Créer un site internet

Agression d'une femme habillée en jupe

Le nouveau problème de la jupe en France ...

La jupe est-elle devenue dangereuse pour la femme ?

Depuis quelques jours, les articles de presse révèlent des agressions contre des femmes qui portent la jupe. La situation semble irréaliste quand on sait que le port de la jupe est acquis depuis des siècles et que, selon les cultures, ce vêtement a été porté soit par les hommes (kilt, sapeta, sarong), soit par les femmes (sari par exemple). Et depuis 1672 en Europe, le terme de juge désigne essentiellement un vêtement féminin.

Nous n'allons pas revenir sur l'histoire de la jupe qui a traversé le temps,  sans qu'elle ait pu provoquer dans la société, autant que l'on sache des problèmes particuliers jusqu'à ces dernières semaines.

Mais voilà qu'aujourd'hui, des individus stupides ont décidé dans leur tête fêlée, de définir la jupe comme un objet vestimentaire de provocation qu'il faut combattre à tout prix, pour défendre, selon eux, les "valeurs morales" de la société. Ainsi, ces énergumènes ont décrété de passer à l'action. A ce sujet, je souligne ici un reportage que j'avais réalisé avec deux co-équipiers à Marseille en mars 2016, voici donc plus de quatre ans. A cette époque, nous faisions une enquête sur le  statut de la femme dans les banlieues : souvent asservie par le mari au sein d'une famille nombreuse, frappée, battue même, elle ne parvient pas à se libérer d'un ghetto où règne l'esclavagisme. Un jour, nous tombons sur deux hommes qui semblaient s'inquiéter de notre présence dans la cité. Après quelques mots et explications, ces derniers essaient de nous convaincre que la femme serait le malheur de l'homme, surtout celle qui s'émancipe ... et qui porte la jupe ! Impossible de discuter avec ces personnes qui ont une idée bien dégradante de la femme et qui veulent revenir au Moyen-Âge. En vérité, ils sont de plus en plus nombreux à raisonner de cette manière, ce qui en évidence entraîne des réactions violentes de la part de quelques-uns.

Aux yeux de certains, la femme qui porte une juge est une prostituée. Surtout si la juge est un peu courte ! Ainsi, combien de jeunes femmes sont interpellées dans la rue  par des insultes du genre : "sale pute", "salope", etc ... et j'en passe ...

Mais ici, ce ne sont que des mots. Le pire est évidemment le passage à l'acte. Cest ainsi que dernièrement, une jeune fille de 18 ans qui portait une jupe un peu trop courte au grè de certains a été lynchée par quelques petits voyous âgés de 14 à 18 ans, avant d'être violée par ces derniers. La victime totalement anéantie par ces violences a été trouvée inanimée dans le jardin public qu'elle traversait au moment de l'agression, puis conduite à l'hôpital pour être soignée des blessures qu'elle venait de subir. Un fait de ce genre se produit quasiment tous les jours et souvent même, les médias n'en parlent pas ou si peu, faut-il le préciser.

Parfois, il arrive que la presse s'en empare surtout quand le drame tourne en bouche sur les réseaux sociaux.

C'est ainsi que le vendredi 18 septembre dernier, un fait divers comme il en arrive régulièrement, a défrayé la chronique. Une jeune femme a été agressée verbalement et physiquement dans une rue de Strasbourg, parce qu’elle était vêtue d’une jupe. Une agression d’une triste banalité qui n’amène pas les médias de grand chemin à analyser les causes profondes et particulières de ce type de comportement et d’actes violents.

FEMME VICTIME D

UNE AGRESSION CHOQUANTE MAIS QUI SEMBLE SE BANALISER

En cette fin d’été, il est agréable de se promener dans les belles rues de Strasbourg. Pour une femme, se promener seule est parfois un peu plus compliqué. Une étudiante d’une vingtaine d’année a eu la folle idée de se promener en jupe. Tout se serait bien passé si elle n’avait pas croisé sur son chemin 3 jeunes hommes. France Bleu décrit dans un article publié le 21 septembre les circonstances de l’agression. D’abord des insultes : « regardez-moi cette pute en jupe ». La jeune femme a l’outrecuidance de répondre « pardon ? ». De nouveau des insultes « Tu te tais salope et tu baisses les yeux ». Puis nos trois courageux jeunes gens donnent des coups au visage de la jeune femme. Une quinzaine de témoins assistent à la scène, pas un ne réagira.

La jeune femme affirme à la radio publique qu’elle « n’a jamais ressenti un climat aussi malsain pour les jeunes femmes. Le harcèlement de rue est devenu une plaie quasi quotidienne. »

Le récit fait par France Bleu de cette agression ressemble à celui de nombreux autres médias : les faits livrés factuellement, le témoignage de la personne agressée. C’est la jeune femme qui donne des éléments de contexte. Certains médias, rares, apportent des éléments statistiques.

LCI nous permet de comprendre l’élément déclencheur de la médiatisation de cette affaire :

« Élisabeth a posté sur les réseaux sociaux des photos de son visage, suscitant de très nombreuses réactions indignées ». Toutes affaires cessantes, « la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, s’est rendue à Strasbourg pour évoquer le sujet ».

CNews reprend les propos de la ministre :

« Sans opposer les filles et les garçons, je crois qu’il y a un travail d’éducation pour faire en sorte que lorsqu’une femme circule dans la rue, elle ait le droit de circuler en jupe »

L’urgence serait donc de ne pas « opposer » les filles et les garçons. Quelqu’un y a pensé hormis Marlène Schiappa ?

Sur Twitter, Sandra Freyburger fait une suggestion à la ministre, en faisant référence à une jeune femme poignardée en pleine rue pour un mauvais regard, une agression relatée notamment par Actu17  :

«  Puisque @MarleneSchiappa prend la peine d’aller à Strasbourg pour rencontrer la jeune étudiante, elle peut reprendre le train pour aller voir la dernière victime à Grenoble »…

Dans un autre article de la radio publique France Bleu, c’est la maire de Strasbourg qui réagit : « On est encore au Moyen Âge ». S’agit-il d’un vieux fond de culture latine qui a du mal à s’estomper ? On apprend dans le même article que les « agressions sexistes (…) sont en légère augmentation dans le Haut Rhin ».

LES AGRESSIONS SEXISTES DANS UN CONTEXTE PLUS LARGE

Très peu de médias élargissent le cadre de l’information donnée au sujet de l’agression de l’étudiante en langues étrangères appliquées à Strasbourg.

Le Figaro dans son édition du 24 septembre donne quelques éléments sur la – faible — réponse pénale apportée par la justice à ces agressions. Le recrutement par le ministère de l’intérieur de « 80 intervenants sociaux supplémentaires d’ici fin 2021 » pour « renforcer l’accompagnement  des femmes victimes de ces violences » est également mentionné.

Dans la même édition, Isabelle Adjani, qui a interprété le rôle d’une professeur de français qui « pète les plombs » dans un lycée d’une banlieue de l’immigration, insiste sur l’éducation des jeunes gens pour que les mentalités changent. On comprend que l’origine culturelle des agresseurs est évoquée par le Figaro en choisissant d’interviewer l’interprète de « L’année de la jupe », Isabelle Adjani, mais pas mentionnée.

C’est du pédopsychiatre Maurice Berger que viendra une tentative d’explication un peu plus poussée que celle de la maire de Strasbourg (« on est toujours au Moyen âge »), d’Isabelle Adjani (c’est un manque d’éducation) ou de Marlène Schiappa (il faut durcir la réponse pénale).

Le psychiatre spécialisé dans la violence des adolescents fait une analyse sémantique des propos des agresseurs et une analyse culturelle de leur comportement au micro de Sud radio le 23 septembre (20e42 mn) :

« L’espace est genré en Afrique du nord, l’espace public est masculin (…). Si une femme est seule dans la rue, si ce n’est pas pour aller au travail, si elle n’est pas accompagnée, c’est une salope. Il y a un point important, on demande à cette femme de baisser les yeux, de se soumettre. Les personnes qui ont fait ça ont transgressé toutes les règles de notre société : on ne blesse pas l’autre, il y a une égalité hommes femmes, etc. (…). Je pense qu’actuellement, il y a des milieux claniques dans certains quartiers, qui ont des manières d’être qui ne sont pas compatibles avec les valeurs de notre société. (Face à ce type de violence NDLR) on ne voit pas d’autre réponse que la force, il ne faut surtout pas qu’il y ait du sursis ». André Bercoff rappelle que le sursis pour ce type d’agression est la règle. « C’est compris comme, ce n’était pas grave, il ne s’est rien passé », souligne Maurice Berger.

Comme pour parer à toute critique de racisme, le pédopsychiatre indique qu’il travaille avec de nombreux éducateurs d’origine maghrébine

LES ORIGINES ETHNO-CULTURELLES DES AGRESSEURS, GRAND TABOU POLITICO-MÉDIATIQUE

Tant la maire de Strasbourg, qui évoque une survivance du moyen âge, que Marlène Schiappa, qui insiste sur le fait qu’il ne faut pas opposer les filles et les garçons, n’ont fait, comme le pédopsychiatre, une incursion dans les explications culturelles de ce type d’agression. La place de la femme dans la société, le fait qu’elle ne doit pas répondre à un homme, qu’elle doive être voilée, sinon elle sera considérée comme facile, tous ces éléments entendus ou déduits lors de l’agression n’amènent ni les politiques ni les médias de grand chemin à pousser plus avant les tentatives d’explication de nombre d’agressions de ce genre, qui sont en augmentation.

Le fondateur d’Atlantico, J.S. Ferjou, lève sur Twitter un peu le voile (si l’on ose dire…) sur la question que tout le monde se pose, mais que personne ne formule publiquement :

« Quant à l’appel à témoins pour retrouver les agresseurs sans aucune description, on se demande bien ce qui a retenu @francebleu de livrer des éléments de portrait-robot… ».

On a compris que l’on est sur un terrain glissant qui nous éloignerait des standards du politiquement correct …

1 vote. Moyenne 5.00 sur 5.

Ajouter un commentaire

 
×