ENVIRONNEMENT : La Méditerranée bat des records de chaleur ...

et ce n'est pas une bonne nouvelle !

"Toute la Méditerranée occidentale connaît une vague de chaleur marine depuis le 16 mai environ”, explique Robert Schlegel, chercheur à l’Institut de la Mer de Villefranche.

MER MÉDITERRANÉE

CLIMAT - “Exceptionnel” et très inquiétant. La mer Méditerranée bat cet été des records de chaleur. Ce dimanche 24 juillet, la température de l’eau était “en passe d’atteindre les 30°C à (comme le 22 juillet) à la bouée au large de la côte orientale de la Corse”, a alerté Keraunos, l’Observatoire français des tornades et orages violents. Une hausse des températures qui bouleverse déjà l’écosystème de la Méditerranée, avec la prolifération des méduses.

“L’anomalie thermique de la Méditerranée occidentale est exceptionnelle, parfois supérieure à 5°C au large de la Provence”, a expliqué l’Observatoire, alors que plusieurs départements de la côte méditerranéenne sont toujours placés en vigilance pour canicule ce lundi.

Des canicules océaniques bientôt plus longues?

La température de la surface de la mer (SST) atteint des pics à +5°C par rapport à la moyenne le long des côtes espagnoles, françaises et italiennes, comme le montre la visualisation ci-dessous basée sur les données du Copernicus Marine Service. ”À l’exception de la mer d’Alboran (entre le Maroc et l’Espagne), toute la Méditerranée occidentale connaît une vague de chaleur marine depuis le 16 mai environ”, détaillait Robert Schlegel, chercheur à l’Institut de la Mer de Villefranche (IMEV), interrogé fin juin par Le HuffPost.

Une mauvaise nouvelle qui pourrait empirer. “Nous sommes enfermés dans une situation où, d’ici 2050, l’ensemble de l’océan mondial sera proche d’un état de canicule marine presque constant”, alerte Robert Schlegel. Dans le climat actuel, les canicules océaniques ne durent qu’une quinzaine de jours en Méditerranée. Dans le pire scénario prévu par le Giec, avec un réchauffement à +5°C, les simulations prévoient qu’elles seront quatre mois plus longues et quatre fois plus intenses, rapporte une étude sur l’évolution des canicules océaniques en Méditerranée du CNRS.

”Entre 1925 et 2016, le nombre de jours annuels de vagues de chaleur marines dans le monde a augmenté de plus de 50%”, rapporte Carole Saout-Grit, physicienne océanographe, contactée par Le HuffPost. Ces chiffres proviennent d’une étude de la revue scientifique Nature Climate Change dans laquelle les chercheurs établissent un lien direct entre l’augmentation de ces vagues de chaleur et le réchauffement à long terme des océans.

Même si nous parvenons à contenir le réchauffement à +2°C, “la quasi-totalité des océans connaîtront des vagues de chaleur marines plus fréquentes et plus longues”, poursuit la chercheuse. Quant aux conséquences, les canicules marines passées présagent des modifications majeures des écosystèmes, sur la faune et la flore. En 1999, 2003 et 2006, la Méditerranée a été touchée par une canicule provoquant “de nombreux cas de mortalité massive d’espèces”, déplore le Centre national de la recherche scientifique (CNRS). 

De nouvelles zones sans oxygène sont apparues, ces dernières années, dans l’océan Indien et dans le Pacifique, et des vortex hypoxiques ont été récemment découverts à l’est de l’Atlantique. L’état d’hypoxie se produit quand la quantité d’oxygène présente dans l’eau de mer devient insuffisante et n’arrive plus à répondre aux besoins de la faune marine qui a besoin de cet oxygène.

Prolifération des petites méduses violettes en Méditerranée

Autre conséquence du réchauffement de la témpérature de la méditerranée, les Pelagia noctiluca, petites méduses violettes, sont ballottées par dizaines au bord des plages. “Ces épisodes de prolifération ne sont pas inédits, et ont même été décrits dans l’Antiquité”, a expliqué au HuffPost Mélanie Ourgaud, océanographe, biologiste marin et chercheuse au CNRS. Mais le réchauffement climatique n’est pas la seule cause de cette prolifération.

“Pour les méduses de type Pelagia noctiluca, les courants marins jouent un rôle majeur”, a ajouté la scientifique. Elles appartiennent à la famille du plancton, elles ne savent donc pas nager, et comme tous les membres de cette famille, elles sont portées par les courants marins.

Elle évoque aussi une autre cause, humaine, là-encore: la surpêche. “Les stocks de top-prédateurs (tortues, thons...) sont insuffisants pour manger les méduses, de même que les stocks de zooplanctonophages (sardines, anchois, autres petits poissons bleus) qui consomment du zooplancton (même ressource alimentaire que les méduses) sont diminués. La raréfaction des poissons est un facteur favorable au développement de méduses” déplore Mélanie Ourgaud. En clair, cette multiplication des méduses confirme l’état de santé de nos océans et montre les menaces qui pèsent sur le milieu marin.

 

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