LA BOUILLABAISSE POLITIQUE ... À MARSEILLE

La cité phocéenne est connue dans le monde entier : tout d’abord, par sa très longue et formidable histoire, ensuite par la célèbre Canebière, lieu incontournable de la ville, par son réputé pastis évidemment, mais aussi par les personnages pittoresques de Marcel Pagnol que furent Marius, Fanny et César.

Si aujourd’hui, ces figures emblématiques du Vieux-Port ont disparu du paysage marseillais, une légende est restée bien vivante : c’est celle de la bouillabaisse qui reste le principal symbole de Marseille, une recette dont raffolent les touristes bien évidemment, mais surtout le bon peuple de cette ville très attaché aux traditions ancestrales.

Brièvement, rappelons ce qu’est ce plat typiquement marseillais. En fait, la bouillabaisse appartient à la cuisine de la Provence méditerranéenne, mais ses origines remontent à Marseille. Elle se compose d’une soupe de poissons que l’on mange avec des croûtons de pains aillés et largement tartinés de rouille, de poissons servis entiers ainsi que de pommes de terre.

Autrefois, ce ragoût était la soupe des pêcheurs, c’est-à-dire la soupe du pauvre, fabriquée à partir de poissons de roches, invendables ou invendus, restés au fond des paniers au retour de pêche dans les calanques marseillaises.

Actuellement, la bouillabaisse est réalisée avec des poissons cuits dans un court-bouillon d’eau ou de vin blanc, relevés d’ail, d’huile d’olive ou de safran. Les poissons dont la première qualité est la fraîcheur, sont la rascasse, le rouget barbet, la vive, le saint-pierre, la daurade, le merlan, la baudroie, le grondin ou appelé localement « la galinette ».

Ainsi, Marseille apprécie beaucoup la bouillabaisse qui est un superbe mélange de poissons les plus divers, ce qui donne à ce plat régional une saveur toute particulière.

Dans ce même esprit, les milieux politiques marseillais se sont inspirés, sans aucun doute, mais peut-être sans le vouloir, de cette recette culinaire où tous les assemblages sont permis, créant de cette façon, une véritable « cuisine politique et électorale » au sein même de la ville.

La cuisine électorale est bien connue à Marseille et elle a traversé de nombreuses décennies sous les mandats de Gaston Defferre comme sous ceux du maire actuel Jean-Claude Gaudin. On peut souligner d’ailleurs, le cas exceptionnel de cette ville qui n’a changé que trois fois de maire en un demi-siècle, ce qui démontre bien quelque part, l’effet de ces arrangements politiques entre partis, où les alliances (qui du reste, sont souvent des mésalliances) représentent parfaitement « la bouillabaisse politique » qui plane depuis longtemps sur le Vieux-Port.

À une époque, cette cuisine locale s’est largement développée quand la gauche dominait la ville et particulièrement sous le règne de Gaston Defferre qui domina la ville pendant 33 ans. Pendant cette longue période, les barons socialistes marseillais se sont partagés Marseille, ne laissant aucune place à l’opposition qui, impuissante, assistait aux innombrables combines politiques du pouvoir defferriste. Ces notables marseillais étaient de véritables clans familiaux qui contrôlaient les principaux quartiers de la ville. La plupart du temps, ils travaillaient ensemble pour conserver les territoires conquis, mais parfois, ils pouvaient aussi se transformer en « frères ennemis » quand éclataient des conflits d’intérêts.

Quand Defferre mourut subitement en 1986, les factions socialistes furent largement ébranlées et les divisions politiques s’accentuèrent rapidement. Son successeur, Robert Vigouroux, dissident socialiste ne restera que 6 ans à la tête de la ville et il renoncera à se représenter face aux sondages défavorables qui le mettent hors jeu.

C’est Jean-Claude Gaudin qui lui succédera en 1995, s’inspirant souvent des vieilles intrigues defferristes pour s’assurer une stabilité dans le fauteuil de maire. Gaudin est toujours bien présent aujourd’hui à la tête de Marseille, mais selon sa décision, il ne se représentera pas en 2020.

Dans ce contexte, la continuité de la bouillabaisse marseillaise est assurée, un flot de combines et de manœuvres s’étalant déjà en plein lumière, entre LR et LREM afin de préparer le nouvel avenir politique de la cité phocéenne.

Nous reviendrons bientôt sur ces « drôles d’affaires » dans les prochains épisodes relatant cette grande saga marseillaise.

Pierre Reynaud

MARSEILLE VIEUX PORT