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LA RÉFUGIÉE D’AUBERVILLIERS

La France oublie ses valeurs, celles laborieusement édifiées au cours des siècles par nos aînés. Les gouvernements qui se disent républicains, ne font plus cas de la doctrine des droits de l’Homme, symbole glorieux de notre Pays. Aussi, la Nation française n’est plus digne aujourd’hui, d’afficher sa devise construite à l’origine sur l’humain : « Liberté, égalité, fraternité ».

À l’heure actuelle, qui peut croire encore, que la France reste toujours une terre d’immigration ? Comment se présente réellement sur notre territoire l’accueil des étrangers qui cherchent un lieu d’asile et de paix ? Qu’offre-t-on à ces migrants qui fuient la guerre et la famine ?

En vérité, l’asile accordé à ces populations en exode, victimes d’une mondialisation criminelle, est désormais un lieu de violences et de misère. L’espoir qu’ils avaient eu en la France s’est vite transformé en cauchemar.

Ainsi, parmi les milliers de récits toujours aussi effrayants quand on les découvre, vous pourrez parcourir celui d’une jeune réfugiée arrivée sur le sol français vers la fin de l’année 2018.

LA RÉFUGIÉE D’AUBERVILLERS

Porte d’Aubervilliers 28 janvier 2020 au petit matin. Il fait plutôt froid et des files d’hommes se sont formées en attendant l’arrivée des premiers bus qui doivent les conduire vers plusieurs gymnases en Île de France. Un peu plus loin, ce sont des familles avec une centaine d’enfants qui sont évacués. Au total, ce sont plus de 1.400 migrants qui sont évacués par la police. Parmi tous ces pauvres gens qui vivent depuis des mois, parfois depuis plus d’un an, dans des conditions indignes, en bordure du périphérique, sous des tentes ou dans ces abris de fortune, des femmes errent, allant de gauche à droite, les yeux hagards. Au milieu de cette foule en guenille, l’une d’entre elles se détache et traverse la route pour se diriger on ne sait où. Elle est semble avoir moins de 30 ans, vêtue d’une robe grise usagée. Visiblement, elle est enceinte. S’apercevant de la détresse apparente de la pauvresse, Élisabeth, bénévole de l’association Le Relais Bleu, s’approche d’elle pour lui proposer une aide. Mais la jeune femme ne semble pas comprendre le français. Alors, il faut chercher un interprète qui s’avère impossible à trouver. Quelques heures plus tard, l’intervention d’un individu, un migrant lui aussi, qui parle un peu le français, laisse supposer que la pauvresse est peut-être originaire du Bangladesh. Émue par sa souffrance perceptible et son grand désarroi, Élisabeth la conduit chez elle pour lui apporter quelques soins. Plusieurs journées vont s’écouler et au fil du temps, la jeune femme entre en confiance. Elle va même s’exprimer avec quelques mots qui restent toutefois incompréhensibles. Ce n‘est que quinze jours plus tard qu’un interprète va pouvoir apporter quelques informations sur cette migrante qui ne peut cacher ses peurs et ses tourments. Tout laisse à croire désormais qu’elle a profondément souffert et qu’elle a connu les pires brutalités et de nombreux sévices. Mais quelque part, il apparaît aussi qu’elle subit encore par moments, certaines absences de mémoire dues sans doute aux moments douloureux et tragiques qu’elle a vécus.

Cette jeune femme se prénomme Sanjana. Fort craintive, elle parle peu. À une question qu’on lui lui pose, elle répond par un mot ou deux. On voit rapidement qu’elle n’accorde que très peu de confiance à ses interlocuteurs, mais au bout de 2 à 3 semaines, elle commence à mieux s’exprimer et se livre à quelques confidences. Ainsi, on apprend qu’elle est originaire d’un village de la région de Bhola dans le Barisal. Elle ne sait pas où se trouvent ses parents et sa famille, sauf une sœur qui serait à Bagherhat dans le Khulna. Au fil des jours, Sanjana devient plus confiance, donc un peu plus loquace.

Et c’est là qu’on découvre les vraies douleurs de la jeune femme qui souffre depuis plusieurs années. Au Bangladesh, elle était institutrice, mais elle a du fuir son pays suite aux multiples violences intégristes d’islamistes radicaux. Sans oublier la grande misère qui touche de plein fouet les populations des villes et des campagnes depuis de longues années.

Après un interminable voyage, chaotique et semé d’embûches, Sanjana arrive dans le sud de la France où une association humanitaire la dirige vers une famille d’accueil d’Arles. Bien que fatiguée, elle n’y reste seulement que quelques jours. En fait, elle n’est pas à l’aise chez ses hôtes qui n’expriment que peu de sympathie pour la jeune femme. Un matin, elle s’enfuit et s’aventure à l’entrée de l’autoroute où elle est prise en stop par un routier qui la dépose à Avignon. C’est dans cette ville qu’elle va traîner pendant plusieurs jours au moment où les familles préparent les fêtes de Noël. Dans le froid qui entoure la cité des Papes, elle est contrainte de mendier, démunie de son argent qui lui a été volé par un SDF. Son existence devient alors extrêmement pénible et c’est là que commence un calvaire qui va durer bien longtemps. L’errance fait partie du quotidien, se déplaçant d’un endroit à l’autre, une fois pour éviter les rondes de police, une autre, pour fuir des individus mal intentionnés. À cette période de fin d’année, les passants trop absorbés par la magie des vitrines des magasins, oublient la misère qui apparaît à chaque coin de rue en quête d’un peu de générosité. Et pourtant, la détresse humaine est bien là, étalée à la vue de tous, mais l’égoïsme a raison du malheur de ceux ou de celles qui ont toujours rendez-vous avec la malchance.

La France n’est-elle pas pire que le Bangladesh ? Mais où est donc ce paradis qui a fait rêvé tant de migrants ? Et la solidarité existe-t-elle ou est-ce aussi une illusion à la française ?

Après tant de déboires, Sanjana aurait pu croire au miracle. Le jour de Noël, une passante la conduit dans une association qui organise un repas pour les plus nécessiteux. Une chance inespérée. Dans le local joliment décoré pour la circonstance, se dresse une longue table parfaitement garnie de plats et de douceurs. Musique, chaleur d’un bon chauffage et surtout chaleur humaine viennent apporter durant quelques heures une joie largement partagée par de pauvres gens de tous âges, heureux de vivre des moments d’une rare exception. Mais le miracle n’a pas duré longtemps. Quelques jours plus tard, au soir de la Saint-Sylvestre, Sanjana allait vivre des instants de terreur. Surprise par de jeunes voyous au fond d’une impasse où elle s’était réfugiée pour dormir, ses agresseurs allaient la violer à plusieurs reprises avant de l’abandonner, gisant sur le trottoir. Secourue et hospitalisée suite à quelques blessures, elle quitte Avignon pour rejoindre Paris. Quelques jours auparavant, lors du repas de Noël, une femme bénévole dans l’association, lui avait donné l’adresse d’une nièce demeurant dans la capitale.

La suite ne sera pas meilleure, hélas. Quand elle arrive à Paris, elle s’empresse de se rendre au domicile de la personne indiquée. Les volets de la maison sont clos et la sonnette reste muette. En apparence, la maison est inhabitée. Elle revient le lendemain, le surlendemain et ainsi de suite pendant plusieurs jours. Sans réponse. N’ayant que très peu de connaissance du français, elle ne parvient pas se renseigner dans le voisinage. Par contre, ce qu’elle croit comprendre, c’est le signe négatif d’un vieil homme lui indiquant que personne n’habite dans la maison concernée. Découragée, c’est une nouvelle errance qui commence dans les rues de Paris. Réduite à la mendicité ou à l’aide très passagère d’un groupe humanitaire, elle essaie de survivre dans le froid et l’humidité. Un soir, alors qu’elle s’assoit au pied d’une porte cochère d’un bâtiment public désaffecté, sans doute pour y passer la nuit, un homme s‘approche d’elle et essaie d’engager une conversation avec elle. Voyant qu’elle ne comprend pas ses paroles, il lui tend un paquet de cigarettes. Il reste un moment auprès d’elle et avec toute une série de signes et de mimiques, il l’invite à manger et à boire. La jeune femme accepte cette offre en apparence bien charitable. Elle le suit jusqu’à son véhicule stationné à une centaine de mètres. La voiture démarre et roule pendant une bonne dizaine de minutes avant d’arriver dans une rue proche de la rue de Belleville. C’est là où demeure à priori son bienfaiteur. L’homme, plutôt grand, la cinquantaine, semble vivre seul dans une maison située au fond d’une courette. L’accueil est plutôt chaleureux et l’hôte offre à son invitée un repas assez hétéroclite où alternent charcuteries, petits fours, gâteaux et alcools.

Auparavant, la jeune femme a pris une douche dans la salle de bains, avant d’enfiler un peignoir court qui lui a été réservé.

À la fin du repas bien arrosé, l’homme qui se fait appeler Léonard, propose à Sanjana de dormir chez lui. Bien évidemment, elle accepte la proposition, une opportunité pour être à l’abri et coucher au chaud. Jamais de sa vie, elle n’avait vécu un moment quiétude et de plaisir ; une découverte dans un monde qu’elle ne connaissait pas. Mais ce monde n’est pas gentil du tout, et en particulier, quand on le contrarie. Au moment où elle boit un dernier verre, le quinquagénaire se fait très entreprenant. Il veut lui arracher un baiser. Elle refuse. Il insiste et devient très rapidement violent. Elle se débat, crie même. L’homme la gifle fortement et se jette sur elle. Il lui écarte le peignoir et la bascule sur le canapé. Elle continue à lutter, mais ses défenses sont trop faibles face à la force de cet individu très déterminé de posséder la jeune femme.

Ce qui devait arriver … arriva. En quelques secondes, il la pénètre et il la viole alors qu’elle essaie vainement de résister. Mais résister à quoi ? Toute la nuit ou presque, elle va subir les assauts de ce pervers qui n’hésite pas non plus à la sodomiser. Au petit matin, l’homme s’est toutefois endormi. Sanjana va profiter de ce moment-là pour se rhabiller et s’enfuir. Au moment où elle va ouvrir la porte, elle s’aperçoit tout de suite que l’issue est verrouillée et que son agresseur a pris la précaution d’enlever la clef. Il reste bien l’accès aux fenêtres, mais la hauteur est telle qu’il est inenvisageable de sauter dans la cour. Désemparée, elle se réfugie dans une pièce et éclate en sanglots. Ses malheurs font continuer pendant plusieurs mois. Séquestrée dans une cave, elle ne voit plus le jour. Sauf une faible ampoule éclaire les lieux où s’entassent de vieilles caisses et plusieurs cartons remplis de bouteille vides.. Dans un coin de la pièce, un matelas au ras du sol, une chaise, une table bancale recouverte de poussière et un seau en guise de pot de chambre. Bientôt, elle va perdre la notion de l’heure. Seule, la visite de son violeur deux fois par jour, lui permet vaguement de situer un moment de la journée. Et l’’angoisse est toujours présente, ne connaissant pas le sort qui lui est réservé. Son agresseur vient en général en fin de matinée et lui apporte une bouteille d’eau et la moitié d’une baguette de pain. Avant de repartir, il la viole puis la conduit à l’étage dans une salle d’eau où elle peut faire sa toilette. Elle redescend ensuite au sous-sol dans la pièce qui lui tient lieu de vie. Vers le soir, il revient et lui apporte le repas qui ne varie guère d’un jour à l’autre : un morceau de viande ou une tranche de jambon, des pâtes et un fruit en guise de dessert. Parfois, un verre de vin. Il la regarde manger tout en manipulant les touches de son portable . Le repas terminé, il s’approche d’elle et la viole à nouveau, souvent par deux fois, parfois trois. De temps à autre, il arrive même qu’il vienne en pleine nuit passer quelques instants avec elle, toujours pour la violer ou la sodomiser. Et chaque jour, le rituel est le même : le viol, le pelotage des seins et des cuisses, mais aussi les coups quand Sanjana ose se rebiffer. La torture est terrible, insoutenable, surtout quand elle tombe enceinte. Elle ne pense alors qu’à mourir et elle espère alors que la mort survienne.

Ce calvaire va durer plus de six mois dans un lourd silence et sans que le voisinage puisse se douter de quoi que ce soit. Mais dans son immense malheur, la jeune femme va soudain bénéficier d’une chance inespérée. D’ordinaire, son agresseur part au travail toutes les après-midi. Un jour, il va oublier de fermer la porte de la cave. Sansana qui est très sensible à tous les bruits, n’a pas entendu le lourd grincement qui suit le mouvement de la clef dans la serrure. En quelques minutes, elle comprend qu’elle pourra peut-être fuir, surtout quand elle entend la voiture de son tortionnaire démarrer. Si hélas, la porte d’entrée de la maison ne peut s’ouvrir, il reste la fenêtre de la buanderie au rez-de-chaussée qui lui laisse le passage entièrement libre. Malgré sa faiblesse et son ventre proéminent due à sa grossesse, elle parvient à enjamber l’ouverture et s’enfuit à grand pas au hasard des rues. Et c’est ainsi qu’elle arrive à Aubervilliers où elle va errer encore pendant 2 ou 3 jours avant d’être repérée par Élisabeth de l’association Relais Bleu. elle sera recueillie par la structure humanitaire qui la prend en charge immédiatement.

Épilogue. Le cas de Sansana, réfugiée bangladaise n’est pas exceptionnel. Bien au contraire. Il se répète au quotidien, de partout en France et dans le Monde. Sauf que le cas de ces gens-là n’émeut plus personne ou presque. Bien moins considérés qu’un animal, il sont même pointés du doigt par une société égoïste qui les rejette sous prétexte qu’ils sont des migrants, responsables de tous les maux qu’endurent les nations.

Il serait temps qu’au 21 ème siècle les gouvernements prennent en compte les malheurs des peuples martyrisés alors que, pendant ce temps l’ultra libéralisme domine le Monde pour son malheur.

Pierre Reynaud

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