L'Ocean Viking arrive en France, la réaction de Marine Le Pen

OCEAN VIKING. Le navire de SOS Méditerranée qui compte plus de 230 migrants à bord pourra accoster à Toulon vendredi 11 novembre, après vingt jours en mer, a annoncé Gérald Darmanin. Une réponse à l'urgence humanitaire qui divise.

OCEAN VIKING

Le navire humanitaire Ocean Viking et les 234 migrants qu'il transporte accosteront en France. C'est le port de Toulon qui se prépare à accueillir le bateau de SOS Méditerranée dans la matinée du vendredi 11 novembre selon les déclarations du ministère de l'Intérieur Gérald Darmanin, ce jeudi. La décision est prise "à titre exceptionnel" et en réponse aux demandes et appels urgents de l'association humanitaire alors que l'Ocean Viking est coincé en mer depuis une vingtaine de jours. Si les migrants et SOS Méditerranée peuvent enfin souffler, ce soulagement est teinté d'amertume après le "calvaire" vécu sur le bateau et le bras de fer qui se joue entre Paris et Rome depuis plusieurs jours à propos de l'accueil du navire. "La situation de l'Ocean Viking montre qu'il est urgent que les Etats européens mettent en place un mécanisme de répartition pérenne" a souligné auprès de l'AFP la directrice de l'ONG, Sophie Beau.

Alors que le bateau se trouve actuellement près des côtés corses, il va se rapprocher du port de Toulon dans la journée. Une fois sur place c'est dans le "domaine militaire" que l'Ocean Viking accostera selon les indications du maire de la ville portuaire, Hubert Falco. Mais pour certains des plus de 200 rescapés, il est impossible d'attendre une journée de plus tellement leur état de santé est critique. Ce jeudi 10 novembre quatre évacuations par hélicoptère ont donc au lieu pour permettre l'hospitalisation de trois migrants accompagné par un membre de l'équipage à l'hôpital de Bastia (Haute-Corse), où une cellule d'urgence médico-psychologique (CUMP) a été déclenchée selon les informations de France Télévisions. C'est un hélicoptère de l'armée de l'air qui a assuré, en fin de matinée, l'évacuation qui devenait urgente. "L'un des patients est instable et ne réagit pas aux soins prodigués à bord depuis le 27 octobre. Les deux autres ont subi des blessures en Libye qui, en raison du long délai de traitement, risquent maintenant d'avoir des conséquences négatives à long terme", a indiqué SOS Méditerranée.

Pourquoi l'accueil de l'Ocean Viking en France divise ?

La décision gouvernementale intervient après que plusieurs membres de l'exécutif ont insisté sur la responsabilité de l'Italie pour accueillir le navire et les migrants à son bord. Ce jeudi marin sur France 2, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire soutenait : ""La règle européenne, c'est que le bateau doit débarquer dans le port le plus proche, qui est un port italien, les Italiens doivent donc respecter la règle européenne". Et d'ajouter que "si l'on commence à dévier à cette règle, il n'y a plus de solidarité possible, il n'y a plus de gestion efficace des flux migratoires. Mais l'urgence de la situation a poussé l'Etat français et le gouvernement à revoir ses plans.

C'est donc désormais l'opposition qui s'offusque et dénonce la décision prise d'accueillir l'Ocean Viking sur les côtes françaises. A commencer par Marine Le Pen, connue pour se positions radicales sur l'immigration, qui s'est fendue d'un tweet pour dénoncer un "signal dramatique de laxisme" :  Avec cette décision, [Emmanuel Macron] ne peut plus faire croire à personne qu'il souhaite mettre fin à l'immigration massive et anarchique."

Les côtes françaises prêtes à accueillir l'Ocean Viking

Si l'autorisation d'accoster sur les côtes françaises n'a été livrée que ce jeudi à la mi-journée à l'Ocean Viking, plusieurs ports français des côtes méditerranéennes se disent prêts à assurer l'accueil du bateau et des migrants depuis le mercredi 9 novembre. La Corse, par la voix du président du conseil exécutif Gilles Simeoni, a parmi les premières accepté de jouer ca rôle pour le navire. Le maire de Marseille, Benoît Payan, a aussi assuré la "capacité" pour le port de prendre en charge l'Ocean Viking au micro de France Bleu Provence. Plus que la cité phocéenne c'est aussi la région Provence-Alpes-Côte d'Azur qui a dit être prête à aider dans les ports de Marseille ou Toulon lors d'une interview du président de la Région, Renaud Muselier sur BFMTV.  

Pourquoi l'Ocean Viking est-il bloqué en mer ?

L'Ocean Viking fait partie des quatre bateaux dits "ambulances" de SOS Méditerrané utilisés pour recueillir plus de 1000 migrants naufragés en mer après avoir fui la Libye avec des embarcations de fortune. Situés dans les eaux internationales mais plus proches des côtes italiennes, c'est vers le pays présidé par Giorgia Meloni que l'association s'est tournée pour trouver un port. L'Italie a accepté d'accueillir les bateaux mais est revenue sur sa parole après avoir fait accoster les trois premiers navires, fermant ses ports à la venue de l'Ocean Viking. Une attitude jugée "inacceptable" par le porte-parole du gouvernement français Olivier Véran le 9 novembre au micro de Franceinfo selon qui le navire a "vocation à être accueilli en Italie".

Le bateau qui compte à son bord 234 personnes en plus de l'équipe est en mer depuis vingt jours et bloqué depuis deux semaines en mer. Face au refus de l'Italie de le faire accoster, l'association humanitaire et l'équipe de l'Ocean Viking ont envoyé "une demande de lieu sûr au centre de coordination de sauvetage français" le 8 novembre. Ce jeudi, le navire s'est rapproché des côtes corses et se trouve actuellement dans les eaux française selon le site de géolocalisation vesselfinder.

Que dit le droit international ?
​​​​​​Lors de la crise du navire Aquarius qui était resté coincé dans les eaux italiennes et de Malte en 2018, Niki Aloupi, professeur à l'Université Paris 2 Panthéon-Assas et Hélène Raspail, maître de conférences à l'Université du Mans, avaient rappelé les règles en matière d'accueil des rescapés. Interrogées par Dalloz, elles avaient souligné que "le lieu de débarquement n'est malheureusement pas identifié par les différentes règles de droit international". Le droit international prévoit le débarquement dans un "lieu sur" mais ne donne pas de précisions supplémentaires. Elles ont également déploré un manque de clarté sur ce sujet sensible car "le droit international laisse les États se renvoyer le fardeau de cette obligation". Peu d'évolutions ont donc été observées entre 2018 et 2022, car les crises humanitaires passent mais se ressemblent.
Alain Calvez

 

Date de dernière mise à jour : 13/11/2022

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