L’ESPRIT DE LÂCHETÉ

Au cours de mes tournées en province, je rencontre régulièrement des citoyens de tous âges et de toutes conditions sociales. Depuis l’ouverture du Grand débat, les gens sont devenus plus bavards et arrivent même à se confier sur leur vie, sur leur famille, sur leurs conditions de travail, sans doute mis en confiance par un climat social plus propice au dialogue, aux échanges et à la confession.

Voici quelques jours, j’ai conversé avec un ancien chef d’entreprise, aujourd’hui sans emploi et proche de la retraite. Jusqu’en 2016, il dirigeait une société de construction de maisons individuelles, mais il a du cesser toute activité et procéder à la liquidation de son établissement. En fait, le carnet de commandes était presque vide suite à une forte chute de l’immobilier neuf, un secteur du bâtiment qui n’est plus guère soutenu par les pouvoirs publics.

J’ai passé une journée entière avec cet homme qui, au fil des heures, s’est livré à un véritable mea culpa, comme si le fait de reconnaître certaines erreurs de sa vie citoyenne, soulageait quelque part sa conscience.

Voici un donc une partie de cette curieuse confession qui, du reste, m’a fortement impressionné.

« Je suis issu d’une famille française traditionnelle qui se réclamait longtemps d’une moyenne bourgeoisie dans les années 30. De confession chrétienne, mes parents et mes grands-parents se présentaient comme des bien-pensants, croyant détenir les règles morales que revendiquent les notables respectables et vertueux.

Lors de la Seconde guerre mondiale, aux périodes noires de l’Occupation où les juifs étaient poursuivis et déportés, ma famille n’a pas réagi alors. Mes grands-parents trouvaient cette situation presque normale, bien qu’au fond d’eux, ils n’étaient pas particulièrement antisémites. Moi-même, j’ai été élevé dans une survivance de principes bourgeois où l’on évitait souvent les questions dérangeantes. Aussi, je considère aujourd’hui, avoir été un citoyen médiocre, peu digne de l’authentique esprit républicain.

Ainsi, au moment des graves attentats de Paris qui ont fait tant de victimes innocentes, j’ai été bouleversé certes, mais ne j’ai rien dit. Quand l’État a laissé rentré sur le sol français des étrangers radicalisés capables des pires actes et tuant n’importe qui dans la rue, je n’ai rien dit non plus. Quand certains insultent les juifs, les frappent ou parfois les tuent, je vois, je regarde, j’observe, mais ne je dis rien encore. Quand les pouvoirs publics négligent des centaines de SDF qui meurent chaque année dans la rue, au milieu des grands froids, je passe à côté, plutôt affecté, mais je ne dis jamais rien ou presque. Quand des agriculteurs découragés par une existence dramatique se suicident ou lorsque des policiers malmenés et harcelés se suppriment dans un geste de désespoir, je m’attriste, mais je ne dis rien, une fois de plus.

Quand le ministère de l’Intérieur a envoyé les forces de l’ordre cogner sauvagement sur les Gilets Jaunes, je n’ai rien dit et je suis resté impassible face à cette basse besogne.

Quand les politiques ont abandonné le pays en liquidant de nombreuses entreprises industrielles, je n’ai rien dit non plus.

Quand des travailleurs n’ont plus les moyens financiers pour se loger correctement, couchant dans leur voiture à défaut d’avoir une chambre, je reste indifférent et je ne dis rien encore.

Quand l’État augmente les impôts, réduit les prestations de chômage et n’apporte aucune solution à ceux qui souffrent, je ne dis toujours rien. Et lorsque ce même État favorise les plus riches au détriment des plus pauvres, je ne dis rien, je ne dis toujours rien et je dois avouer qu’à l’heure actuelle, mon propre comportement commence à m’affoler. Car j’ai peur de ce qui risque de m’arriver un jour ou l’autre comme cela se produira pour tous les autres citoyens.

Face à un peuple qui baisse les bras et qui préfère accepter n’importe quoi au lieu de se révolter, l’État, toujours plus arrogant, toujours plus fort, n’hésitera à prendre des sanctions encore plus sévères, si les citoyens auxquels j’appartiens, continuent à ne rien dire ou si, encore, notre vote à l’occasion d’une élection, n’est pas conforme aux souhaits des hommes du pouvoir. »

En me quittant, l’ancien chef d’entreprise ajouta : « En France, il n’y a plus d’esprit patriotique. Il a disparu depuis la dernière guerre mondiale et aujourd’hui, la jeunesse s’est écarté des valeurs républicaines. Cette jeunesse a déteint sur nous tous, ce qui fait que ma propre génération se désintéresse elle aussi de notre avenir démocratique. C’est vraiment dommage ... »

Cette rencontre m’a longuement réfléchir. Et aujourd’hui, je fais un constat assez triste et plutôt alarmant : depuis longtemps et en particulier depuis quelques années, les Français sont devenus dans l’ensemble, laxistes et apathiques, et il a fallu l’arrivée des Gilets Jaunes pour bousculer une démocratie malade sous l’emprise des macronistes. Et c’est fort regrettable que les citoyens n’aient pas été capables d’agir eux-mêmes sur la place publique, ce qui aurait évité certainement la plupart des débordements que nous connaissons actuellement.

La France risque de mourir de sa lâcheté : lâcheté devant les difficultés économiques qui secouent le Pays ; lâcheté devant les problèmes sociaux : emploi, chômage, pauvreté ; lâcheté devant les drames de la société : intégration, migrations, sécurité.

Mais restons optimistes si possible. L’espérance est notre moteur de vie. Et peut-être qu’un miracle républicain viendra sauver la Nation. Ainsi soit-il …

Pierre Reynaud

L'esprit de lâcheté qui détruit la France