MACRON A-T-IL GAGNÉ ?

Je n’ai jamais apprécié la politique de Monsieur Macron et sur ce point, je ne suis pas le seul. Si je considère que le chef de l’État ne possède pas une vraie capacité pour gouverner le pays, et de surcroît, s’il manque aussi d’humanité, il n’en reste pas moins vrai que le président ne cesse de nous surprendre et de nous étonner, ce qui est tout à l’honneur de son intelligence.

Déjà, en 2017, peu avant les élections présidentielles, il avait su mettre en place une campagne électorale comme peu de candidats savent le faire: ratisser de tous côtés et parvenir à rassembler des électeurs de gauche et de droite pour créer en un temps record un mouvement « en marche », du jamais vu depuis toujours. De même, Macron a eu l’immense talent de savoir lever les fonds nécessaires pour financer une campagne nationale, ce qui est très loin d’être gagné à l’avance, faut-il bien le préciser.

Élu président, Emmanuel Macron a lancé l’idée d’une nouvelle démocratie, moderne, jeune et avant-gardiste, ce qui a été un véritable enthousiasme pour certains qui souhaitaient une autre vision de la politique, plus transparente et moins corrompue.

Mais si le programme de Macron prévoyait une réforme profonde de la France et des institutions, la déception fut toutefois rapide pour de nombreux citoyens qui n’avaient pas ressenti dans leur quotidien le changement tant attendu.

Devenu aux yeux du peuple, le « président des riches », incapable de comprendre les difficultés et parfois les drames d’une société en mal de reconnaissance, Emmanuel Macron s’est trouvé confronté soudain à une crise inattendue qui allait déstabiliser le pays en quelques jours. Cette crise commencée au mois d’octobre 2018 allait se traduire par six mois de manifestations conduites par le mouvement des Gilets Jaunes.

Au cours de cette longue période jalonnée de rassemblements anti-Macron, d’agitations permanentes et de grandes protestations parfois très violentes, le chef de l’État est passé par des périodes compliquées où son pouvoir et même sa légitimité ont été mises en cause. À certains moments même, on a pu penser qu’une explosion sociale pouvait éclater et se transformer en révolution de mai 68.

Mais Macron a réagi. Non pas en apportant de véritables solutions aux demandes des Gilets Jaunes, mais en biaisant avec la mise en place du « Grand Débat ». Ainsi, pendant trois mois, le président a battu la campagne, partout en France, pour rencontrer les Français lors de réunions publiques consacrées à certaines revendications. En fait, les débats organisés par Emmanuel Macron ressemblaient plus à une propagande électorale et à une pré-campagne européenne, mais jamais à des dialogues citoyens susceptibles d’apporter des réponses aux revendications.

Aujourd’hui, bien que le « Grand Débat » n’ait rien apporté de bien nouveau à la démocratie, le mouvement des Gilets Jaunes s’est essoufflé. Avec le temps, la lassitude a joué largement et les manifestations se sont amenuisées, sans doute en raison d’une indifférence d’une partie de la population, mais aussi, suite aux violences policières qui ont découragé de nombreux citoyens à venir manifester.

Pour Emmanuel Macron, le fléchissement des Gilets Jaunes est déjà une première victoire, car le mouvement n’est plus soutenu par une majorité des Français.

La seconde victoire du président Macron, est l’enterrement de l’affaire Benalla, une très grave affaire d’État qui aurait pu faire « sauter la République ». En fait, personne ne parle plus de Monsieur Alexandre Benalla, de ses amis mafieux et de ses multiples magouilles nationales et internationales. Bien évidemment, il y a aura un procès, mais soyons lucides, ce procès, s’il a lieu (ce n’est pas encore sûr !) se traduira par de petites condamnations de principe qui clôtureront définitivement cette affaire. Et le président de la République, principal instigateur de l’affaire Benalla, se trouvera lavé de tout soupçon.

La troisième victoire de Monsieur Macron est aussi le bon score de LaRem aux élections européennes qui termine juste derrière le Rassemblement National. En fait, dans une logique populaire, le parti du président n’aurait jamais du obtenir un tel résultat, suite au mécontentement national.

En conclusion, Emmanuel Macron peut se féliciter d’avoir enrayé une crise qui avait débuté dans la tension et dans le risque d’une révolution. Qu’adviendra-t-il dans les prochaines semaines ou les prochains mois ? Personne ne peut l’envisager encore, car il est un trop tôt pour se projeter dans l’avenir. Aussi, le chef de l’État a-t-il encore de beaux jours devant lui, même si le fond des problèmes est loin d’être résolu. Dans ce contexte, sauf accident de parcours, il devrait être réélu en 2022, n’ayant plus aucun concurrent puissant pour le contrer aux futures présidentielles.

En clair, malgré une grande déception engrangée par la politique d’Emmanuel Macron, la France semble soutenir le pouvoir en place, pour le meilleur et pour le pire.

Pierre Reynaud

BONAPARTE VAINQUEUR

 

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