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LA RÉFORME DES RETRAITES : le chemin de croix pour Emmanuel Macron

« Philosophiquement, ce sont deux projets de société qui vont s'affronter. » La députée du Var Laure Lavalette (), jointe par téléphone, a conscience de la violence de la lutte qui va déchirer le palais Bourbon. C'est le boulet que portent les députés de la majorité et c'est un chemin de croix sans cesse repoussé pour . Entre atermoiements, rendez-vous ratés, couacs et situation sociale explosive, la bataille pour la  démarre de manière chaotique. Annoncée en 2022, cette réforme sera finalement débattue cet hiver 2022. Et ce sera tendu. Déjà, la gauche et les partenaires sociaux préchauffent le macadam et prévoient des mobilisations massives sur tout le territoire. Pour la patronne d'EELV Marine Tondelier comme d'autres figures de l'opposition, c'est par la mobilisation « dans la rue » qu'il sera possible de « faire reculer » cette réforme.

ELISABETH BORNE ET EMMANUEL MACRON

Des débats tendus et attendus

Si la NUPES prévoit d'occuper la rue, le  tient quant à lui à occuper les rangs de l'Hémicycle. Laure Lavalette prévient : « Notre place est à l'Assemblée. Même si nous comprenons la colère qui s'exprimera dans la rue, notre combat sera, d'abord et avant tout, en séance. » La députée varoise et porte-parole du groupe sera aussi la référente  sur ce sujet retraite en binôme avec le député du Loiret Thomas Ménagé. Dans les faits, le Rassemblement national sait qu'il a peu de chance d'être entendu dans la rue. L'exemple des gilets jaunes n'est pas loin. Jacline Mouraud se souvient et confie à BV : « Le mouvement a été très vite phagocyté par l'extrême gauche. » Celle qui fut l'une des figures du mouvement avertit néanmoins les politiques : « Il n'y aura plus de récupération politique possible de cette colère [...] Je pense qu'on s'oriente vers un mouvement qui dépassera largement les gilets jaunes et qui concernera le peuple français tout entier », conclut celle qui a brièvement rejoint Éric Zemmour. Pour sa part, Jean-Luc Mélenchon avait tweeté : « Ça va chauffer en janvier. » Pas une raison pour le parti à la flamme de baisser pavillon. Marine Le Pen s'y était engagée pendant la campagne présidentielle. Elle est opposée à la  et entend bien la supprimer si cette dernière passe et que le  prend le pouvoir.

Dialogue impossible

Attendue dans une dizaine de jours, la  peut-elle être le fruit d'un compromis social ? Dans la lettre Les 4 vérités, le député RN Jean-Philippe Tanguy s'était énervé : « Il faudrait déjà écouter les partenaires sociaux. […] Le gouvernement prétend négocier, mais il ne négocie rien puisqu’il dit qu’il a déjà choisi l’âge de départ à la retraite, voire une augmentation du temps de cotisation. On ne sait pas trop ce qu’il y a à négocier. » Contacté par BV, le RN Thomas Ménagé abonde : « On a assisté à une fausse concertation mais à une vraie opération de communication. »

« On devait avoir trois concertations préalables et on n'en a eu que deux », fustige Laure Lavalette qui, avec Thomas Ménagé, s'est rendu au ministère du Travail. « Une première fois, on nous a présenté les documents le jour même, donc impossible d'en prendre connaissance avant les discussions, et la deuxième fois, nous les avons obtenus la veille à 18 heures ! » Pour le RN, la raison de cet empressement est clair : le calendrier européen.  l'a annoncé lors de ses vœux aux Français. Thomas Ménagé dénonce « cette réforme qui vise à assurer l'équilibre de notre système » et dont « les nouvelles règles s'appliqueront dès la fin de l'été 2023 ». En cause, « la nécessité pour  de donner des gages à l'Union européenne pour bénéficier du plan de relance de l'UE ».

Un dénouement couru d'avance ?

Comment la Macronie s'y prendra-t-elle ? 49-3 ? Compromis ? Si la majorité relative et ses alliés voteront bien ce texte, la NUPES et le RN seront vent debout. Comme souvent depuis le début de ce mandat, le mot de la fin reviendra à LR. En décembre dernier, le président du parti Éric Ciotti a signifié que LR « ne soutiendrait pas la  à n'importe quel prix », écartant un relèvement « brutal » de l'âge de départ à 65 ans, mais on sait d'ores et déjà que certains députés LR comme Aurélien Pradié ont l'intention de ne pas la voter. Ménagé soupire : « Avec LR, on sait à quoi s'attendre. Ils ne seront pas massivement pour et ne voteront pas de motion de censure s'ils sont contre. » La conclusion de cette lutte politique n'est pas écrite.

Marc Eynaud

 

Date de dernière mise à jour : 04/01/2023

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