmes dans les pays arabes du Golfe régis par le droit musulman. Cet examen révèle dans tous ces pays, vassaux des États-Unis, une situation extrêmement défavorable de la situation des femmes.

La nationalité : le scandale des mères étrangères dans leur propre pays :

Dans l’ensemble des six monarchies, une femme ne peut pas transmettre sa nationalité à ses enfants si elle épouse un étranger. Cette transmission est en revanche automatique pour un homme.

Au Koweït, où la population compte des centaines de milliers de « bidounes » (apatrides), la situation atteint des sommets d’absurdité tragique. Ces femmes, nées au Koweït, parfois de parents eux-mêmes nés au Koweït, n’ont pas de papiers d’identité.

Même pour les femmes citoyennes, mariées à des compatriotes, le risque de déchéance de nationalité plane, car il est largement utilisé pour des raisons politiques. Au surplus, quand un mari perd sa nationalité, sa femme et ses enfants se retrouvent apatrides du jour au lendemain, sans recours possible puisque la décision est discrétionnaire et sans appel.

La tutelle masculine :

La tutelle masculine existe toujours: une femme adulte, majeure, parfois mère de famille, reste sous l’autorité légale d’un homme – père, mari, frère, voire fils.

Cette tutelle a considérablement évolué ces dernières années, sous la pression internationale et sous l’effet des stratégies de communication des régimes. L’Arabie saoudite a été le théâtre des réformes les plus spectaculaires : fin de l’interdiction de conduire en 2018, assouplissement du système de tutelle en 2019 permettant aux femmes de voyager sans autorisation à partir de 21 ans, droit d’enregistrer un mariage ou un divorce sans consentement du tuteur.

Mais la réalité est plus nuancée : au Qatar, si le système formel a été assoupli, les femmes doivent encore souvent obtenir l’autorisation de leur tuteur pour étudier à l’étranger ou pour certaines démarches administratives.

Dans plusieurs États, la tutelle n’a pas disparu des textes. Le code du statut personnel qatarien, par exemple, impose explicitement à l’épouse l’obligation d' »obéir à son mari ». Cette notion d’obéissance a des conséquences concrètes. Une femme qui travaille sans autorisation maritale peut perdre son droit à l’assistance financière. Une femme qui quitte le domicile sans « motif légitime » peut être considérée comme « désobéissante » et privée de ses droits.

Le droit de la famille : l’inégalité codifiée

Si l’éducation des femmes progresse et si la tutelle formelle recule dans certains pays, le droit de la famille reste un rempart du patriarcat légal. Ce droit, qui régit le mariage, le divorce, l’héritage, la garde des enfants, est le domaine où les inégalités sont les plus codifiées et les plus explicites.

Le mariage. Dans tous les pays du Golfe, l’homme peut épouser jusqu’à quatre femmes. Ce droit n’est pas réciproque. Une femme ne peut avoir qu’un seul mari. La polygamie n’est pas une pratique marginale : elle est inscrite dans la loi .

Le divorce. L’homme peut divorcer unilatéralement, par répudiation. La femme, elle, doit saisir la justice, prouver un préjudice spécifique et attendre une décision de justice qui peut prendre des mois, voire des années.

L’héritage. Dans tous les États du Golfe, la part d’une fille est la moitié de celle d’un frère. Ce principe maintient une dépendance économique structurelle des femmes et les prive de la transmission du patrimoine familial.

La garde des enfants. Une mère peut obtenir la garde physique après un divorce, mais elle n’a pas la « tutelle légale » sur ses enfants. Ce sont le père ou la famille paternelle qui conservent l’autorité pour les décisions majeures : éducation, mariage, voyage à l’étranger.

Le droit de la famille n’est pas une survivance du passé que les réformes auraient oubliée. Il est soigneusement maintenu parce qu’il est le pilier du système patriarcal.

Violences : le silence organisé

Les violences contre les femmes prennent dans le Golfe une dimension particulière parce qu’elles se déploient dans un contexte d’absence totale de protection légale efficace et de complicité active du système juridique.

Aucun des six États du Golfe n’a de loi spécifique contre la violence domestique.

Lors de l’examen d’Oman par le Comité de l’ONU contre les discriminations en 2024, des expertes ont relevé que le viol dans le cadre du mariage n’était pas sanctionné par la loi omanaise.

Dans des pays comme le Qatar, les relations sexuelles hors mariage sont criminalisées. Cette disposition a un effet dévastateur pour les femmes victimes de viol. Si une femme porte plainte pour viol et ne peut prouver la contrainte, ou si elle tombe enceinte à la suite de l’agression, elle risque d’être elle-même poursuivie pour relations sexuelles hors mariage.

Les femmes qui fuient des violences conjugales se heurtent au même piège. Si elles se réfugient chez des proches ou dans un lieu sûr sans l’autorisation de leur mari, elles peuvent être poursuivies pour « fugue » ou violation de l’autorité maritale. Dans certains cas, la police les reconduit au domicile conjugal, les livrant à leur agresseur.

Le silence autour des violences est organisé. Il n’existe pas de statistiques publiques fiables. Les associations indépendantes de défense des droits des femmes sont interdites ou étroitement contrôlées. Les rares enquêtes menées par des organisations internationales butent sur le refus des autorités de coopérer .

Les régimes du Golfe aiment à présenter la violence contre les femmes comme un problème individuel, marginal, qui ne concerne que des cas isolés. La vérité est tout autre : la violence est systémique, encouragée par des lois qui privent les femmes d’autonomie, et facilitée par l’absence totale de protection juridique.

Le travail : les diplômées au chômage, les migrantes esclaves

Le marché du travail dans le Golfe est un miroir grossissant des contradictions de ces sociétés.

Les femmes citoyennes ont vu leur taux d’activité progresser, mais il reste bas : environ 27% en moyenne dans le Golfe, contre plus de 60% dans les pays occidentaux. Ce taux cache d’énormes disparités : il est plus élevé au Koweït et au Qatar, plus faible en Arabie saoudite et à Oman.

Les lois sur le statut personnel permettent au mari d’interdire à sa femme de travailler, ou de lui rendre la vie impossible si elle insiste.

Mais le scandale le plus criant concerne les travailleuses migrantes. Dans des pays comme les Émirats arabes unis ou le Qatar, elles sont des millions, venues d’Asie du Sud, d’Afrique, des Philippines, pour travailler comme domestiques, employées de maison, nounous.

Ces travailleuses vivent sous le régime de parrainage, un système qui lie leur titre de séjour à un employeur unique. Sans l’autorisation de cet employeur, elles ne peuvent ni changer de travail, ni quitter le pays. Dans les faits, des centaines de milliers d’entre elles vivent avec leur passeport confisqué, privées de liberté de mouvement, à la merci de patrons qui peuvent les exploiter sans risque.

Participation politique : la mascarade

Les régimes du Golfe aiment communiquer sur la participation politique des femmes. Le Koweït a accordé le droit de vote aux femmes en 2005. L’Arabie saoudite leur a ouvert le droit de vote et d’éligibilité aux élections municipales en 2015. Des femmes ont été nommées à des postes élevés.

Mais que pèse cette « participation » dans des régimes qui ne sont pas démocratiques ?

Car c’est là le cœur du problème : dans des monarchies absolues ou des régimes sans élections libres, le droit de vote des femmes est un leurre. À quoi sert de pouvoir voter quand les assemblées élues n’ont aucun pouvoir réel ? À quoi sert d’être éligible quand les postes clés sont nommés par le souverain ?

La nomination de quelques femmes à des postes visibles est soigneusement calibrée pour la communication internationale.

Cette propagande est d’autant plus efficace que les médias occidentaux, trop souvent complaisants avec les régimes du Golfe riches en pétrole et en contrats d’armement, relaient sans esprit critique ces communications officielles. Un reportage sur les « femmes pilotes de chasse émiraties » fait plus d’audience qu’une enquête sur les conditions de vie des domestiques philippines. Un article sur la « femme ministre qatarie » est plus facile à vendre qu’un dossier sur les bidounes apatrides.

Pourtant, la réalité est têtue. Dans aucun des six États du Golfe, les femmes ne participent à la prise de décision sur les questions qui les concernent. Les lois sur le statut personnel sont discutées dans des cercles exclusivement masculins. Les politiques familiales sont élaborées sans consultation des principales intéressées.

Libertés : le contrôle des corps et des esprits

La liberté individuelle des femmes dans le Golfe est un concept vide de sens.

Liberté de mouvement. Les femmes conduisent désormais en Arabie saoudite et peuvent voyager sans autorisation dans plusieurs pays. Mais cette liberté reste théorique. Dans les faits, une femme seule voyageant sans accompagnateur masculin s’expose au regard suspicieux de la société, aux contrôles de la police religieuse dans certains États, aux pressions familiales pour « rentrer dans le rang ».

Liberté vestimentaire. Dans aucun pays du Golfe, les femmes ne sont totalement libres de s’habiller comme elles l’entendent. En Arabie saoudite, l’abaya reste la norme sociale même si elle n’est plus légalement obligatoire. Au Qatar, aux Émirats, les tenues jugées « provocantes » peuvent provoquer des remarques, des pressions, voire des interventions des forces de l’ordre dans les espaces publics.

Liberté d’expression. Les femmes qui prennent la parole pour dénoncer les discriminations s’exposent à la répression. Dans des pays où toute opposition politique est muselée, la parole des femmes n’échappe pas à la règle.

Liberté de conscience. Pour les femmes appartenant à des minorités religieuses, ou pour celles qui souhaitent remettre en cause la religion dominante, l’espace est encore plus réduit. L’apostasie peut être punie de mort dans certains États. La conversion est impossible. Les femmes musulmanes qui épousent des non-musulmans voient leur mariage non reconnu et leurs enfants exclus de la nationalité.

Jean Lamolie

Date de dernière mise à jour : 12/03/2026

Questions / Réponses

Aucune question. Soyez le premier à poser une question.
Anti-spam
 
2 votes. Moyenne 3.5 sur 5.