L'AFFAIRE GRIVEAUX

Ce n'est pas la première fois que chacun de nous peut constater les lacunes d'un régime politique incohérent qui détruit chaque jour un peu plus la démocratie française. La montée de la contestation radicale que nous connaissons depuis le mouvement des Gilets Jaunes et les contestations multiples liées à la réforme des retraites sont la preuve d'une gouvernance aveugle dirigée par un président de la République entièrement irresponsable. Au final, c'est la République qui sera détruite avec ses valeurs fondamentales que nos ainés avaient su batir aux termes d'énormes sacrifices. Et si la République succombe, c'est la démocratie qui s'écroulera. L'affaire Griveaux vient s'ajouter au désastre politico-social. Vous trouverez ci-dessous un interview réalisé par le site Atlantico qui révèle parfaitement la situation dans laquelle est plongée la Nation. Cet interview a pu établi grâce à la participation de Sylvain Boulouque et d'Edouard Husson. Pierre Reynaud

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L'affaire Griveaux a révélé le potentiel nuisible des mouvements radicaux. La publication des vidéos par l'activiste Piotr Pavlenski est l'illustration d'une volonté idéologique : faire éclater des régimes jugés factices et donc mauvais.

Interview Atlantico avec Sylvain Boulouque, Edouard Husson 

Atlantico : L'affaire Griveaux et ses dessous ou bien encore la montée de mouvements contestataires radicaux montrent à quel point la crise de la démocratie est plus avancée qu'on ne le pensait. Comment expliquer ce sursaut de mouvements jusqu'alors marginaux ?  La réalité d'un modèle sociétal qui ne séduit plus la population en est-elle l'explication première ?  Peut-on les quantifier, a-t-on une idée de leur poids ?  

Sylvain Boulouque : Si l'on part du cas Griveaux, rappelons avant tout que lorsqu'on a des responsabilités, on est censé faire attention à ce que l'on fait. Si on a une logique politique, et surtout à l'heure des réseaux sociaux où tout peut se fuiter sur internet à n'importe quel moment, on réfléchit à deux fois. Lorsqu'on est un homme politique aspirant à une carrière politique longue, en conséquence avec des fonctions importantes on ne se comporte pas comme un adolescent. Que l’on se rappelle le cas de Maurice Dejean pris en photographie par les services de renseignements soviétiques. De Gaulle l’a convoqué et a cessé d’être ambassadeur… Mitterrand et Chirac en savaient quelque chose ; certes les réseaux sociaux n'existaient pas, mais ils verrouillaient tout ! Du point de vue des affaires publiques, Griveaux a eu un comportement irresponsable. Si j’étais ironique j’ajouterais que ce sont les activistes qui ont permis d’éviter d’hypothétiques chantages à venir et ont peut être involontairement sauvé les intérêts supérieures de la nation…

En ce qui concerne la montée de l'activisme, elle est à nuancer. Le nombre d'activistes radicaux n'a pas réellement gonflé en soit, simplement leur influence a considérablement augmenté par le biais des réseaux sociaux. Le signalement des vidéos a été repris par des personnes que l’on ne peut pas considéré comme des militants radicaux des médecins des députés anciens élus LREM et des gardes du corps de président… Puisqu'ils ont la possibilité de diffuser ce qu'ils désirent à un large nombre de personnes, leur pouvoir d’influencer la vie publique ou de faire du « buzz » donc bien plus important. 

Il convient également de rappeler qu'une partie de l'opinion publique n'estime plus que la démocratie est le système idéal pour environ 33 % des sondés et environ 20 % de la population considère que la violence est un moyen de se faire entendre et surtout que près de 50 % de la population ne participe plus au système électoral considérant pour beaucoup qu’il ne sert à rien. Ce positionnement prend de l'ampleur, mais pour l'heure, elle demeure indépendante des éléments politiques radicaux et n’est pas forcément organisée.

Edouard Husson : Il faut d'abord se rappeler que le socle électoral des partis de gouvernement ne cesse de se rétrécir, d'élection en élection. En 2007, Sarkozy + Royal+ Bayrou, cela représentait 75% des voix. En 2017, Fillon + Hamon + Macron, c'est 50% des voix au premier tour. Et Macron est élu au centre, comme s'il était devenu impossible d'être élu à droite ou à gauche parce qu'on ne peut plus avoir les voix de Marine Le Pen ou celles de Mélenchon sur un compromis de second tour.

Pour autant, LFI comme le Rassemblement National se révèlent incapables d'imaginer une majorité alternative à partir de leur base électorale. Marine Le Pen est apparemment très loin de comprendre qu'elle devrait changer de programme économique pour être acceptée par une partie des dirigeants d'entreprise. Quant à la France insoumise, c'est le contraire: à force de jouer les uslami-bobos on perd l'électorat populaire. Le résultat de tout cela, c'est d'une part la prolifération des provocations d'extrême gauche, d'autre part l'imminence percée de candidats communautaires musulmans. 

Face à un pouvoir et des partis traditionnels qui semblent ignorer la fracture qui séparent de plus en plus profondément le peuple de ses dirigeants, une partie de la population semble de plus en plus tentée par ces mouvements radicaux. Comment expliquer que les partis traditionnels et le pouvoir en place restent aveugles face à cette crise de la défiance ? 

Edouard Husson : Les partis traditionnels n'ignorent pas la fracture. Ils essaient de repousser le moment de vérité.  Ils sont tétanisés. La peur est le sentiment dominant.  Regardez la manière dont Emmanuel Macron fait cogner sur les Gilets Jaunes puis sur les syndicalistes, à quelques mois d'écart. Et regardez comme un Wauquiez a été incapable d'assumer qu'il avait enfilé un gilet jaune. Aux dernières élections européennes, le parti de l'ordre a sauvé le macronisme.

En face, le Rassemblement National l'emporté d'une courte tête en nombre de voix, sans pour autant réussir ni à faire sauter le cordon sanitaire à droite ni à faire venir les nationistes de gauche pour voter avec les nationistes de droite. Je dis bien nationistes et non nationalistes. Car ce dont il s'agit c'est de défendre la nation comme cadre de la cohésion sociale, pas de haïr ni envahir les peuples voisins. En fait le contraste est total avec la Grande-Bretagne voisine où les dirigeants conservateurs ont réussi à canaliser l'électorat populaire et mettre en place le Brexit. 

L'aller-retour sur la candidature ou non d'Agnès Buzyn, la déclaration de Stanislas Guerini, qui s'apparente à un mensonge, expliquant que les ministres ne seront pas Maires... Si ces arrangements avec la vérité pouvaient jusqu'alors paraître innofensifs, comment sont-ils devenus insupportables pour une grosse partie de la population et comment expliquer qu'un pouvoir s'étant fait élire sur l'idée d'une nouvelle ère semble toujours l'ignorer ? 

Edouard Husson : Étape 1 de la crise : François Mitterrand, dans les années 1980, change de politique sans le dire. Etape 2: Jacques Chirac n'essaie même pas, à la différence de Mitterrand, de mettre en œuvre la politique sur laquelle il a été élu. Etape 3, Nicolas Sarkozy n'est pas obéi par une majorité qui juge que sur l'immigration et l'insécurité, il faut "garder le président de ses propres démons". Etape 4: Hollande assume la stratégie qui lui est proposée par Terra Nova, de faire la politique des métropoles en ignorant la France périphérique. Etape 5: Macron assume la violence policière contre une France périphérique qui se rappelle au bon souvenir du fils politique de François Hollande. Les dirigeants se sont d'abord caché à eux-mêmes puis ont fini.par assumer une coupure avec la majorité de la population. Pour assumer la violence d'État contre cette majorité délaissée, il faut des individus suffisamment dénués d'empathie. Emmanuel Macron n'a jamais honte de noyer ses publics sous des flots de paroles insignifiantes. Benjamin Grivaux étale ses fantasmes sur les réseaux sociaux. Le plus représentatif, si l'on ose dire, est Edouard Philippe, idéal-type du techno qui s'est abstrait définivement de quelque considération que ce soit pour les electeurs. Au point de se payer la tête de ses anciens électeurs du Havre en se présentant à leurs suffrages sans intention de quitter l'Hôtel Matignon. 

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