DEAUVILLE 2022 : le festival du cinéma américain se déroule du 2 au 11 septembre

Au 48ème Festival du Cinéma Américain, sont projetés de très nombreux récits personnels, des films ancrés dans la réalité, qui racontent à leur manière l’Amérique d’aujourd’hui.

Deauville festival 200

L’homme de fer du « Magicien d’Oz » sert de fil rouge au 48ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, qui se déroule jusqu’au 11 septembre. Le bonhomme court, saute, s’affiche, et s’il est un symbole d’une certaine magie au cinéma, c’est pourtant bien de réalisme qu’il est question dans bien des films projetés tout près des fameuses planches. Chaque année, le festival normand est un reflet de la société américaine, particulièrement à travers les films en compétition, tous issus du cinéma indépendant, qui racontent à leur manière l’Amérique d’aujourd’hui.

De nombreux réalisateurs et réalisatrices confient que leurs œuvres sont « très personnelles », des récits intimes, proches de ce qu’ils ont vécu, connu, ou observé, des histoires « inspirées de faits réels », fortement ancrées dans la réalité, dans la société contemporaine. « Mon film est inspiré de ce que j’ai vécu », dit ainsi Nick Richey, réalisateur de « 1-800-Hot-Nite », où des gamins sont livrés à eux-mêmes dans Los Angeles après l’arrestation du père, « Je voulais montrer comment des enfants deviennent des adultes en une nuit », ajoute le cinéaste. « J’ai vécu une grande partie de ma vie à Los Angeles, la ville a beaucoup changé, il y a beaucoup de gens dans des situations précaires, c’est dramatique », dit quant à elle Vivian Kerr, réalisatrice de « Scrap », dans lequel elle joue une jeune femme qui a perdu son boulot, sa maison, et vit dans sa voiture.

Immigration, armes, avortement…

Si « At the gates » d’Augustu Meleo Bernstein a des faux airs de « Parasite » (film du cinéaste coréen Bong Joon Ho) avec des domestiques cachés dans la cave de riches propriétaires, il est question ici d’immigration et de chasse aux clandestins. En ouverture du Festival, « Call Jane » de Phyllis Nagy évoque les avortements clandestins et la condition féminine dans les années 60, un droit menacé dans l’Amérique d’aujourd’hui. En racontant la douleur et la résilience des proches de victimes, « Peace in the Valley » de Tyler Riggs évoque la prolifération des armes et ces tueries à répétition. « C’est une histoire dramatique malheureusement d’actualité », constate l’actrice Brit Shaw, « Nous voulions raconter les effets qu’ont ces événements sur les familles pendant tellement longtemps, les proches des victimes portent ça pour le restant de leur vie ». Armes encore et racisme avec la vengeance brutale de femmes noires envers des hommes blancs, avec « Gods’s Country » de Julian Higgins et le surprenant « Alice » de Krystin Ver Linden, hommage à la « blaxploitation » des années 70.

« War Pony » est une formidable chronique de la vie quotidienne dans une réserve indienne de nos jours, dans le Dakota ; sa coréalisatrice Gina Gammell confirme qu’il est devenu « très difficile » de financer des films indépendants aux Etats-Unis, le sien a pourtant reçu la prestigieuse Caméra d’Or (décernée à un premier film) au Festival de Cannes. Deauville présente d’ailleurs d’autres films sélectionnés en mai sur la Croisette dont la Palme d’Or, « Sans filtre » de Ruben Östlund, le formidable Grand Prix « Close » de Lukas Dhont, « Stars at noon » de Claire Denis, et « Aftersun » de Charlotte Wells présenté à la Semaine de la Critique, que sa réalisatrice dit « profondément personnel ».

Une « Blonde » très attendue

Pour le glamour, des hommages ont été rendus à plusieurs stars, l’actrice Lucy Boynton, l’acteur et réalisateur Jesse Eisenberg, tout en humour et charmante maladresse, digne de jouer chez Woody Allen, ce qu’il a d’ailleurs fait dans « Café Society ». Eisenberg a ainsi présenté le premier film qu’il a réalisé, « When you finish saving the world ». L’actrice Thandiwe Newton a carrément couru vers la scène pour prendre dans ses bras Julie Gayet qui venait de prononcer un hommage à cette « femme de caractère », dont le discours fut toute en empathie, humanité et bienveillance.

Evénement de cet automne sur Netflix, la projection vendredi de « Blonde » est aussi un événement à Deauville, avec la présence de l’actrice Ana de Armas. Pétroleuse sexy dans le dernier James Bond « Mourir peut attendre », elle incarne cette fois l’iconique Marilyn Monroe, « désirée par beaucoup, ignorée de tous », dans l’adaptation du best-seller de Joyce Carol Oates réalisée par Dominik Moll. Marilyn chantait et le festival normand présente aussi de formidables documentaires musicaux, « Hallelujah, les mots de Leonard Cohen » de Dan Geller et Dayna Goldfine, et « Moonage Dream » que Brett Morgen a consacré à David Bowie.

Quelques films projetés ici devraient se retrouver dans un autre Festival, celui du Film Fantastique de Gérardmer, tel « Blood » de Brad Anderson, où une mère se saigne littéralement pour son fils atteint d’un mal curieux, et « La Tour » de Guillaume Nicloux, un huis-clos angoissant à déconseiller aux claustrophobes. Comme depuis quelques éditions, plusieurs autres films français sont au programme de ce festival de cinéma américain : la comédie musicale de Noémie Lvovsky « La grande magie », « Les Rascals » de Jimmy Laporal-Trésor (toute la bande de jeunes acteurs sont venus avec blouson du film sur le dos), ou encore la première réalisation de Charlotte Le Bon « Falcon Lake ». Un mélange pas si paradoxal : si Deauville déroule le tapis rouge aux films made in USA, la plupart des cinéastes américains présents au Festival évoquent quant à eux l’influence du cinéma français (et bien souvent de la Nouvelle Vague) dans leur œuvre.

Patrick Tardit

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