MUNICIPALES 2020 À MARSEILLE – LES ENJEUX POLITIQUES

LA BOUILLABAISSE POLITIQUE ... À MARSEILLE

La cité phocéenne est connue dans le monde entier : tout d’abord, par sa très longue et formidable histoire, ensuite par la célèbre Canebière, lieu incontournable de la ville, par son réputé pastis évidemment, mais aussi par les personnages pittoresques de Marcel Pagnol que furent Marius, Fanny et César.

Si aujourd’hui, ces figures emblématiques du Vieux-Port ont disparu du paysage marseillais, une légende est restée bien vivante : c’est celle de la bouillabaisse qui reste le principal symbole de Marseille, une recette dont raffolent les touristes bien évidemment, mais surtout le bon peuple de cette ville très attaché aux traditions ancestrales.

Brièvement, rappelons ce qu’est ce plat typiquement marseillais. En fait, la bouillabaisse appartient à la cuisine de la Provence méditerranéenne, mais ses origines remontent à Marseille. Elle se compose d’une soupe de poissons que l’on mange avec des croûtons de pains aillés et largement tartinés de rouille, de poissons servis entiers ainsi que de pommes de terre.

Autrefois, ce ragoût était la soupe des pêcheurs, c’est-à-dire la soupe du pauvre, fabriquée à partir de poissons de roches, invendables ou invendus, restés au fond des paniers au retour de pêche dans les calanques marseillaises.

Actuellement, la bouillabaisse est réalisée avec des poissons cuits dans un court-bouillon d’eau ou de vin blanc, relevés d’ail, d’huile d’olive ou de safran. Les poissons dont la première qualité est la fraîcheur, sont la rascasse, le rouget barbet, la vive, le saint-pierre, la daurade, le merlan, la baudroie, le grondin ou appelé localement « la galinette ».

Ainsi, Marseille apprécie beaucoup la bouillabaisse qui est un superbe mélange de poissons les plus divers, ce qui donne à ce plat régional une saveur toute particulière.

Dans ce même esprit, les milieux politiques marseillais se sont inspirés, sans aucun doute, mais peut-être sans le vouloir, de cette recette culinaire où tous les assemblages sont permis, créant de cette façon, une véritable « cuisine politique et électorale » au sein même de la ville.

La cuisine électorale est bien connue à Marseille et elle a traversé de nombreuses décennies sous les mandats de Gaston Defferre comme sous ceux du maire actuel Jean-Claude Gaudin. On peut souligner d’ailleurs, le cas exceptionnel de cette ville qui n’a changé que trois fois de maire en un demi-siècle, ce qui démontre bien quelque part, l’effet de ces arrangements politiques entre partis, où les alliances (qui du reste, sont souvent des mésalliances) représentent parfaitement « la bouillabaisse politique » qui plane depuis longtemps sur le Vieux-Port.

À une époque, cette cuisine locale s’est largement développée quand la gauche dominait la ville et particulièrement sous le règne de Gaston Defferre qui domina la ville pendant 33 ans. Pendant cette longue période, les barons socialistes marseillais se sont partagés Marseille, ne laissant aucune place à l’opposition qui, impuissante, assistait aux innombrables combines politiques du pouvoir defferriste. Ces notables marseillais étaient de véritables clans familiaux qui contrôlaient les principaux quartiers de la ville. La plupart du temps, ils travaillaient ensemble pour conserver les territoires conquis, mais parfois, ils pouvaient aussi se transformer en « frères ennemis » quand éclataient des conflits d’intérêts.

Quand Defferre mourut subitement en 1986, les factions socialistes furent largement ébranlées et les divisions politiques s’accentuèrent rapidement. Son successeur, Robert Vigouroux, dissident socialiste ne restera que 6 ans à la tête de la ville et il renoncera à se représenter face aux sondages défavorables qui le mettent hors jeu.

C’est Jean-Claude Gaudin qui lui succédera en 1995, s’inspirant souvent des vieilles intrigues defferristes pour s’assurer une stabilité dans le fauteuil de maire. Gaudin est toujours bien présent aujourd’hui à la tête de Marseille, mais selon sa décision, il ne se représentera pas en 2020.

Dans ce contexte, la continuité de la bouillabaisse marseillaise est assurée, un flot de combines et de manœuvres s’étalant déjà en plein lumière, entre LR et LREM afin de préparer le nouvel avenir politique de la cité phocéenne.

Nous reviendrons bientôt sur ces « drôles d’affaires » dans les prochains épisodes relatant cette grande saga marseillaise.

Pierre Reynaud - Eric Laugier

MARSEILLE VIEUX PORT
 

JEAN-CLAUDE GAUDIN, UN MAIRE PAGNOLESQUE ...

En ce beau mois de juillet 2019, Marseille ne profite guère du soleil et du farniente qui font en été la réputation de la ville. En fait, bien au-delà du charme de son Vieux-Port, de l’animation estivale de la Canebière et de la bienveillance de la Bonne Mère, Marseille poursuit un objectif moins poétique et beaucoup plus terre à terre : celui de la politique et de toutes les combines qui s’y rattachent. Oui, Marseille ne faillit pas à la tradition, s’efforçant de conserver son titre de championne de France des tripotages politiciens.

En première ligne, Martine Vassal, présidente « Les Républicains » de la Métropole Aix-Marseille Provence et du conseil Départemental des Bouches-du-Rhône. Elle lance un appel régional pour ériger avec la République en Marche un « grand barrage républicain » face à Stéphane Ravier, candidat du Rassemblement National. À cet effet, elle a reçu le soutien de son mentor, le maire sortant Jean-Claude Gaudin qui fut en son temps, ne l’oublions pas, un partenaire très proche du Front National et de Jean-Marie Le Pen par pur électoralisme.

Mais au fait, qui est Martine Vassal ? Elle s’est fait un nom sur la place publique marseillaise, ses parents étant des amis de Gaudin. Aussi, celui-ci l’a propulsé sur la scène politique et de ce fait elle s’est constituée rapidement un véritable réseau politique local, allant de Renaud Muselier* à Dominique Tian**, en passant par Arlette Fructus*** et plusieurs cadres du syndicat Force Ouvrière.

Profitant des origines de sa mère, elle ramené à elle une grande majorité des arméniens de Marseille ce qui n’est pas négligeable compte tenu du nombre important de cette communauté dans la cité phocéenne.

Concrètement, Martine Vassal s’est fait connaître essentiellement comme la « tombeuse » de Jean-Noël Guérini, l’homme fort de Marseille dont le système politico mafieux a régné sur la ville pendant de longues décennies. Alors, Madame Vassal représente-t-elle un renouveau dans la politique, avec plus de droiture et beaucoup moins de compromissions ? Il serait facile de le croire, si son « parrain » n’était pas ledit Jean-Claude Gaudin, ancien sénateur et maire de Marseille depuis 24 ans. Et sur Gaudin, il y a de quoi dire, autant que sur Gaston Defferre qui régna de son côté trente trois années sur la cité phocéenne. Tour à tour, député, président de la région PACA, sénateur et ministre, il est une figure clef de la droite française dans le sud de la France.

Car autour de Jean-Claude Gaudin, c’est une atmosphère très spéciale qui plane sur l’Hôtel de Ville, un superbe bâtiment classé monument historique du XVII° siècle, édifié entre 1653 et 1673 par Gaspard Puget et Jean-Baptiste Méolans. L’ambiance de cette vaste mairie reste très secrète surtout du côté du bureau du maire dont l’accès se fait par un escalier étroit, abrupt et très discret. Si le maire ne l’emprunte plus en raison de son âge, préférant ainsi la facilité d’un ascenseur, il laisse toutefois l’usage de cet escalier à quelques intimes qui forment un cercle étroit dans le système « Gaudin ». En vérité, les quelques amis du maire, représentent une sorte de garde rapprochée qu’il choisit d’honorer en les conviant dans espace hermétique, quasiment secret aménagé au rez-de-chaussée de la mairie. Cet espace est constitué par une vaste salle à manger aux murs aveugles et « sans oreilles » où l’on déjeune et où l’on dîne autour d’une grande table servie par un maître d’hôtel et un cuisinier. C’est sans doute en ce lieu, que le maire prend d’importantes décisions après avoir consulté ses « intimes ».

Il faut dire que Jean-Claude Gaudin représente un monument dans la politique marseillaise, une sorte d’éléphant très puissant auquel personne n’a osé s’attaquer jusqu’ici. Pourtant, au fil des années, l’homme fort du Vieux-Port a été touché à plusieurs reprises par les « affaires » et même jusqu’à ces derniers temps. Cependant, Gaudin a eu un gros avantage sur beaucoup d’autres politiques. Il ne traîne pas derrière lui des casseroles financières pour enrichissement personnel, n’étant pas en apparence un homme d’argent. Il vit modestement et son domicile officiel n’est autre qu’une maison ordinaire héritée de ses parents dans le quartier de Mazargues.

Par contre, Jean-Claude Gaudin est très impliqué dans les réseaux marseillais que ce soit dans le domaine des affaires et des contrats d’ordre public ou privé. Il est au sommet d’une pyramide qui regroupe activités, business, finance, spéculation et dans ce contexte, il a toujours sa place réservée aux tables qui comptent das la vie marseillaise : francs-maçons, cercle des boulistes, milieux catholiques, sans oublier la communauté juive ou la communauté musulmane.

En clair, Gaudin c’est Marseille, ou Marseille c’est Gaudin. Marseillais dans l’âme, maire quelque peu pagnolesque, il a toujours de très bons mots et quand il est pris en difficulté par un journaliste plutôt tatillon, il s’en tire toujours par une belle pirouette.

Plus précisément, Jean-Claude Gaudin fait figure de parrain dans la ville de Marseille, mais un parrain sympathique à l’allure d’un grand-père jovial. Et même ses détracteurs lui trouvent un côté bien sympathique. Aussi, il a toujours tenu sa place dans la vie marseillaise et régionale, ce qui lui a permis d’être élu et réélu aux plus importantes fonctions politiques.

Pour des raisons personnelles, en rapport avec son âge et peut-être aussi pour des raisons de santé, le maire de Marseille a décidé de ne plus renouveler sa candidature. Mais en bon souverain qui a régné pendant longtemps sur la ville et sur la région, il souhaite avoir un bon successeur à son fauteuil de premier magistrat, un successeur qu’il aura choisi personnellement parmi ses proches amis. Bruno Gilles et Martine Vassal restent les dauphins pressentis. Mais à l’heure actuelle, il lui faut des alliances sérieuses pour former une majorité capable de conserver la mairie du Vieux-Port. À un certain moment, il aurait même penser se représenter dans le cas où son successeur rencontrerait des difficultés face à l’adversité politique. Mais, à ce moment-là, il n’avait pas imaginé qu’une catastrophe viendrait bouleverser soudain la situation du moment.

Le 5 novembre 2018 à 9 h 05, deux immeubles vétustes de la rue d’Aubagne à Marseille s’effondrent en quelques secondes, provoquant la mort de huit personnes. Rapidement, la municipalité est reconnue responsable du drame pour ne pas avoir tenu compte par le passé des avertissements relatifs aux risques d’écroulement des maisons détruites. Mis à mal par l’opposition et par de nombreux marseillais qui demandent sa démission, Jean-Claude Gaudin ne cède pas à la pression populaire, mais se retrouve en grande difficulté face aux quelques 8.000 manifestants qui crient leur grande colère devant ce drame social et humain.

La situation est grave et Gaudin est lâché par la plupart de ses amis. Sa popularité s’écroule au mauvais moment, juste à la veille de la campagne des prochaines élections municipales.

Que va-t-il se passer dans les semaines qui arrivent ? Jean-Claude Gaudin pourra-t-il faire oublier la catastrophe de la rue d’Aubagne alors que par ailleurs, d’autres quartiers marseillais sont aussi à l’abandon avec les risques que cela comporte ?

Nous en parlerons prochainement dans la suite de notre enquête.

Pierre Reynaud

* Renaud Muselier est président du Conseil régional PACA.

** Dominique Tian est premier adjoint au maire de Marseille.

*** Arlette Fructus est adjointe à la mairie de Marseille et assurent d’autres fonctions importantes.

JEAN-CLAUDE GAUDIN


 

GAUDIN : FIN DE RÈGNE

Maire de Marseille depuis 1995, Jean-Claude Gaudin a déclaré ne plus se représenter aux municipales de mars 2020. Fatigué en raison de son âge, mais aussi usé par la politique, il veut prendre du recul et ne plus avoir la lourde responsabilité de gérer la 2ème ville de France. En évidence, la politique l’intéresse toujours, mais, comme il le laisse entendre d’une manière ou d’une autre, tout devient de plus en plus compliqué de nos jours, surtout quand les amis d’une époque oublient les bienfaits du « maître » et pratiquent sans état d’âme la haute trahison.

Le monarque Gaudin, très courtisé encore voici quelques années, ressent aujourd’hui le goût amer d’une fin de règne où les « rapaces » attendent avec impatience le moment où ils pourront s’emparer de l’Hôtel de Ville.

Aussi, arrivé aux termes d’une longue carrière politique, Jean-Claude Gaudin se retourne sur un passé de nombreuses victoires, mais aussi de tumultes et de revers cinglants. Dans son bureau de la mairie, trône une photo de Gaston Defferre. Étrange à priori, mais Gaudin précise en s’esclaffant : « c’est parce que j’y suis aussi ».

En fait, le successeur de « Gaston » tient à sa place dans la légende de la ville, lui qui a su conquérir la première place avec obstination et habileté aux termes de grandes campagnes … au couteau !

Et Gaudin de répéter souvent :  « Ils me prenaient de haut, mes collègues de la droite, tous médecins, patrons ou avocats. Mais c’est moi qui suis assis dans le bureau. »

À l’heure d’aujourd’hui, après 24 années de règne, sans partage, il veut que l’histoire retienne les principales œuvres dont il est l’instigateur : la rénovation du front de mer, le nouveau Stade-Vélodrome, le parc des Calanques, la baisse du chômage, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), le Vieux-Port remis à neuf, et de très nombreuses restaurations qui touchent tous les secteurs de la ville. Jean-Claude Gaudin appuie largement sur son travail d’avoir voulu transformer l’image de Marseille, une image plutôt dégradée au cours des mandats de l’ancien maire, Gaston Defferre.

Incontestablement, la cité phocéenne s’est métamorphosée sous l’impulsion de Gaudin et à ce niveau, la réussite du maire ne peut être occultée. Mais tout à coup, ces belles années de progrès et prospérité à son actif, ont été secouées, voire détruites en partie par le drame de la vétusté de la rue d’Aubagne où huit personnes sont péri sous décombres. Et il n’a pas fallu longtemps pour raviver la scandale des écoles, et les vieux problèmes qui touchent la ville depuis longtemps : l’habitat social très inégal entre les quartiers nord et les quartiers sud, les transports en commun inadaptés, l’encombrement des rues envahies en permanence par les voitures, l’insuffisance des piscines municipales, l’insalubrité qui règne dans certains lieux, sans oublier les autres maux moins importants peut-être, mais nombreux, qui rongent la cité au détriment de la quiétude de ses populations.

Alors, que deviennent les Marseillais ? Oubliés répondent les opposants. Et ces derniers font tout leur possible pour déstabiliser le « vieux lion » qui reste sur la défensive. Car Jean-Claude Gaudin, bien que fatigué par tant de batailles, ne baisse jamais les bras. Il repart au front de plus belle avec ses attitudes et ses réactions qui ont toujours coloré sa personnalité. Tour à tour débonnaire, mordant, colérique, les mains croisées sur le ventre façon Raimu, chaleureux, attachant aussi, mais roublard, la blague qui fuse, les mains qui virevoltent, le doigt tendu, le poing asséné qui fait sauter les livres et les dossiers entassés sur le bureau, voici le personnage atypique de Jean-Claude Gaudin, théâtral à ses heures, marseillais, provençal, convivial, amical même, tout le contraire de « Gaston » son prédécesseur qui était plutôt froid et coupant.

Au moment du drame de la rue d’Aubagne, certains détracteurs ont demandé la démission du maire. Jean-Claude Gaudin ne s’est pas laissé impressionner par les multiples pressions qu’ils subissaient au fil des jours. Il a repris la main et rapidement, il a pu calmer la tempête. Dans tous les interviews, il n’a cessé d’apporter les justifications et les efforts entrepris pour sa ville, et quelque part, il a su convaincre pu, tout au moins, apaiser les esprits.

Sur le terrain, Jean-Claude Gaudin a réponse à tout. Il connaît parfaitement son bilan et il est capable de communiquer le moindre détail dans toutes les réalisations de la ville, jusqu’au prix d’un repas pris à la cantine. Il n’est jamais pris de court et si par hasard, il se trouve embarrassé par une question, il s’est la contourner sans pour autant se dérober.

Au niveau purement politique, il se défend de faire du clientélisme. Ce genre de méthode, il l’attribue plutôt à certains de ses opposants qui, selon lui, excellent en la matière. Il souligne vouloir privilégier la concertation avec qui que ce soit, sans distinction de parti politique, l’essentiel étant de trouver un juste équilibre pour la prospérité de la ville et de ses habitants.

Jean-Claude Gaudin aura marqué Marseille de son empreinte : une marque indélébile, car le système Gaudin est bien rôdé et huilé. À la fois, fin politique que ce soit au niveau national ou régional et maire populaire en raison de sa simplicité et de son franc-parler marseillais, il reste encore le symbole de la politique de proximité plus proche de l’esprit de clocher que de celui des grandes agglomérations. Mais Marseille n’est-il pas l’addition de 111 vrais villages avec leur placette et leur église ? En fait, quiconque qui arpente la cité phocéenne pourra constater qu’il se déplace de village en village, sans jamais entrer dans un centre ville.

Pierre Reynaud

JEAN CLAUDE GAUDIN


 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

 
×