Le Discours de la servitude volontaire

par Etienne de La Boëtie

Aujourd'hui et plus que jamais, la philosophie d'Etienne de La Boëtie reste d'actualité. Avec ce qui se passe dans le Monde et notamment en France, au cœur des sociétés et dans le contexte de l'épidémie du coronavirus, l'écrivain humaniste du XVIème siècle nous éclaire encore et fortement sur notre comportement et sur nos façons de réagir face au destin des peuples de la planète et aux évènements qui jalonnent l'existence de chaque d'entre nous.

" Soyez résolus de ne servir plus, et vous serez libres. "

" Pour que les hommes, tant qu'ils sont des hommes, se laissent assujettir, il faut de deux choses l'une : ou qu'ils y soient contraints, ou qu'ils soient trompés. "

" Il y a en l'homme une préférence pour la servitude volontaire, parce que la servitude est confortable et qu'elle rend irresponsable. "

" Il y a trois sortes de tyrans. Les uns règnent par l’élection du peuple, les autres par la force des armes, les derniers par succession de race. "

" Pareillement les tyrans, plus ils pillent, plus ils exigent, plus ils ruinent et détruisent, plus on leur baille, plus on les sert, de tant plus ils se fortifient et deviennent toujours plus forts et plus frais pour anéantir et détruire tout ; et si on ne leur baille rien, si on ne leur obéit point, sans combattre, sans frapper, ils demeurent nus et défaits et ne sont plus rien, sinon que comme la racine, n’ayant plus d’humeur ou aliment, la branche devient sèche et morte. "  Citations d'Etienne de La Boëtie

Le Discours de la servitude volontaire est une œuvre d’Etienne de La Boétie*, dont l’influence sur la philosophie politique est très grande.

Sa radicalité philosophique, pour le XVIe siècle, est vertigineuse. D’autant que le discours a été distribué initialement sous forme de manuscrit mais n’a jamais été publié par La Boétie.

La thèse de La Boétie est la suivante : les régimes sont fondés sur la peur, laquelle sert à dissimuler l’absence de légitimité des gouvernants.

Ainsi, le peuple s’auto-soumet aux pouvoirs en place, par simple habitude, par récurrence historique.

L’originalité de cette thèse est de nous démontrer que, contrairement à ce que beaucoup s’imaginent quand ils pensent que la servitude est forcée, elle est en vérité toute volontaire.

Combien, sous les apparences trompeuses, croient que cette obéissance est obligatoirement imposée.

Pourtant, comment concevoir autrement qu’un petit nombre contraint l’ensemble des autres citoyens à obéir aussi servilement ?

En fait, tout pouvoir, même quand il s’impose d’abord par la force des armes, ne peut dominer et exploiter durablement une société sans la collaboration, active ou résignée, d’une partie notable de ses membres2. Pour La Boétie, « Soyez donc résolus à ne plus servir et vous serez libres »

Etienne de La Boétie peut certainement être considéré comme le père de la désobéissance non-violente (ou pacifiste).

La question centrale posée dans le Discours est : Comment la liberté des peuples peut-elle se retourner contre elle-même ?

Comment une liberté peut-elle s’aliéner ? L’une des idées phares de La Boétie est que le renversement des régimes est essentiellement psychologique : le peuple doit arrêter de se croire inférieur à son gouvernement.

Cette thématique de la liberté retournée influencera beaucoup Jean-Jacques Rousseau dans le Contrat Social ou encore Jean-Paul Sartre dont la thèse sur la mauvaise foi est l’équivalent ontologique.

Résumé des thèses du Discours de la Servitude Volontaire :

– Le pouvoir des tyrans ne repose que sur l’abandon du pouvoir du peuple.

– Le tyran est souvent un homme faible, comme les autres. Seuls les crédules peuvent l’idolâtrer.

– Il n’y a d’oppression que volontaire.

– Les peuples sont responsables de leur mise sous tutelle

– L’usage de la raison fera disparaître chez les peuples le besoin d’être trompé et dominé.

– Les tyrans créent une structure de pouvoir très élaborée, consistant en une hiérarchie à plusieurs niveaux, composée d’une conspiration des complices.

L’appel humaniste de La Boétie sera celui des Lumières, et n’est pas sans rappeler la réponse de Kant à la question Qu’est-ce que les Lumières.

* Étienne de La Boétie est un écrivain humaniste et un poète français, né le  à Sarlat et mort le  à Germignan, dans la commune du Taillan-Médoc, près de Bordeaux. La Boétie est célèbre pour son Discours de la servitude volontaire. À partir de 1558, il fut l’ami intime de Montaigne, qui lui rendit un hommage posthume dans ses Essais.

ETIENNE DE LA BOËTIE

 

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire