Pierre Cardin : un homme d'affaire qui usait trop de son pouvoir

Incontestablement, Pierre Cardin aura marqué son temps : tout d'abord, comme grand couturier, ensuite comme puissant homme d'affaires, devenu richissime, possédant des biens immobiliiers ou des restaurants de renommée internationale, comme le Maxim's par exemple. Sa propre marque, présente sous forme de franchises partout dans le Monde, dans plus de cent pays lui a permis de constituer une fortune colossale estimée déjà en 2009 à plus de 600 millions d'euros.

Passionné d'art, il devient un mécène qui rayonnera à Paris comme en province.

Mais à côté de ces qualités exceptionnelles qu'on lui reconnaît évidemment, Monsieur Cardin avait-il un sen s réel de l'humanité vis-à-vis de ses semblables et des petites gens ? Pas si sûr ! ..

.PIERRE CARDIN AU CHÂTEAU DE LACOSTE

Si l'on remonte à 2001, nous verrons que le couturier de renommée internationale mulitipliait les acquisitions immobilières un peu partout en France et dans le Monde, jusqu'à s'accaparer un village entier (ou presque) situé à Lacoste au coeur du Lubéron. Une attitude qui ne lui pas attirer que des amis parmi la population de cette toute petite commune, baignée par la lumière du superbe soleil de Provence.

Alors, Pierre Cardin a-t-il été un peu maso quand, après avoir racheté, en 2001, le château du Marquis de Sade, il a multiplié les acquisitions immobilières à Lacoste ? 

En apparence, le couturier envisageait de transformer ce village du Luberon en « Saint-Tropez de la culture », sans que les habitants du coin soient vraiment très chauds à cette idée. 

Pourtant, l''histoire avait bien commencé. Lorsque le grand nom de la mode, décédé ce mardi à 98 ans, s'est offert les ruines du château du XIe siècle, « ça ne gênait pas vraiment les gens [car] personne n'avait l'argent pour l'acheter et le restaurer », déclarait en 2017 à l'AFP Anne Gallois, qui vit dans la commune.

« C'est à partir du moment où il a acheté à tour de bras des maisons à l'intérieur du village que ça s'est corsé », ajoutait celle qui a écrit Du côté de chez Sade, histoire d'un village vendu.

Au fil des ans, Pierre Cardin a donc multiplié les acquisitions dans le bourg, déjà prisé en leur temps par André Breton, Max Ernst, Pablo Picasso, Henri Cartier-Bresson ou René Char. Il voulait pouvoir loger ses invités, ouvrir des résidences artistiques, en un mot « construire » expliquait-il en 2008 au Monde.

La résistance s'est organisée

Alors, au sein du village, l'opposition s'est largement organisée. Elle a convoqué les médias, tagué les murs de messages hostiles. En vain ..: Le couturier a séduit de nombreux propriétaires en proposant des prix d'achat « trois fois supérieur à celui du marché », affirmait Anne Gallois. Une dizaine de boutiques, plusieurs galeries, et au moins une quarantaine de maisons (le plus souvent vides en dehors de la période estivale) ont progressivement vu le jour dans ce village autrfois oublié.

Cela a désespéré les habitants, mais par contre une pareille situation a attiré des touristes curieux d'admirer les monts du Luberon et les oeuvres de Pierre Cardin... présentées dans des magasins illuminés jour et nuit, dont les portes sont constamment closes.

La fièvre acheteuse et rénovatrice du couturier a aussi permis de créer des emplois, au moins pour un temps, et d'irriguer l'économie locale. « Pierre Cardin a toujours fait appel à des entreprises locales pour mener les travaux, employant au passage énormément de gens », concédait  Anne Gallois.

La résistance a fini par s'étioler. Cyril Montana, écrivain et journaliste, avec des attaches familiales à Lacoste, a tiré de cette histoire un documentaire acide sorti en 2020, Cyril contre Goliath..

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