TOUSSAINT ROUGE

65 ans après, la Toussaint rouge n'est pas terminée ...

C'était le 1er novembre 1954 … en Algérie.

Ce jour-là, des opérations insurrectionnelles se déclarent sur l'ensemble du territoire algérien. Soixante dix vont être recensées sur une trentaine de secteurs et en particulier dans l'Aurès et en Kabylie.

Ainsi, diverses attaques ont lieu contre des bâtiments militaires à Biskra, Batna et Khenchela où quatre soldats français trouvent la mort. D'autres attentats sont localisés dans le Constantinois, l'Algérois et l'Oranie.

Mais, l'attaque qui symbolisera le mieux cette « Toussaint rouge » est l'attentat des gorges de Tighanimine où un couple d'instituteurs français, Guy et Jacqueline Monnerot, arrivés depuis quelques semaines de métropole pour enseigner à Tifelfel, vont être victimes d'un groupe d'insurgés dans l'autocar qui les conduisait à Arris.

Qui sont réellement ces insurgés ?

En fait, ils appartiennent au Front de libération nationale (FLN), un parti politique algérien créé en novembre 1954 pour obtenir de la France, l'indépendance de l'Algérie, alors divisée en départements français.

Le FLN en question et sa branche armée, l'ALN (Armée de libération nationale) commencent à combattre contre l'empire colonial français et ses interventions se traduisent notamment par des exactions contre les populations civiles d'origine européenne et autochtone, mais aussi par une guérilla comportant de violents affrontements avec l'armée française.

Comment cette révolte est-elle donc arrivée ? Il faut se mettre dans un certain contexte d'un temps révolu et qu'il est difficile aujourd'hui à imaginer.

La guerre d'Algérie (appelée officiellement à l'époque "événements d'Algérie") prend place dans l'immense mouvement de décolonisation qui atteignit les empires occidentaux après la Seconde Guerre mondiale. Elle s'inscrit spécialement dans le cadre du combat anti-impérialiste.

Il faut dire que les populations indigènes, soit près de huit millions d'habitants, vivent dans des situations extrêmement précaires. Ces autochtones sont sous la domination de ceux que l'on dénomme les « Français d'Algérie » composés essentiellement de Pieds-Noirs et de Juifs naturalisés.

Depuis longtemps, la lutte pour l'égalité des droits est engagée par des intellectuels et en particulier par le mouvement des oulémas (théologiens musulmans). Le recours au combat est donc initié par le FLN dès 1954, deux ans seulement avant que la Tunisie et le Maroc obtiennent leur indépendance par la négociation. A noter que quelques hommes politiques français d'extrême gauche, souvent dénommés les « porteurs de valises » s'engagèrent dans le soutien du mouvement FLN par l'envoi d'armes et d'argent.

Ainsi, cette guerre d'Algérie va être le théâtre de situations de plus en plus compliquées et les gouvernements de la IV° République ne parviendront à apporter les solutions qui s'imposent.

Par moments, le conflit s'enlise et les discordes politiques se manifestent un peu plus chaque jour.

En 1958, la crise de confiance entre l'armée et les responsables politiques suscite « le putsch d'Alger » (ou coup d'état du 13 mai 1958) dont la conséquence directe va être le retour au pouvoir de Charles de Gaulle qui, la même année, par le référendum du 28 septembre, fonde la V° République.

Désormais, le nouvel homme fort de la France va ouvrir rapidement aux Algériens la voie de l'autodétermination.

Après maintes péripéties, les négociations entre les représentants de la France et du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) débouchent en mars 1962 sur les accords d'Evian. Sur le terrain, ils se traduisent par un cessez-le-feu immédiat applicable à tout le territoire algérien ; ces accords seront approuvés lors du référendum du 8 avril 1962 par 91 % des votants de la France métropolitaine, les électeurs des département d'Algérie étant exclus de ce scrutin.

C'est ainsi que va se terminer la longue guerre d'Algérie.

Pour mémoire, il faut se rappeler que les premiers mouvements préliminaires de ce conflit ont commencé en 1952. De cette date jusqu'en 1962, ce sont 1.343.000 appelés ou rappelés et 407.000 militaires d'active qui sont partis en Algérie, pendant que 180.000 muslumans algériens combattaient aussi du côté de la France.

Le bilan de cette guerre sera lourd : près de 400.000 Algériens pro-indépendantistes ou non seront tués ; Côté français, on dénombre plus de 28.000 morts ches les militaires, 90.000 chez les karkis, près de 6.000 ches les civils « européens » et environ 65.000 blessés.

Au final, le conflit qui fut long et tragique, n'aura jamais résolu le contentieux existant entre l'Algérie et la France. Aujourd'hui encore, malgré soixante deux années passées, le dénouement de la guerre n'a pas effacé les animosités des uns envers les autres. Bien au contraire ! On retrouve aujourd'hui cette haine dans les attentats de ces derniers mois ...

AUJOURD’HUI, C'EST LA FRANCE ELLE-MÊME QUI EST EN DANGER

La guerre d'Algérie a laissé de grosses séquelles. Désormais, la situation tend à se dégrader et parmi les terroristes, se cachent entre autres individus, des algériens très radicalisés. Certains de ces algériens vivent en France et jouissent pleinement de la nationalité française. En général, ils se regroupent dans les cités et les banlieues, mais s'installent aussi dans les zones rurales. Une situation que l'on retrouve couramment un peu partout dans les campagnes de la France profonde.

La guerre d'Algérie qui n'aurait pu être qu'un mauvais et lointain souvenir, renaît soudain de ses cendres et repart en guerre contre la France par de multiples attentats qui, peu à peu, s'amplifient avant de se tranformer bientôt en véritable guerre civile.

Ainsi, si la « Toussaint rouge », nom donné pour évoquer dans le contexte de la guerre d'Algérie, la journée du 1er novembre 1954, est restée un sombre moment d'une époque troublée, elle revient désormais sous une autre forme directement en France où les attentats terroristes liés à l’Islam se multiplient depuis 2015.

Les tensions qui s’amplifient à l’heure d’aujourd’hui entre les anti-islamistes et les communautés de musulmans, les discordes qui entourent les affaires du voile, sont autant de signes précurseurs susceptibles de déclencher des révolutions de rues et des affontrements extrêmement violents.

Sans oublier le spectre de nouveaux attentats qui menacent notre société à chaque instant, et dont les conséquences risquent d’être désastreuses aussi bien pour la vie de nos concitoyens que pour la stabilité de notre démocratie.

Le 1er novembre est passé sans heurt particulier, et surtout sans aucun drame humain. Et si heureusement, la « Toussaint Rouge » de 1954 n’a pas été rééditée, les dangers de la catastrophe ne sont pas éloignés pour autant et l’on peut s’attendre prochainement à des drames sans précédent. Le temps de Noël pourrait être hélas, une période soigneusement choisie par ceux qui nous veulent du mal et surtout, qui veulent anéantir la France et la République.

Pierre Reynaud

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