L’Allemagne va reléguer la France en deuxième division

Les moyens mis en œuvre par l’Allemagne pour contrer la crise sont malheureusement sans commune mesure avec ceux consentis par la France, dénonce Sébastien Laye, chercheur associé à l’Institut Thomas More, dans sa chronique à Capital.

C’est une procrastination intellectuelle bien caractéristique des élites françaises que de se désoler sur les retards français face au modèle ordo-libéral allemand : une fascination naïve, que nous avons maintes fois dénoncée, car l’économie ne fait pas la totalité du modèle économique d’un pays et car chaque pays a ses spécificités… Mais tout de même, en pleine crise économique, le déni français de la sombre réalité est manifeste quand on compare les premiers plans de relance annoncés… « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », ou plutôt en deçà du Rhin, pourrions-nous dire avec Montaigne !

Or, la réaction énergique de l’Allemagne à la crise risque de nous placer loin derrière d’elle pour plusieurs années : déjà plus vertueuse en matière de finances publiques, l’Allemagne a abordé cette crise avec de nombreuses réserves et marges de manœuvre pour y faire face.

Surtout, elle a su adopter la bonne stratégie de lutte contre le virus, avec plus de tests et une politique de confinement plus adapté. Elle sort ainsi moins affectée que la France ou le sud de l’Europe de cette crise sanitaire. Cependant, la crise économique ne l’épargne pas. On rappellera ici que l’industrie allemande était en récession avant même la crise du Covid et que cette dernière fut le catalyseur d’une récession généralisée.

Surtout, le modèle exportateur allemand a très tôt cette année souffert du ralentissement chinois puis de la fermeture des débouchés européens (d’où la volte-face intéressée de Mme Merkel sur les plans de relance européens).

Face à cette contraction du PIB (de 6% du PIB en 2020 contre 10-11% attendu en France), les Allemands ne lésinent pas sur les moyens : alors que les mesures stricto sensu de relance (nous écartons ici les simples garanties de prêts ou décalage/reports de paiements) représentent 2,4% du PIB en France, nous sommes déjà à presque 11% en Allemagne, pour un PIB par ailleurs supérieur de 35%.

La plupart de ces mesures, loin de se cantonner à la seule urgence du système de santé ou à la trésorerie des entreprises, sont déjà des pans constitutifs d’un vrai projet de relance à 12-24 mois.

Considérons ainsi certaines de ces mesures radicalement différentes du dispositif français : en plus de 50 milliards pour le secteur de la santé (sans attendre les crédits européens potentiellement décidés par la Commission qui n’arriveront pas sur le terrain avant huit-dix mois…) et d’un plan de 50 milliards pour l’e-mobilité et le travail à distance, l’Allemagne annonce une baisse massive de la TVA et d’autres impôts de l’ordre de 35 milliards d’euros !

L’Allemagne s’engage dans un stimulus fiscal conséquent et, ce, dès le 1er juillet 2020.

Du côté des entreprises, au-delà des mesures comme en France durant la période de confinement de soutien à la trésorerie ou de report de charges, l’Allemagne prévoit 50 milliards d’aides directes aux microentreprises et aux indépendants et un programme de 100 milliards d’euros pour recapitaliser les entreprises que la crise du virus auraient dû décimer…

Ces 400 milliards d’euros d’injection d’argent frais dans l’économie et d’investissements post-confinement représentent la quasi-totalité des seules garanties de prêts et aides diverses annoncés en France… là où la France prévoit des mesures pour la relance de sortie de crise seulement à la rentrée.

En attendant, les Français paraissent trop attendre de l’hypothétique fonds de relance européen qui devra attendre de longs mois avant d’être porté sur les fonts baptismaux du fait de discussions entre États membres… Rappelons quelques chiffres : sur les 349 milliards d’euros, seuls 5,9% seront mobilisables en 2021, et la quote-part française est de 10,38% : autrement dit, l’impact de la relance européenne en France en 2021 ne sera que de… 2 milliards d’euros.

Le risque est que la France ne réagisse pas assez vite à la contraction du PIB, tout comme en 2008, et en paye encore le prix en 2021 : alors qu’une Allemagne énergique se sera en partie sortie de l’ornière à cette date.

Après dix ans de croissance plus forte de l’autre côté du Rhin, l’équilibre des forces économiques n’est pas près de s’inverser…

BERLIN

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