JEAN-CLAUDE GAUDIN, UN MAIRE PAGNOLESQUE ...

En ce beau mois de juillet 2019, Marseille ne profite guère du soleil et du farniente qui font en été la réputation de la ville. En fait, bien au-delà du charme de son Vieux-Port, de l’animation estivale de la Canebière et de la bienveillance de la Bonne Mère, Marseille poursuit un objectif moins poétique et beaucoup plus terre à terre : celui de la politique et de toutes les combines qui s’y rattachent. Oui, Marseille ne faillit pas à la tradition, s’efforçant de conserver son titre de championne de France des tripotages politiciens.

En première ligne, Martine Vassal, présidente « Les Républicains » de la Métropole Aix-Marseille Provence et du conseil Départemental des Bouches-du-Rhône. Elle lance un appel régional pour ériger avec la République en Marche un « grand barrage républicain » face à Stéphane Ravier, candidat du Rassemblement National. À cet effet, elle a reçu le soutien de son mentor, le maire sortant Jean-Claude Gaudin qui fut en son temps, ne l’oublions pas, un partenaire très proche du Front National et de Jean-Marie Le Pen par pur électoralisme.

Mais au fait, qui est Martine Vassal ? Elle s’est fait un nom sur la place publique marseillaise, ses parents étant des amis de Gaudin. Aussi, celui-ci l’a propulsé sur la scène politique et de ce fait elle s’est constituée rapidement un véritable réseau politique local, allant de Renaud Muselier* à Dominique Tian**, en passant par Arlette Fructus*** et plusieurs cadres du syndicat Force Ouvrière.

Profitant des origines de sa mère, elle ramené à elle une grande majorité des arméniens de Marseille ce qui n’est pas négligeable compte tenu du nombre important de cette communauté dans la cité phocéenne.

Concrètement, Martine Vassal s’est fait connaître essentiellement comme la « tombeuse » de Jean-Noël Guérini, l’homme fort de Marseille dont le système politico mafieux a régné sur la ville pendant de longues décennies. Alors, Madame Vassal représente-t-elle un renouveau dans la politique, avec plus de droiture et beaucoup moins de compromissions ? Il serait facile de le croire, si son « parrain » n’était pas ledit Jean-Claude Gaudin, ancien sénateur et maire de Marseille depuis 24 ans. Et sur Gaudin, il y a de quoi dire, autant que sur Gaston Defferre qui régna de son côté trente trois années sur la cité phocéenne. Tour à tour, député, président de la région PACA, sénateur et ministre, il est une figure clef de la droite française dans le sud de la France.

Car autour de Jean-Claude Gaudin, c’est une atmosphère très spéciale qui plane sur l’Hôtel de Ville, un superbe bâtiment classé monument historique du XVII° siècle, édifié entre 1653 et 1673 par Gaspard Puget et Jean-Baptiste Méolans. L’ambiance de cette vaste mairie reste très secrète surtout du côté du bureau du maire dont l’accès se fait par un escalier étroit, abrupt et très discret. Si le maire ne l’emprunte plus en raison de son âge, préférant ainsi la facilité d’un ascenseur, il laisse toutefois l’usage de cet escalier à quelques intimes qui forment un cercle étroit dans le système « Gaudin ». En vérité, les quelques amis du maire, représentent une sorte de garde rapprochée qu’il choisit d’honorer en les conviant dans espace hermétique, quasiment secret aménagé au rez-de-chaussée de la mairie. Cet espace est constitué par une vaste salle à manger aux murs aveugles et « sans oreilles » où l’on déjeune et où l’on dîne autour d’une grande table servie par un maître d’hôtel et un cuisinier. C’est sans doute en ce lieu, que le maire prend d’importantes décisions après avoir consulté ses « intimes ».

Il faut dire que Jean-Claude Gaudin représente un monument dans la politique marseillaise, une sorte d’éléphant très puissant auquel personne n’a osé s’attaquer jusqu’ici. Pourtant, au fil des années, l’homme fort du Vieux-Port a été touché à plusieurs reprises par les « affaires » et même jusqu’à ces derniers temps. Cependant, Gaudin a eu un gros avantage sur beaucoup d’autres politiques. Il ne traîne pas derrière lui des casseroles financières pour enrichissement personnel, n’étant pas en apparence un homme d’argent. Il vit modestement et son domicile officiel n’est autre qu’une maison ordinaire héritée de ses parents dans le quartier de Mazargues.

Par contre, Jean-Claude Gaudin est très impliqué dans les réseaux marseillais que ce soit dans le domaine des affaires et des contrats d’ordre public ou privé. Il est au sommet d’une pyramide qui regroupe activités, business, finance, spéculation et dans ce contexte, il a toujours sa place réservée aux tables qui comptent das la vie marseillaise : francs-maçons, cercle des boulistes, milieux catholiques, sans oublier la communauté juive ou la communauté musulmane.

En clair, Gaudin c’est Marseille, ou Marseille c’est Gaudin. Marseillais dans l’âme, maire quelque peu pagnolesque, il a toujours de très bons mots et quand il est pris en difficulté par un journaliste plutôt tatillon, il s’en tire toujours par une belle pirouette.

Plus précisément, Jean-Claude Gaudin fait figure de parrain dans la ville de Marseille, mais un parrain sympathique à l’allure d’un grand-père jovial. Et même ses détracteurs lui trouvent un côté bien sympathique. Aussi, il a toujours tenu sa place dans la vie marseillaise et régionale, ce qui lui a permis d’être élu et réélu aux plus importantes fonctions politiques.

Pour des raisons personnelles, en rapport avec son âge et peut-être aussi pour des raisons de santé, le maire de Marseille a décidé de ne plus renouveler sa candidature. Mais en bon souverain qui a régné pendant longtemps sur la ville et sur la région, il souhaite avoir un bon successeur à son fauteuil de premier magistrat, un successeur qu’il aura choisi personnellement parmi ses proches amis. Bruno Gilles et Martine Vassal restent les dauphins pressentis. Mais à l’heure actuelle, il lui faut des alliances sérieuses pour former une majorité capable de conserver la mairie du Vieux-Port. À un certain moment, il aurait même penser se représenter dans le cas où son successeur rencontrerait des difficultés face à l’adversité politique. Mais, à ce moment-là, il n’avait pas imaginé qu’une catastrophe viendrait bouleverser soudain la situation du moment.

Le 5 novembre 2018 à 9 h 05, deux immeubles vétustes de la rue d’Aubagne à Marseille s’effondrent en quelques secondes, provoquant la mort de huit personnes. Rapidement, la municipalité est reconnue responsable du drame pour ne pas avoir tenu compte par le passé des avertissements relatifs aux risques d’écroulement des maisons détruites. Mis à mal par l’opposition et par de nombreux marseillais qui demandent sa démission, Jean-Claude Gaudin ne cède pas à la pression populaire, mais se retrouve en grande difficulté face aux quelques 8.000 manifestants qui crient leur grande colère devant ce drame social et humain.

La situation est grave et Gaudin est lâché par la plupart de ses amis. Sa popularité s’écroule au mauvais moment, juste à la veille de la campagne des prochaines élections municipales.

Que va-t-il se passer dans les semaines qui arrivent ? Jean-Claude Gaudin pourra-t-il faire oublier la catastrophe de la rue d’Aubagne alors que par ailleurs, d’autres quartiers marseillais sont aussi à l’abandon avec les risques que cela comporte ?

Nous en parlerons prochainement dans la suite de notre enquête.

Pierre Reynaud

* Renaud Muselier est président du Conseil régional PACA.

** Dominique Tian est premier adjoint au maire de Marseille.

*** Arlette Fructus est adjointe à la mairie de Marseille et assurent d’autres fonctions importantes.

JEAN-CLAUDE GAUDIN

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