ENDETTEMENTS RECORDS

Les entreprises et ménages français s’endettent à des niveaux records

L'endettement des ménages et entreprises non financières représentait 133,2% du PIB hexagonal au premier trimestre. Un niveau en hausse de près de 5 points sur un an. Parmi les grandes puissances européennes, seule l'Allemagne enregistre une tendance similaire, bien que plus mesurée.

Contrairement à leurs voisins, Français et Allemands restent accros à la dette. Selon les dernières données publiées par la Banque de France, les ménages et entreprises non financières des deux plus grandes économies de la zone euro empruntent toujours plus d’argent.

Outre-Rhin, la dette du secteur privé représentait ainsi 92,4% du PIB au premier trimestre, soit une augmentation de 2,8 points de pourcentage sur un an.

Mais c’est bien l’Hexagone qui affiche l’endettement privé le plus élevé parmi les grands pays d’Europe : 133,2% de la richesse nationale (+4,6 points sur un an). Soit presque 3000 milliards d’euros. Un record.

Ailleurs sur le Vieux continent, le taux d’endettement du secteur privé suit plutôt une tendance inverse, entamée parfois depuis plusieurs années.

En Espagne, il a fléchi de 3,9 points de pourcentage sur un an, de 1,8 point au Royaume-Uni et de 0,9 point en Italie.

Globalement, il a reculé de 0,3 point dans la zone euro, à 118,7% du PIB. 

Des taux d'intérêt qui incitent à l'endettement 

Il faut dire que les conditions de financement sont particulièrement intéressantes en Allemagne comme en France alors que l’on assiste à une recrudescence de l’inquiétude sur les marchés.

Les taux auxquels empruntent ménages et entreprises y sont en effet extrêmement bas. Les Échos rappellent à juste titre que les ménages français peuvent aujourd’hui emprunter pour acheter un logement à 1,2% en moyenne. Une première depuis plus de 70 ans.

Dans certains cas, notamment pour les États et les entreprises, les taux d’intérêt peuvent même être négatifs.

Début juillet, le français Schneider Electric a par exemple émis 200 millions d’euros d’obligations à -0,043% sur cinq ans. Autrement dit, l’industriel est rémunéré pour emprunter de l’argent.

Naturellement, les entreprises en profitent. En France, leur taux d’endettement atteint 79,3% du PIB, contre 60% pour les ménages.

C’est l’inverse en Allemagne où la dette des ménages (53% du PIB) pèse plus que celle des sociétés non financières (39,4%). 

Une situation dangereuse

Faut-il pour autant se réjouir d’une situation dans laquelle le secteur privé achète toujours plus d’argent bon marché? Pas vraiment.

Certains comparent en effet les faibles taux d’intérêt à un poison lent qui incite les ménages à trop s’endetter. Or, en cas de retournement de la conjoncture, ce qui n’est pas à exclure, ou d’une remontée –moins probable- brutale des taux, ces hauts niveaux d’endettement risquent de plonger les économies concernées dans une grave crise financière.

Les épargnants ayant investi dans des placements financiers font également figure de perdants, le rendement de nombreux produits d'épargne ayant baissé de concert avec les taux. Un sujet particulièrement sensible en Allemagne, où nombre de retraités comptaient sur leur épargne financière.

Des taux négatifs font perdre leur attractivité à des placements financiers sûrs, et "induisent des prises de risques excessives, tant des particuliers que des fonds d'investissements qui cherchent à tout prix du rendement et vont vers des produits plus risqués, c'est un danger", explique à l’AFP Eric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG Management School.

Les banques s'inquiètent de leurs rentabilités

Enfin, cette situation lamine la rentabilité des banques dont l’activité consiste à vendre de l’argent à long terme, le prix de cet argent étant justement le taux d’intérêt. Or, si ce dernier est faible ou nul, la banque ne gagne plus d’argent. "La rentabilité des banques de la zone euro, déjà sous pression, risque de devenir un problème plus structurel", souligne Nicolas Malaterre, directeur senior chargé du secteur bancaire en France pour l’agence de notation S&P Global Ratings.

Conséquence : les banques doivent convaincre les investisseurs de leur capacité commerciale à faire face à des taux négatifs durables, tout en respectant les exigences réglementaires qui les obligent à mettre en réserve des capitaux supplémentaires pour parer à d'éventuels chocs financiers.

Les groupes bancaires dont les revenus dépendent essentiellement de l'activité de prêt et dépôts, comme les banques régionales allemandes, souffrent plus de cet environnement que les banques diversifiées dans les services financiers, l'assurance ou la banque d'affaires et d'investissement, comme c'est le cas des établissements français.

Le Japon, champion du monde de la dette privée

Dans le reste du monde, c'est le Japon qui affiche le taux d'endettement privé le plus élevé, celui-ci étant passé de 147,6 à 151,8% de la richesse nationale en un an. Il pèse davantage sur les entreprises (93,5%) que sur les ménages (58,3%). 

De leur côté, les États-Unis ont connu une légère baisse de leur endettement privé sur un an (-0,6 points de pourcentage), à 148,3% du PIB au premier trimestre. 

Paul Louis avec AFP

DETTES PRIVÉES

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !