Le soutien-gorge pourrait-il disparaître ? Le confinement a changé certaines habitudes.

Lors du confinement, beaucoup de femmes ont abandonné le soutien-gorge et certaines ne sont pas pressées de l’agrafer à nouveau. 

Plus qu’un choix de confort, tomber le soutif est une revendication féministe, explique le site russe  Gazeta.ru.

En trois mois de confinement, beaucoup de gens ont pris l’habitude de se passer de sous-vêtements ; en effet, nul besoin d’en porter pour traîner en pyjama à la maison.

Avec le déconfinement, il n’est pas évident de changer à nouveau ses habitudes vestimentaires, surtout pour remettre un soutien-gorge étroit et contraignant, une véritable torture par temps chaud.

Cet accessoire de lingerie pourrait faire partie des victimes de la pandémie, car les femmes ne sont pas prêtes à se saucissonner dans un étroit soutien-gorge après avoir goûté à la liberté. C’est en tout cas perceptible dans les discussions et les publications sur les réseaux sociaux, par exemple lorsque en mai la journaliste de Buzzfeed Tomi Obaro a tweeté Je n’imagine pas vraiment le soutien-gorge faire son retour après ça.” 

Son message a reçu plus d’un demi-million de likes.

Dans le collimateur depuis 2012

Cet élément de lingerie, objet d’un autre temps qui rappelle le corset ou la crinoline portés au XIXe siècle, enserrant et déformant le corps des femmes pour le plaisir des hommes, est dans le collimateur des femmes déjà depuis 2012.

En effet, cette année-là, le mouvement Free The Nipple [“libérez le téton”] a vu le jour, soutenu par plusieurs stars hollywoodiennes qui se sont affichées pour l’occasion sur les tapis rouges sans soutien-gorge et dans des tenues laissant deviner leurs tétons. On ne doit pas avoir honte de nos tétons !” a ainsi déclaré l’actrice Jennifer Aniston qui apparaissait déjà en tee-shirt sans soutien-gorge dans les années 1990 dans la série Friends.

Certaines féministes et défenseuses des droits des femmes voient l’injonction de porter un soutien-gorge comme une atteinte à la liberté des femmes, destinée à répondre aux attentes des hommes.

Il s’agit d’une part de cacher ses tétons des regards afin d’éviter de provoquer des hommes sensibles et, de l’autre, de donner à sa poitrine une forme plus attirante.

C’est d’ailleurs pour cela que certaines marques proposaient des soutiens-gorges push-up ou encore de la lingerie gainante.

Militer pour le “body positive”

Les tendances actuelles dans la mode reflètent cette nouvelle aspiration au confort, à l’authenticité et à l’égalité entre les genres. Victoria’s Secret, l’un des principaux fabricants de soutiens-gorges push-up, a commencé à enregistrer des pertes déjà en 2016.

Sa valeur boursière avait alors chuté de 29 %.

En 2014, une photo de Rihanna en robe transparente sans soutien-gorge avait été retouchée pour cacher ses tétons.

Mais désormais, ces stars hollywoodiennes et mannequins auxquelles les jeunes filles veulent ressembler, prêtes à sacrifier pour cela tous les petits plaisirs de la vie en faisant des régimes drastiques, militent pour le “body positive” et appellent leurs fans à porter ce qu’elles veulent et avoir l’apparence qui leur plaît.

Des actrices, chanteuses ou mannequins telles que Rihanna, Madonna, Bella Hadid, Kendall et Kylie Jenner, Jennifer Lopez, Miley Cyrus, Kim Kardashian ou Selena Gomez se sont illustrées dans des tenues qui laissaient apparaître les formes de leur poitrine.

Les Russes ne sont d’ailleurs pas en reste : Natalia Vodianova, les chanteuses Glukoza et Polina Gagarina, l’actrice Ioulia Peressild ont tour à tour abandonné le soutien-gorge.

Assimiler la nudité du torse féminin

En 2016, le mouvement Free The Nipple est revenu sur le devant de la scène médiatique lorsque Instagram et Facebook se sont mis à bloquer les images de poitrines nues ou dénudées.

Cette aspiration à la liberté et à l’expression de soi donne cependant lieu à son tour à des excès, car, si par le passé on faisait appel à la chirurgie esthétique pour augmenter la taille de ses seins, aujourd’hui on fait redessiner ses tétons à l’aide d’un combleur dermique pour accentuer l’effet “pointu”.

Pourtant, dès le départ, Free The Nipple prônait justement l’inverse, à savoir se débarrasser du soutien-gorge non pas pour plaire aux hommes et attirer davantage leur attention, mais pour assimiler la nudité du torse féminin à celle du torse masculin, afin qu’il n’y ait plus de différence de perception et que le torse féminin cesse d’être un objet sexuel.

Au début du confinement, des experts conseillaient aux femmes de remettre régulièrement un soutien-gorge pour prévenir d’éventuels problèmes de santé qui pourraient survenir durant cette période de télétravail.

La conceptrice de lingerie Victoria Shelton de la marque Figleaves expliquait ainsi dans le Sun que l’abandon durable du soutien-gorge pouvait provoquer des tensions des ligaments suspenseurs de la poitrine, qui auraient pour conséquence un abaissement des glandes mammaires, des problèmes posturaux et des douleurs dorsales. Un risque qui s’accroît avec la taille de la poitrine.

Brassière de sport ou bralette comme alternatives

Ainsi, il est déconseillé de s’affranchir complètement du soutien-gorge, mais il est également nocif d’en porter un en permanence, et en particulier de dormir avec. Une brassière de sport en tissu stretch, une bralette ou un soutien-gorge sans armatures sont autant d’alternatives largement plébiscitées par les marques de lingerie les plus pointues.

L’experte Tatiana Poliakova expliquait dans le magazine The Village qu’il n’y a aucune interdiction ni à l’inverse d’injonction stricte à porter un soutien-gorge ; aucun dress code actuel n’impose le port de cet accessoire féminin.

Il arrive seulement qu’il soit évoqué dans certains codes vestimentaires professionnels, où le soutien-gorge peut être obligatoire associé à un uniforme. “Dans ces cas, d’ailleurs, il est souvent stipulé que le soutien-gorge ne doit pas se voir et la blouse ne doit pas être moulante”, précisait l’experte.

Dans ce même article, le gynécologue Maxim Ignatov affirmait quant à lui que l’abandon du soutien-gorge n’a rien de dangereux et ne provoque pas d’affaissement de la poitrine.

C’est bon pour la santé de ne pas porter de soutien-gorge, estimait le médecin. Cela permet de renforcer les ligaments de soutien des glandes mammaires. Bien entendu, pour les poitrines de bonnet C et supérieurs, il est préférable de porter un soutien-gorge la majeure partie du temps actif”.

Cet élément de lingerie est en particulier bénéfique lors de la pratique d’une activité physique.

Le féminisme commence dans la penderie : ces vêtements conçus initialement pour plaire aux hommes, pour répondre à des fantasmes, et non pour la santé des femmes, affichent désormais des slogans féministes et des appels à “être soi-même” et à s’aimer.

Les mannequins qualifiées grande taille gagnent en visibilité, les photographies sont moins retouchées et ne masquent plus les particularités naturelles de la silhouette et de la peau des modèles, telles que les vergetures.

C’est peut-être lié au fait que ce sont désormais les femmes elles-mêmes qui sont clientes des magasins de lingerie : il fut un temps où la lingerie était achetée par les hommes, en cadeau à leurs épouses ou amantes.

Ils étaient à la recherche de jolies tenues sans considération pour le confort. Désormais, l’achat d’un soutien-gorge constitue véritablement un choix personnel.

Malgré tout, les marques ont encore du chemin à faire : le tableau des tailles est à revoir, car les femmes doivent souvent choisir entre des modèles trop étroits et moulants, il est de plus en plus difficile de trouver un vêtement à sa taille, autant dans les grandes tailles que dans les plus petites.

Daria Laboutina

FEMME SANS SOUTIEN-GORGE

 

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