Quand le gouvernement va-t-il arrêter les antifas et les condamner ?

Manifestations antifas: « Empêcher des citoyens de s'exprimer et de débattre n'est pas acceptable en République »

Plusieurs manifestations ont eu lieu le 27 novembre à Paris, comme à Marseille, à l'initiative de mouvements de gauche pour lutter «contre l'extrême droite et le racisme », ont été le théâtre de violences. Leurs organisateurs sont-ils complices ?

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Des militants antifas s'en sont pris aux forces de l'ordre, le 27 novembre, dans un défilé «contre l'extrême droite et le racisme» à Paris, quand à Marseille ils s'opposaient à la venue d'Éric Zemmour. Éric Delbecque dénonce le recours à la violence en démocratie.

ANTIFAS
Éric DELBECQUE. - Je ne sais pas si on peut parler de complicité, car il faudrait que l'on ait plus d'éléments matériels pour se faire un avis. Mais il est clair que le maintien d'une ambiance, d'un climat d'« énervement » politico-idéologique de la part de certains d'entre eux conduit très facilement à la montée des violences.

Les personnes qui pratiquent la violence, comme on le voit depuis plusieurs années, se couvrent très souvent de slogans bienveillants qui pourraient faire l'objet de manifestations pacifiques, et qui finissent par devenir l'alibi d'individus violents. La question est toujours la même : faisons-nous face dans les situations dont nous parlons à des gens qui organisent tranquillement et légitimement des manifestations sans recourir à la violence, et dont les actions sont parasitées, détournées par des trublions ? Sont-ils simplement, malgré eux, l'occasion de l'expression d'une brutalité qu'ils condamnent ? Ou bien sont-ils d'une manière ou d'une autre des imposteurs, des hypocrites, qui servent de paravent consentant au déferlement de la violence ? Il faut raisonner au cas par cas pour obtenir une réponse satisfaisante.

Dans une manifestation, on peut retrouver des personnes d'ultragauche, notamment des Black blocs, quelques éléments d'ultradroite, des complotistes, des antivax, des anti-passe, des émeutiers qui se présentent comme « Gilets jaunes ».

Dans une période électorale, comme celle que nous vivons, il est de surcroît encore moins possible de tolérer que l'on entrave le libre jeu de l'expression démocratique. Que nous soyons d'accord ou non avec untel ou untel (Éric Zemmour ou d'autres, peu importe), tous les points de vue doivent pouvoir s'exprimer en démocratie à partir du moment où ils s'inscrivent sur l'échiquier légal. Ils ne doivent faire l'objet d'aucune forme d'intimidation ou de violence.

Faut-il nécessairement s'attendre à des mouvements sociaux violents lorsque la gauche manifeste ?

Aujourd'hui, on observe une grande porosité entre les contestataires. Dans une manifestation, on peut retrouver des personnes d'ultragauche, notamment des Black blocs, quelques éléments d'ultradroite, des complotistes, des antivax, des anti-passe, des émeutiers qui se présentent comme « Gilets jaunes ». Il y a de la porosité entre tous ces groupes. De manière générale, les manifestations portent souvent une dose d'éléments violents qui instrumentalisent ces manifestations en l'inscrivant dans leur propre agenda opérationnel et stratégique, tout en déployant leur propre et inextinguible volonté de propager le chaos et la violence. Donc, en effet la probabilité est très forte. D'autant plus que l'on vit un moment particulier, la crise Covid favorisant la décompensation psychologique et donc le passage à l'acte, le déchaînement d'hostilité destructrice.

De manière structurelle, l'ultragauche est la mieux organisée pour faire déborder une manifestation. Dans celles qui démarrent pacifiquement, des antifas ou des Black blocs pratiquent la technique du coucou : ils s'insèrent à l'intérieur du groupe et en profitent pour faire dégénérer les événements. Pour certains, l'exercice de la violence constitue une drogue. Pour d'autres, il s'agit d'objectifs militants : mettre en échec la police, essayer de provoquer un dérapage, tenter de parasiter l'action gouvernementale. Ces objectifs se rejoignent parfois. Généralement, cela n'a pas grand-chose à voir avec l'objet réel de la manifestation.

Sur BFM TV, l'élue à la Ville de Paris, Alice Coffin, a légitimé cette violence pour empêcher la venue d'Éric Zemmour à Marseille. Pourquoi est-ce qu'on tolère la violence lorsqu'elle vient de l'extrême gauche ?

Toute personne, qu'elle soit élue ou non, qui légitime ce type de violences, ne comprend pas ce que sont les règles de la République et de la démocratie. Tout emploi de la force en dehors du cadre légal de la sanction de délits ou crimes, de la rébellion ou de la légitime défense (pour les citoyens comme pour les forces de l'ordre) est contraire à l'esprit démocratique et républicain. C'est aussi simple que cela. Les gens qui raisonnent sur le mode « pas de liberté pour les ennemis de la liberté » commettent deux erreurs : qui sont-ils pour arbitrer entre les partisans et les adversaires de la liberté (souvent ils prennent d'ailleurs des positions idéologiques fort peu respectueuses de la tradition humaniste) ? Et depuis quand est-ce un comportement républicain d'empêcher des citoyens de s'exprimer, de débattre, à partir du moment où ils n'offensent pas la loi ? De telles personnes, et tous leurs commentaires n'ont aucune portée et aucun intérêt. Elles ne sont pas crédibles.

Médiatiquement, quand l'ultragauche recourt à la violence, il y a effectivement une forme de complaisance dans de larges pans de l'intelligentsia, dans certains partis et dans de nombreux médias. Pour l'ultradroite les réactions sont le plus souvent immédiates. Évidemment, les deux sont également condamnables. Qu'elle vienne de l'ultragauche ou de l'ultradroite, la violence est toujours inacceptable. Et l'idée selon laquelle les gens d'ultragauche auraient une espèce de prime d'impunité parce que leurs idéaux seraient « purs », est irrecevable. C'est la même question depuis longtemps : la fin justifie-t-elle les moyens ? Ma réponse est non.

Toute violence est condamnable en République : certains devraient se décrasser de leurs vieux réflexes marxistes. Ils abandonnèrent certes le contenu doctrinal de l'auteur du Capital , mais ils persistent dans des comportements pavloviens et des carcans psychologiques nous ramenant au climat de la Guerre Froide.

Éric Delbecque

De manière plus générale, nous rejoignons ici le vieux débat de Max Weber entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. L'éthique de conviction consiste à dire que tout est permis au nom d'une idée. Or, il y a aussi l'éthique de responsabilité, qui consiste à prendre en compte la conséquence de nos actes. Cette dernière fonde l'idéal de la démocratie libérale, de la République d'esprit 1789. Historiquement, la posture révolutionnaire est favorisée dans notre pays ; certains de nos intellectuels sombrent dans le romantisme de la Révolution violente, dans le culte littéraire de l'expression de la violence. Toute violence est condamnable en République : certains devraient se décrasser de leurs vieux réflexes marxistes. Ils abandonnèrent certes le contenu doctrinal de l'auteur du Capital, mais ils persistent dans des comportements pavloviens et des carcans psychologiques nous ramenant au climat de la Guerre Froide.

Une nouvelle manifestation aura lieu le 5 décembre. Faut-il l'autoriser ? Quel dispositif mettre en place pour limiter les violences ?

Ce n'est pas à moi d'avoir un avis sur cette question. Ce n'est pas mon rôle. En revanche, il est clair que dans la période que l'on traverse, pour toutes les raisons que j'ai évoquées précédemment, lorsqu'une manifestation a lieu, il s'agit d'anticiper les dérapages potentiels et prendre toutes les mesures qui s'imposent. Il faut laisser faire les professionnels du maintien de l'ordre, policiers et gendarmes.

Par Aziliz Le Corre

Date de dernière mise à jour : 28/12/2021

  • 1 vote. Moyenne 5 sur 5.

Ajouter un commentaire