Dupont-Moretti veut « réformer » la justice sans la réformer :

En fait, à l’image des pratiques du gouvernement, il fait semblant !

En nommant Eric Dupond-Moretti, comme ministre de la Justice et garde des Sceaux, on pouvait croire que le président de la République voulait donner un sang neuf au système judiciaire quelque peu désuet. Il est vrai que la Justice traîne depuis très longtemps des défauts dus à sa lenteur et à son manque d’organisation. Et ce sont sur ces points que la réforme de l’appareil judiciaire mérite des changements et quelques transformations en profondeur.

Mais, au lieu de s’engager dans une voie de réformes utiles, Dupont-Moretti préfère mettre sa main sur l’École Nationale de la Magistrature (ENM) et la modifier à sa manière, c’est-à-dire en faire une institution qui formera des magistrats totalement soumis au pouvoir central.

Aussi, a-t-il choisi rapidement Madame Nathalie Roret pour prendre la direction de l’ENM. Il faut savoir que Madame Roret est non-magistrate, mais avocate de profession,et actuellement vice-bâtonnière du barreau de Paris.

Ce choix qui peut paraître plutôt anodin pour la plupart des citoyens représente une volonté forte de l’ancien avocat Dupond-Moretti, devenu ministre de la Justice récemment. En fait, Dupond-Moretti n’a pas changé de posture : il est toujours avocat, mais cette fois déguisé en ministre.

Pour les magistrats de France, c’est scandaleux. Dupond-Moretti n’a qu’un seul et unique but : supprimer l’École Nationale de la Magistrature, pourtant si nécessaire au bon fonctionnement de la Justice.

Souvenez-vous … Dans un livre publié en 2018, l’avocat Dupond-Moretti plaidait pour la suppression pure et simple de l’ENM, jugeant à sa manière, cette école « incapable » de former correctement les futurs magistrats.

Elle « encaste les jeunes gens dans un moule dont ils ne sortiront jamais », avait-il expliqué, alors, sans donner pour autant une explication tangible.

« J’ai avancé, bien avant d’être garde des Sceaux, l’idée d’une suppression de cette institution pour la transformer en une école de formation commune des magistrats et des avocats », a-t-il précisé ce lundi, « car j’ai la conviction qu’une justice de qualité ne peut être rendue sans le concours des avocats. »

Dupond-Moretti confond tout. Avocat de formation, j’ai la certitude qu’il ne faut pas mélanger les genres. Les magistrats sont là pour juger des faits en fonction des lois existantes ; ils sont là aussi pour rendre les sentences qui seront par la suite exécutées conformément aux dispositions du législateur.

Le rôle des avocats est tout à fait différent. Si ces derniers partagent les lois et les jurisprudences qui permettent de rendre la justice, leur rôle est de prendre les intérêts de leurs clients et de les défendre devant les tribunaux, face aux juges dont le rôle est de prendre en compte en toute conscience et en toute objectivité les dossiers qui leur sont confiés.

Le juge doit être impartial. C’est sa mission qui définit très exactement la notion de justice. L’avocat ne peut présenter la même neutralité. Il peut défendre un client qui a bafoué la loi oui a commis de graves fautes et de lourds délits.

Donc, à chacun son camp et il n’est pas du tout cohérent de créer une école commune destinée aux magistrats et aux avocats dont les missions sont totalement opposées das le cadre du système judiciaire.

Et Dupond-Moretti de rajouter : « Je n'aurai pas le temps d'opérer une refonte totale » de l'ENM, mais je ne renonce certainement pas à ouvrir davantage cette école. L'ouverture c'est d'abord rompre avec des traditions surannées, c'est rompre avec la tentation du vase clos et de l'entre-soi, c'est vouloir réfléchir et débattre autrement qu'entre pairs ».

En clair, Dupond-Moretti, dit n’importe quoi. Des mots, des paroles vides, sans aucun sens véritable. C’est son habitude que nous connaissons depuis de nombreuses années.

Le ministre de la Justice se croit encore devant un prétoire où il a su endormir très souvent son auditoire, faisait « avaler » aux jurés tout ce qui lui passait par la tête.

Il est vrai que Dupond-Moretti a été un grand avocat. Un grand avocat qui s’est spécialisé dans la défense des plus dangereux criminels de ces dernières années, notamment des terroristes ayant provoqué de violents attentats abominables. Mais, après tout, c’était son droit absolu et inattaquable, même si la conscience le réprouve.

Que Dupond-Moretti ait pu continuer à exercer son métier d’avocat en défendant la « racaille », personne ne pouvait le lui reprocher, évidemment. Mais nommer cet homme comme ministre de la Justice, cela reste inconcevable. Il a fallu un président tel que Macron pour prendre une décision de ce genre, et ce n’est du tout à son honneur.

Voici quelques jours, j’ai rédigé un article intitulé « Qui pourra sauver la République ? » Dans cet écrit, je mentionnai la disparition annoncée du système républicain en France. Oui, la République est moribonde car elle atteinte à la fois de plusieurs cancers. Celui qui va supprimer l’ENM fait partie des principaux qui atteint de plein fouet notre démocratie et donc, la République française et ses valeurs fondamentales.

Pour mémoire, nous rappellerons ici que François Hollande fut le premier « fossoyeur » de la République. Macron continue son œuvre, accompagné désormais de Dupond-Moretti qui, bien entendu, ne sera pas le seul dans l’avenir à pratiquer cette base besogne.

In fine, la République disparaîtra pour faire place à une oligarchie macroniste dont nous connaissons déjà quelques-uns des membres principaux.

Pierre Reynaud

ERIC DUPOND-MORETTI

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