La France libérée

Comment la puissante Allemagne s'impose dans l'Europe

Personne ne peut contester aujourd'hui, la puissance de 'Allemagne qui domine largement l'Union européenne, devançant largement à ce niveau la France pourtant pays fondateur de l'Europe.

Il faut dire que les Allemands ont subi par le passé d'importantes défaites, notamment lors de la Première Guerre Mondiale, puis ensuite en 39-45 où l'Allemagne a été écrasée par les Alliés, provoquant une véritable catastrophe nationale.

Dans un tel contexte, le peuple allemand humilié et traîné dans la boue, s'est juré de ne plus subir les vexations en cascade et au fil des années il s'est reconstruit sur le plan économique tout en abordant la réunification du pays avec le processus engagé d'octobre 1989 à octobre 1990 conduisant à l'intégration de la République démocratique allemande dans la République fédérale d'Allemagne.

C'est ainsi que l'on peut définir la grande réussite de l'Allemagne qui désormais, domine l'espace européen.

L'analyse de Jean-Baptiste Noé, docteur en histoire économique, membre de l'Institut des Libertés, décrit parfaitement l'ascension allemande en Europe.

Cette analyse est rapportée littéralement dans le texte ci-dessous que l'on peut lire dans son intégralité (extrait de l'article figurant sur le site Institut des Libertés).


L'analyse de Jean-Baptiste Noé

Notre perception de l’Allemagne est faussée. Parce qu’elle n’a plus de puissance militaire, nous avons cru qu’elle n’avait plus de volonté de puissance. Parce qu’elle a été vaincue en 1945 et divisée jusqu’en 1990, nous avons cru qu’elle ne jouerait plus de rôle majeur sur le continent européen. Or aujourd’hui, c’est elle qui domine l’Europe, via notamment l’Union européenne, dont des Allemands ou des amis de l’Allemagne se partagent les postes clefs. Le Brexit est à cet égard une mauvaise nouvelle pour la France, la laissant seule dans son face-à-face avec Berlin quand Londres pouvait servir de contrepoids. Non seulement l’Allemagne est désormais toute-puissante en Europe, mais elle est en train de saper les bases de la puissance française en utilisant le levier de l’énergie et du développement durable. Christian Harbulot, directeur de l’École de guerre économique, vient de publier une étude judicieusement intitulée Comment l’Allemagne tente d’affaiblir durablement la France sur la question de l’énergie dans laquelle il analyse cette stratégie. 
Berlin porte de brandebourg 100

La volonté de puissance de notre voisin, l’aveuglement obstiné de la France, l’oubli des grands principes géopolitiques, sont en train de conduire à un désastre qui lamine notre économie et notre indépendance. L’Union européenne est devenue, pour les dirigeants allemands, une courroie de transmission de la puissance allemande et une institution destinée à défendre les seuls intérêts allemands. Le « couple » franco-allemand est à cet égard une illusion. Quand Paris y voit un moyen de réconciliation et de coopération, Berlin s’en sert d’instrument pour affaiblir la France et pour accroître la puissance allemande. En imposant l’idée de « la transition énergétique » et en imposant sa définition des « énergies renouvelables », l’Allemagne détruit l’industrie nucléaire française au bénéfice de son industrie à elle. Ainsi, si le nucléaire est classé comme une énergie non renouvelable, le gaz naturel répond lui à ce qualificatif. Un moyen habile de ruiner le potentiel énergétique français, mais de protéger l’alliance germano-russe d’accès au gaz. Alors que l’Allemagne se rend compte que les éoliennes sont une impasse tant énergétique qu’environnementale, et commence à faire machine arrière, elle encourage la France, via l’UE, à s’engager dans cette voie, ses entreprises étant les principaux fournisseurs du matériel éolien en France.

Les Verts, l’arme utile de la subversion politique

Il y a une constante dans la politique allemande : gauche et droite sont d’abord nationalistes, quand la gauche française, imbibée de trotskysme puis de maoïsme, est internationaliste. En 1914, quand les socialistes français, Jaurès en tête, appelaient à la grève générale et à la proclamation de la paix absolue, les socialistes allemands votaient les crédits extraordinaires et encourageaient l’entrée en guerre contre la France. Il en va toujours ainsi aujourd’hui : les Verts allemands sont nationalistes et voient d’abord les intérêts de l’Allemagne. Le mouvement pacifiste allemand né de la défaite de 1945 bannit le nucléaire, craignant que l’Allemagne soit prise entre le feu atomique soviétique et américain. Ce rejet du nucléaire militaire conduit ensuite au rejet du nucléaire civil. Helmut Kohl tisse des alliances locales avec les Verts dès les années 1980 et prend des mesures favorisant les énergies dites renouvelables. Puis, à partir de 1998, Gerhard Schröder, renforce les lois antinucléaires, notamment du fait de son alliance avec Die Grünen. Il revient ensuite à Angela Merkel de parachever le processus en organisant le retrait du nucléaire en Allemagne. L’hypocrisie n’étant jamais loin en politique, l’Allemagne se retrouve à acheter de l’électricité en France, produite par les centrales nucléaires, à réactiver ses centrales à charbon et à acheter du gaz à la Russie.

Mais les idées des Verts allemands infusent la pensée politique des Verts français, qui se lancent à leur tour dans une croisade anti nucléaire doublée d’une adoration béate pour les éoliennes et le « renouvelable ». L’Allemagne a donc décidé de mener une politique d’Energiewende (transition énergétique) active en abandonnant le nucléaire d’ici 2022, en fermant ses centrales à charbon d’ici 2038 et en visant 60% d’énergies renouvelables d’ici 2050. Une politique à marche forcée qu’elle souhaite aussi imposer au reste de l’Europe, via les règlements et les normes de l’UE.

La stratégie allemande du contrôle de l’énergie

Ursula von der Leyen active la politique allemande via la Commission européenne qu’elle préside. La note d’alerte publiée par l’EGE montre que l’Allemagne se sert de l’UE et impose sa politique dans trois dimensions :

1/ En soutenant le développement des interconnexions électriques entre États européens afin de pouvoir exporter l’électricité allemande. La directive de 1996 sur le marché intérieur de l’électricité permet de relier les zones de production électrique les plus compétitives vers celles l’étant le moins en permettant des interconnexions entre les réseaux électriques des États membres. Berlin peut ainsi exporter son électricité, profitant de sa centralité géographique en Europe. Cette stratégie portant sur les infrastructures est complétée par une stratégie concurrentielle.

2/ Libéraliser le marché européen au service du modèle allemand. Un capitalisme de connivence à l’échelle continentale, où la liberté de commerce est faussée et détournée pour créer un marché contraint. Les entreprises allemandes de l’électricité étant déjà présentes sur le marché, elles espèrent racheter les entreprises qui seront privatisées, notamment les restes d’EDF.

3/ Détourner les fonds européens au profit du modèle énergétique allemand. Berlin fixe les règles des subventions afin de les recevoir. Les subventions de la Banque européenne d’investissement (BEI) sont ainsi destinées aux énergies « vertes » et non pas au secteur nucléaire. Une bonne façon de faire financer le développement de l’industrie allemande par les contribuables européens. Siemens touche ainsi plus de subventions que Total et EDF réunis. Cette réussite s’appuie sur un réseau bien développé de lobbying.

la définition des normes européennes est ainsi mise au service des intérêts de l’Allemagne. N’est déclaré « vert » que ce qui l’arrange. Dans le top 11 des entreprises éoliennes on trouve ainsi 3 entreprises allemandes. En encourageant l’éolien en Europe, et notamment en France, Berlin s’assure de juteux débouchés. L’Allemagne a donc tout intérêt à déclarer impur le nucléaire et pur l’éolien afin de détruire l’industrie française et d’assurer un avenir à la sienne. Les désastres écologiques causés par les éoliennes sont bien évidemment passés sous silence. Le gaz en revanche a été labellisé comme énergie verte. Et pour cause, l’Allemagne en a absolument besoin pour assurer sa survie énergétique. Un gaz qui provient de Russie, avec qui l’Allemagne a conclu un accord commercial. Rien d’étonnant quand on voit le parcours de l’ancien chancelier Schröder, devenu cadre dirigeant de Gazprom. Alors que l’UE impose des sanctions à la Russie, pénalisant en contre coup un grand nombre de secteurs économiques français, l’Allemagne s’approvisionne sans problème sur le marché russe.

L’oublie des principes géopolitiques

Dans cette histoire, plusieurs principes géopolitiques fondamentaux ont été oubliés.

Le premier, les États n’ont pas d’amis. La France a commis une erreur en s’alignant sans réserve sur la politique allemande, sans voir que cela se retournerait contre elle.

Deuxième principe oublié : l’équilibre doit demeurer. En jouant l’Allemagne et en rejetant l’Angleterre, la France s’est placée nue face à son adversaire séculaire. Or il est indispensable d’être dans un jeu à 3 afin d’équilibrer la puissance allemande. Paris devrait donc passer le Brexit par perte et profit et se rapprocher le plus tôt possible de Londres ou de Rome afin de contrecarrer l’hégémonie de Berlin.

Troisième principe oublié : l’histoire et la géographie demeurent. Ce que joue l’Allemagne aujourd’hui, c’est la partition actualisée de 1870, de 1914 et de 1938. La réunification de 1990 a été une erreur pour la France. Mitterrand n’aurait pas dû la permettre, et encore moins tolérer une monnaie unique, qui est la monnaie allemande imposée à l’Europe.

Quatrième principe oublié, celui-ci de la géopolitique anglo-saxonne, éviter l’union du heartland. Le heartland désigne le centre de l’Europe. Celui qui le contrôle contrôle l’Europe. Il faut donc éviter un rapprochement entre l’Allemagne et la Russie, ce qui avait été évité en 1914, mais pas en 1939. L’union de Berlin et de Moscou via le gaz est une alliance dangereuse pour les autres Européens.

Heureusement, ces alliances sont généralement de courte durée.

La France devrait donc au plus tôt se rapprocher de Rome et de Moscou afin d’entourer l’Allemagne et de limiter son expansion.

Ce qui aboutit au cinquième principe oublié : une réalité que l’on ne veut pas voir existe néanmoins. Les faits ne disparaissent pas en fermant les yeux ou en refusant de les reconnaitre. La prise de contrôle de l’UE par Berlin est une réalité et la soumission des gouvernements français à l’UE met davantage le pays sous la coupe de l’Allemagne. Il est donc temps de faire un basculement d’alliance et, comme Louis XV en son temps, de préférer l’Autriche à la Prusse.

Jean-Baptiste Noé

Jean-Baptiste Noé est docteur en histoire économique. Il est directeur d'Orbis. Ecole de géopolitique. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages : Géopolitique du Vatican. La puissance de l'influence (Puf, 2015), Le défi migratoire. L'Europe ébranlée (2016) et, récemment, un ouvrage consacré à la Monarchie de Juillet : La parenthèse libérale. Dix-huit années qui ont changé la France (2018).

 

 

Date de dernière mise à jour : 26/10/2021

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