HISTOIRE D'ARGENT

Le flouze, le pèse, le pognon, la fraîche…

Avant pour être très riche, on pouvait braquer une banque, un train postal ou un camion blindé rempli de lingots.

Les truands prenaient leur risque, quitte à se taper 20 ou 30 ans de placard ou à se faire raccourcir lorsque le braquage avait mal tourné, et quand les comptes étaient à sec, ils remontaient au charbon ou se diversifiaient dans le jeu ou la prostitution.

Aujourd’hui, pour faire fortune, mieux vaut miser sur l’économie et le néolibéralisme, avoir fait Harvard ou HEC, savoir se jouer des règles fiscales internationales et faire de l’entrisme dans les sphères du pouvoir pour se constituer un matelas pour ses vieux jours.

Une autre forme de truanderie, mais bien légale celle-là, puisque ce sont eux qui dictent les règles…

L’économie pour un seul horizon

Le moindre frémissement d’un indice, la publication d’une statistique, le coronavirus qui risque de peser sur les échanges et par conséquent plomber la croissance ou le chiffre d’affaires d’un milliardaire grand pourvoyeur de consommateurs chinois en France, sans parler du risque terroriste ou la menace d’une crise entre un président à perruque et un dictateur à la coiffure improbable, tout est décortiqué, analysé au l’aune de l’impact sur le commerce mondial, de la pérennité des « chaînes de valeur » et du rendement des investissements.

Peu importe ceux qui triment six jours sur sept, les conditions de travail qui tuent ou rendent malade, les salaires de misère de ceux qui nous fournissent en objets en plastique inutiles, le sous-développement ou bien encore la pollution et la destruction de la planète, il faut de la fraîche, du cash pour faire vivre la bête et montrer à la face du monde qu’on est celui qui pisse le plus loin et qui a la plus grosse.

Vous, vous n’êtes rien, juste une variable d’ajustement, une merde de mouche sur votre toile cirée made in china. On vous demande seulement de consommer ce qu’on vous propose, c’est tout. Bientôt la Saint Valentin : courez vite acheter un bouquet de roses cultivées au Kenya sur des parcelles détruites pour les cultures vivrières.

Vous faites partie de la même communauté, celle qui représente 95 % de la population mondiale et qui nourrit les 5 % qui dirigent réellement le monde avec la complicité des politiques corrompus, intéressés ou complices et pourtant vous avez tendance à montrer du doigt celui qui s’en sort mieux que vous et à le déclarer responsable de vos malheurs, en vrac, le salaud de gréviste et gilet jaune qui plombent l’économie (puisqu’on vous le répète), le privilégié avec son statut de la Fonction publique ou de la SNCF.

Vous vous plantez en montrant du doigt les lampistes puisque de toutes façons, une fois que ces « privilégiés » auront été mis au même niveau que vous, c’est vous qui deviendrez les privilégiés parce que le système de réformes qui s’attaque aux rémunérations, aux retraites, à la couverture sociale et aux allocations est un mouvement perpétuel, parce que là-haut, ceux qui se tirent la bourre pour être dans le top 10 du classement des plus grosses fortunes, en veulent toujours davantage pour écraser la concurrence.

Votre horizon, si vous vous laissez faire, sera de devenir les Chinois ou les Ethiopiens de l’Europe.

Nous sommes passés du capitalisme ou néolibéralisme, et ça change tout

Les capitaux et les moyens de production et d’échanges ne vous appartiennent pas et ne vous appartiendront jamais. Vous êtes juste là pour les faire fructifier et permettre à quelques-uns de s’enrichir sur votre dos.

Le libéralisme protège ce système, mais il y a des pays, comme le nôtre, où il existe des marges de progression considérables, des pays où l’Etat Providence organise et gère la protection sociale et des services publics financés par les impôts et des prélèvements sociaux. Quelle horreur pour les néolibéraux !

Il faut donc casser, déréguler, privatiser pour ne plus payer d’impôts sur la production ou le bénéfice et s’accaparer les biens communs comme l’eau les transports, les autoroutes, la santé… en laissant le soin à l’Etat de « réguler les tensions sociales » avec sa police. Il faut que vous compreniez que le mètre étalon, c’est désormais la Chine, en attendant que ce soit le Vietnam, etc…  Circulez ! Il n’y a rien à voir !

Et tant pis, si le paracétamol ou la pénicilline, médicaments fabriqués à 90 et 50 % en Chine viennent à manquer chez nous à cause du coronavirus, vous pourrez certainement continuer à vous en procurer, à 10 ou 20 fois le prix actuel, mais avec la même base de remboursement de la Sécu…

Cela ouvre des perspectives intéressantes concernant le raccourcissement de la vie et donc sur la durée de versement des pensions de retraites. Avec un petit effort on devrait arriver au système prôné par Bismarck où le meilleur système de retraite faisait coïncider l’âge de la fin du travail avec la mort.

C’est cela le néolibéralisme : des tableaux de bords débouchant sur des calculs de rentabilité indécents.

Bon, en même temps, vous avez voté pour… 

Rien de mieux qu’une bonne vieille démocratie pour faire passer la pilule. Vous avez l’impression d’avoir fait votre « devoir » de citoyen en allant voter, par défaut, pour faire barrage à la menace brune, et hop, pas de bol, vous ne vous êtes même pas rendu compte que vous avez mis en place une gouvernance d’extrême centre autoritaire acquise aux thèses du néolibéralisme.

C’est clair, le vrai pouvoir, celui qui décide de payer ou pas des impôts n’est pas élu et il se cache derrière des larbins qui font le sale boulot et mettent en œuvre un programme dont vous avez oublié de lire les clauses restrictives en petits caractères au verso de la profession de foi.

« Y’a pas à dire, c’est du brutal ! » et ça commence à se voir, si bien que ça regimbe un peu dans la rue et qu’il faut lâcher du lest pour mieux repartir : exactement le scénario des 17 Milliards lâchés aux gilets jaunes suivi de la réforme des retraites.

« Ils osent tout et c’est à ça qu’on les reconnait », alors de temps à autres, la boîte à connerie s’ouvre, comme pour le rejet de l’allongement du congé suite à la mort d’un enfant, tellement bien cadré par les petits hommes gris des cabinets ministériels, que les « marcheurs » se sont autorisés, sans vergogne, à voter.

Comme disait Einstein « Pour marcher au pas, pas besoin de cerveau, la moelle épinière suffit », citation qui convient très bien à cette équipe de parlementaires recrutée sur CV, mâtinée d’opportunistes en mal de repères de gauche ou de droite.

Un Président, une majorité, et des médias…

A côté de la police tout court, de plus en plus violente depuis la création des Uhlans du Préfet Lallement, il faut en plus une police de la pensée, celle qui officie dans les médias quasiment tous aux mains du pouvoir économique et fortement dépendants des recettes de la publicité.

Dans ces médias, sous couvert de pédagogie, on tape très fort sur les opposants, les grévistes, les régimes spéciaux… La conclusion des éditorialistes et commentateurs est toujours la même : il n’y a pas d’alternative (comme disait la bonne Mme Tatcher). Les bons jours, ils s’autorisent parfois (suprême transgression) à critiquer les bévues présidentielles (le T-shirt LBD par exemple).

Et pour éviter les choses qui fâchent (l’hôpital, l’état de la justice et des prisons, l’aide sociale à l’enfance ou bien encore les APL qui baisseront après les municipales,…) rien de mieux que des « reportages » ou des « magazines d’information » sur des peoples accablés de misères, comme Tapie, Goshn, Fillon, et le pauvre Balkany, injustement traqués et vilipendés parce que « les Français n’aiment pas ceux qui réussissent ».

Comme disait le plus naturellement du monde Séguéla « Quand tu n’as pas de Rolex à 50 ans, c’est que tu as raté ta vie ». La question ne se pose même pas de savoir avec quel argent elle a été achetée, pourquoi on t’a offert des costumes sur mesure ou pourquoi on t’a prêté un yacht pour tes vacances : un prêté pour un rendu, c’est tout.

C’est tout cela le néolibéralisme

Un monde de connivences, un pouvoir occulte qui envoie en première ligne ses chevaux légers qui vous disent « ayez confiance, votez pour moi », en pensant à leur parachute doré qui les attend dans une banque, un grand groupe ou une institution internationale.

Ce sont des représentants du peuple qui ont cru un instant qu’ils pouvaient faire bouger les lignes et qui se retrouvent à voter avec le petit doigt sur la couture du pantalon des conneries inhumaines.

Ce sont les médias qui concourent désormais dans la même catégorie que la défunte Pravda et la Télé chinoise.

C’est une petite caste qui vous considère comme des sous merdes, des variables d’ajustement du casino mondial.

Ce sont enfin des hommes, des puissances financières considérables, supérieures aux Etats qui distribuent les rôles, les cartons rouges et dictent leur loi, pas la vôtre.

C’est la nouvelle truanderie mondiale et ses porte flingues.

Michel Drouet

Le flouze, le pèse, le pognon, la fraîche…

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