La France libérée

La débâcle des Républicains ...

C'est maintenant !

Le parti des Républicains est à l'agonie. Cette situation a commencé en 2017 quand François Fillon a été éliminé de la course à la présidentielle. Et depuis, si la situation ne s'est pas améliorée, bien au contraire. En ce mois de septembre 2021, on peut facilement constater que Les Républicains sont de plus en plus divisés, et qu'il n'y a aucune personnalité qui pourrait avoir une chance, si petite soit-elle, pour se retrouver au second tour de l'élection présidentielle de 2022. 

En clair, c'est la mort annoncée des Républicains et ce n'est pas Nicolas Sarkozy qui pourra venir sauver le parti, même s'il essaie encore une fois de lui redonner un second souffle.

Que ce passera-t-il après le mois de mai 2022 ? Dans la réalité, la présidentielle de 2022 sera déterminante pour la survie des Républicains. IL est fort possible que le parti s'effondre et jamais plus; il ne se relèvera. Les Républicains rejoindront les faibles scores du Parti Communiste comme ceux du Parti socialiste, deux formations politiques qui sont désormais en voie de disparition.

LES RÉPUBLICAINS

Ci-dessous, l'analyse du politologue Bruno Cautrès sur l'avenir des Républicains.

Rénover et renouveler : pour le politologue Bruno Cautrès*, la survie du parti Les Républicains, malmené par l’actualité cette semaine, tiendra à sa capacité à se réinventer un destin à moyen terme, en attendant qu’Emmanuel Macron chute… ou s’en aille.

– Débâcle aux européennes, démission de Laurent Wauquiez, départ de Valérie Pécresse… peut-on encore sauver le soldat Les Républicains ?

« Bien sûr, le parti traverse une crise très grave. Mais ce n’est pas la première formation politique à s’effondrer de la sorte. Rappelons-nous la débâcle des socialistes aux législatives de 1993 (de 275 sièges en 1988 à 57). Et pourtant en 1995, Lionel Jospin arrive en tête du premier tour de la présidentielle, devant Jacques Chirac. C’est pourquoi il faut toujours avoir du recul avant d’enterrer une formation politique. Sa survie tient à celle du courant de pensée de droite, qui combine des valeurs traditionnelles et l’idée que l’État doit moins taxer, moins embaucher de fonctionnaires et favoriser l’initiative individuelle. Est-ce que tout cela a été capté par Emmanuel Macron ? Je n’en suis pas si sûr. En outre, rien ne dit que l’électorat de droite qui s’est reporté sur LREM aux européennes ne rebascule pas si, dans un an et demi, le chômage n’a pas été réduit, si le déficit public et la pression fiscale restent vertigineux et que l’on n’a pas coupé dans les effectifs de la fonction publique. »

« Les Républicains manquent cruellement d’une pensée novatrice en matière d’économie »

– Les Républicains manquent-ils d’une « force motrice », selon l’expression du jeune député du Pas-de-Calais Pierre-Henri Dumont, c’est-à-dire d’une valeur forte et identifiée ?

« Les Républicains manquent cruellement d’une pensée novatrice en matière d’économie. Il est urgent pour le parti de reconstruire son programme. Et il y a en interne des appels réguliers au retour à un vieux gaullisme social, capable d’attirer les couches populaires. Mais la droite a-t-elle jamais été en capacité de le faire ? Il faut se souvenir que Nicolas Sarkozy a été avant tout élu en 2007 par les retraités riches. Il est loin le temps où les classes populaires votaient à droite. Il faut remonter au début de la Ve République avec De Gaulle. En réalité, l’étonnement vient du fait que la gauche n’attire plus les classes populaires ! »

– Les Républicains peuvent-ils échapper à une guerre des chefs ?

« Qu’il y ait dans une formation politique moderne une diversité d’approches, et que cela se règle à la loyale dans les urnes, c’est tout à fait logique. La question est de savoir si le futur président du parti doit être le candidat à la présidentielle. En termes de lisibilité pour l’électorat, ça me semble utile que ce soit le cas. En outre, cela évite l’écueil de la primaire, dont le souvenir de 2016 reste très présent dans les esprits des militants. Mais cela transforme l’élection à la présidence, en octobre, en une forme de primaire. »

– N’ont-ils pas intérêt à renouveler les visages à la tête du parti ?

« Cela enverrait un message positif à l’électorat. Stratégiquement, ils ont intérêt à jouer la partition du renouvellement, dont la tonalité résonne depuis 2017. Si François-Xavier Bellamy ne fait que 8,48 % aux européennes, l’électorat républicain lui reconnaît sa sincérité. Le Rassemblement national a été capable de sortir une star de 23 ans (Jordan Bardella). Vous avez Manon Aubry à La France insoumise. De nouveaux talents doivent émerger chez LR. »

– La crise obère-t-elle les chances de LR pour les municipales, l’an prochain ?

« S’ils sont capables d’organiser le renouvellement et la refondation d’ici à octobre, ils pourront sauver les meubles lors des municipales. LR détient une large majorité des villes de plus de 9 000 habitants. Le parti a gagné 140 villes de plus de dix mille habitants en 2014. Et ces nouveaux maires, souvent jeunes, vont pouvoir s’appuyer sur leur bilan, beaucoup plus que sur les enjeux nationaux. Or, on sait que les maires, après un premier mandat et s’ils n’ont pas causé de catastrophe, touchent plutôt les dividendes lors des élections municipales suivantes. Nous verrons si les Républicains sont capables d’être maîtres stratèges et profiter de cet avantage. »

« Beaucoup ont échoué en rompant. Même des gens talentueux, comme Benoît Hamon »

– Valérie Pécresse fait-elle un pari très risqué en quittant LR ?

« Une personnalité politique qui a toujours été fidèle ne peut aujourd’hui quitter sans que cela soit le fruit d’un long délitement. Elle prend un risque car la base LR peut mal réagir au fait qu’elle s’en aille au moment où le parti est en crise. Si elle le fait maintenant, alors que les régionales se profilent et qu’il lui faudra le soutien des Républicains, c’est que c’était réellement intenable. Veut-elle fonder son mouvement, comme Emmanuel Macron avec le succès qu’on connaît ? Beaucoup ont échoué en rompant. Même des gens talentueux, comme Benoît Hamon. »

– Xavier Bertrand, populaire auprès de l’électorat de droite, représente-t-il une piste crédible pour LR ?

« Lui a pris la décision de partir à un bon moment, pas en pleine crise. Mais il a un autre agenda. Celui des régionales, et de la présidentielle 2022 sous ses propres couleurs. On l’entend rarement mais à chaque fois c’est sur des dossiers forts de politique nationale, comme sur la question des retraites. Je pense qu’il a saisi, tout comme Emmanuel Macron en 2016-2017, que les partis politiques en tant que modèle vertical, avec ses permanents, ses locaux, étaient morts. Il faut essayer de créer des mouvements plus souples. »

« Je vois mal LR opter pour un chef qui sera de nouveau convoqué par les juges »

– Faut-il croire, dès lors, à un retour de Nicolas Sarkozy ?

« Je suis sûr qu’il va jouer un rôle éminent et j’imagine que son téléphone doit beaucoup sonner. Mais un retour je n’y crois pas : il a déjà donné en 2014. Puis il y a eu son échec à la primaire de la droite en 2016 et ses ennuis judiciaires toujours en cours. Je vois mal LR opter pour un chef qui sera de nouveau convoqué par les juges. »

– LR doit-il d’ores et déjà tirer un trait sur la présidentielle de 2022 ?

« Il faut admettre que ça va prendre du temps. Faire un pari de moyen terme. On connaît tous la fin du macronisme, mars ou avril 2027, puisqu’Emmanuel Macron ne pourra se représenter une troisième fois. Il a fallu treize ans à François Mitterrand pour réaliser l’union des gauches, entre le congrès d’Épinay en 1968 et son élection en 1981. C’est certain que c’est mal parti pour 2022, mais la vie des partis est longue. »

* Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques

 

 

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