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GÉNÉRATION IDENTITAIRE

En 2018, des militants de Génération identitaire ont investi les locaux de SOS Méditerranée à Marseille. Une opération médiatique et pacifique, comme toutes celles de l’association désormais dissoute. Mais jugés à la mi-octobre, les prévenus ont été présentés par la presse et les magistrats comme de dangereux individus hyper violents.

THAIS D ESCUFON

Le 5 octobre 2018, 22 activistes du groupe Génération identitaire, qui était au grand remplacement ce que Greenpeace est au réchauffement climatique (avant d’être dissous par Gérald Darmanin), frappaient à la porte des bureaux marseillais de l’association SOS Méditerranée et s’y engouffraient pour investir les locaux et déployer aux fenêtres une banderole : « SOS Méditerranée complice du trafic d’êtres humains ».

Une fois de plus, comme ils l’avaient fait en occupant, le temps d’une photo, le toit d’une mosquée en construction à Poitiers ou le bâtiment de la Caisse d’allocations familiales de Bobigny, comme ils avaient pris position sur un col alpin devenu un passage fréquenté par des migrants, ils avaient ce jour-là mené une « opération d’agit-prop », un « happening médiatique » pour attirer l’attention des médias ou des citoyens sur l’absence de frontières, l’islamisation et les allocs, soit tout ce qui provoque et favorise l’invasion migratoire en cours. Dans un entretien donné à Causeur, Thaïs d’Escufon, ancienne porte-parole du mouvement, précisait que Génération identitaire a toujours été stricte sur le caractère pacifique de ses actions, écartant les têtes brûlées qui avaient envie d’en découdre : « Pour moi, non seulement la violence est contre-productive, mais elle est moralement illégitime. Je crois toujours à la démocratie ».

Curieusement, quand SOS racisme utilisait les mêmes méthodes, non violentes et bruyantes, cela ne suscitait ni procès ni offuscations étranglées.

Comme chacune des opérations de Génération identitaire, celle-ci fut donc visible et percutante, mais pacifique. L’objectif était de dénoncer les pratiques d’une association qui répète dans tous les médias qu’elle sauve des migrants chiffres à l’appui, ce qui lui permet de récolter dons et subventions, en oubliant de préciser que ces sauvetages consistent à récupérer des futurs clandestins à quelques encablures des côtes libyennes pour les amener en Europe quand ils pourraient tout aussi bien les sauver de la noyade en les ramenant en Tunisie ou en Algérie. D’après Thaïs d’Escufon, qui participait à l’opération, les militants identitaires ont rassuré les sept salariés de l’ONG présents ce jour-là sur leurs intentions, notamment deux qui, pris de peur, s’étaient enfermés dans les toilettes ; ils leur ont laissé la possibilité de rester sur place ou de quitter les lieux et ont allumé leurs fumigènes aux fenêtres en attendant la police, puis se sont laissé embarquer sans opposer de résistance. La jeune femme ajoutait que les policiers marseillais, qui ne s’exprimeront pas, semblaient agréablement surpris d’avoir affaire à des jeunes gens respectueux et bien élevés. Les identitaires furent libérés après une garde à vue de quarante-huit heures. Leur procès pour « participation à un groupement formé en vue de la préparation de violences » et « violences en réunion », intenté par SOS Méditerranée et par l’association antiraciste La Maison des potes, a eu lieu devant le tribunal correctionnel de Marseille du 17 au 19 octobre – trois jours d’audience, tout de même : beaucoup de vrais malfrats ont le droit à beaucoup moins d’attention de la justice.

Interrogée par France Info au moment des faits, la présidente de l’ONG déclarait : « L’action s’est déroulée sans violence ». Il semble qu’en quatre ans, ses souvenirs et ceux des autres témoins aient radicalement changé et qu’avec le temps, les « victimes » de l’occupation se soient découvert des traumatismes.

François Thomas, président actuel de SOS Méditerranée, estimant peut-être que les propos un peu trop sobres de la responsable présente au moment des faits manquaient de dramaturgie, affirme pour sa part : « Les salariés ont subi un traumatisme grave et profond. Cela a entraîné plusieurs semaines d’ITT, l’adaptation des plans de travail et la mise en place d’un soutien psychologique. Lors de cette attaque violente dans les locaux de l’association, des salariés ont reçu des coups, d’autres ont été retenus contre leur gré, nous avons tous été extrêmement choqués et traumatisés par cette intrusion en mode “commando” et l’utilisation d’une telle violence ».

Au procès, les témoins interrogés par l’avocat, Me Cambiaire, rivalisent dans la victimisation. Il ouvre le bal en déclarant : « Un membre de SOS Méditerranée a été ceinturé, d’autres bousculés, des coups ont été portés. Plusieurs des victimes ont fait constater des ecchymoses. Mais les dégâts sont aussi psychologiques. Ils étaient attaqués et, vu la période, ont tout de suite pensé à un attentat. Quatre ans après les faits, les victimes restent profondément choquées ». Quel traumatisme, en effet, que cette intrusion pacifique pour des gens qui n’ont pas peur d’affronter les dangers de la mer… Puis les salariés prennent le relais. La directrice, Sophie Beau, la même qui décrivait au lendemain de l’intrusion une action sans violence, déclare à la barre « être habituée aux situations très violentes lors de ses missions humanitaires, notamment un vol à main armée au Sierra Leone ». Elle dit pourtant avoir été « totalement choquée », en particulier lorsqu’un de ses collègues, le seul homme présent à SOS Méditerranée ce jour-là, a tenté de s’interposer : « J’ai cru que c’était un attentat, que mon collègue allait mourir ». « C’est la première fois que je me suis sentie ciblée comme humanitaire », insiste Sophie Beau, oubliant soudainement le Sierra Leone. Si elle se souvient avoir été violemment éjectée hors de l’appartement, dans les escaliers, la directrice de l’ONG a « un moment d’amnésie » : elle a totalement oublié avoir été « plaquée contre un mur », ce que lui ont rapporté ses collègues.

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Une autre salariée qui s’est retrouvée en présence d’une quinzaine de militants dans son bureau, qu’elle a refusé de quitter, ne comprenant pas « qui ils étaient ni ce qu’ils voulaient » décrit la scène dans la presse. La plus jeune des militantes identitaires, Flora Salacroup, 18 ans au moment des faits, « a poussé la porte ultra violemment et m’a projetée sur l’armoire ». La salariée décrit un groupe « très organisé, avec certains qui me hurlaient dessus et d’autres qui tentaient de me rassurer ». Machiavéliques, les identitaires avaient décidé par avance qui jouerait le bon flic et qui le mauvais. Par crainte de représailles, la jeune femme préfère être citée anonymement.

À un moment, poursuit-elle, deux femmes du « commando » identitaire, dont Flora Salacroup, l’ont tirée par le bras pour la faire tomber de sa chaise : pendant plusieurs mois son épaule restera douloureuse. À la barre, cette victime révèle aussi qu’elle était enceinte au moment des faits : « J’ai perdu cet enfant deux semaines plus tard, lâche-t-elle, en pleurs. Bien sûr on ne pourra jamais prouver que c’est dû à l’attaque, mais pour moi, toute ma vie, ce sera lié à cet événement ».

Flora Salacroup se défend : « On n’a traumatisé personne ». Apparemment, la parole des prévenus n’intéresse pas grand-monde. Et certainement pas la presse qui rivalise dans les formules grandiloquentes : « Une ONG prise d’assaut par des militants radicaux d’extrême droite, venus crier leur message raciste et anti-islam » ou encore « Derrière l’apparence proprette et les masques souriants, Génération identitaire, c’est le visage hideux de la haine ».

Dans son réquisitoire, le procureur de la République, Ahmed Chafaï qualifie le groupe de « quasi-association de malfaiteurs ». Il ne manque que le terrorisme…

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Mais ce n’est pas tout. À l’audience, tout ce théâtre aux exagérations bien marseillaises fait sourire les accusés. Oui, rendez vous compte, ils sourient. Cela leur est reproché par les magistrats qui évoquent dans leur jugement « une certaine désinvolture et un manque de prise de conscience de la gravité des faits ». Le Parquet a estimé que ce comportement ne permettait pas aux victimes de se reconstruire. On aurait dû créer une cellule d’aide psychologique.

Thaïs d’Escufon dénonce un « tissu de mensonges » relevant « de l’acharnement politique et non du juridique ».

Reconnus coupables de « violences en réunion », ils écopent de condamnations sévères. Porte-parole de Génération identitaire, Romain Espino est condamné à la peine la plus lourde, un an de prison ferme, aménagée en détention à domicile sous surveillance électronique. Franck Dunas se voit infliger six mois de prison ferme à purger avec un bracelet électronique, un an de prison avec sursis pour Johan Salacroup, et huit mois avec sursis pour Jérémie Piano, candidat Reconquête et pour Peter Sterligov, ancien légionnaire d’origine russe, responsable des services techniques de la ville (Rassemblement national) de Beaucaire, dans le Gard. Huit mois de prison avec sursis pour Thaïs d’Escufon, cinq ans d’inéligibilité contre cinq prévenus et dix-sept mesures d’interdiction de séjour à Marseille pendant trois ans. Enfin, les condamnés doivent indemniser les salariés « blessés » pour un total de 21 000 euros et verser plus de 42 000 euros à SOS Méditerranée en réparation des préjudices économique et moral.

Thaïs d’Escufon dénonce un « tissu de mensonges » relevant « de l’acharnement politique et non du juridique ». Récemment, des clandestins investissaient l’hôtel de ville de Paris dans une opération assez similaire et ressortaient en faisant le V de la victoire après avoir été reçus et entendus, et sans être poursuivis. Si la justice est souvent laxiste, elle ne l’est pas toujours et pas pour tous.

Cyril Bennasar

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