Qui pourra sauver la République française ?

À l’heure d’aujourd’hui, la France est confrontée à d’énormes problèmes d’identité dont les principaux responsables sont les politiques de tous bords en raison de leurs discours incohérents et souvent destructifs pour les valeurs démocratiques.

Il faut maintenant que chaque citoyen prenne conscience que depuis plusieurs décennies, les gouvernements successifs comme les représentants de la Nation, élus de la de gauche comme de droite, n’ont pas eu, pour la plupart d’entre eux, une âme purement républicaine, celle qui enflammait l’espoir de nos aînés, contemporains de la IIIème ou de la IVème République.

Revenons sur l’article premier de notre Constitution adoptée le 4 octobre 1958, révisée à plusieurs reprises, puis consolidée par la loi constitutionnelle du 23 juillet 2008 :

« La France est une République indivisiblelaïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée. »

Cette très belle introduction n’est plus d’actualité depuis déjà longtemps, et à ce jour, plus que jamais.

1. République indivisible

Dans un premier temps, la République indivisible, c’est du passé, faut-il le reconnaître. Hélas, le séparatisme s’installe et il est clair qu’en ce moment, des communautés ont pour projet de faire sécession au sein de notre République. Le président Macron ne s’en est pas caché dernièrement en indiquant notamment qu’elle était vraiment menacé par des « aventures séparatistes ». Un discours plutôt ,creux que le chef de l’État aurait bien voulu éviter,malgré ses quelques annonces faites depuis trois ans, essentiellement sur deux sujets régaliens, à savoir la sécurité et le séparatisme. Mais les oppositions de droite et d’extrême droite qui l’accusent d’inaction en la matière, l’obligent à réagir aujourd’hui, comme il l’a fait tout dernièrement lors d’une cérémonie au Panthéon le 4 septembre dernier pour la célébration de l’anniversaire des 150 ans de la proclamation de la IIIème République par Léon Gambetta.

Ainsi, fortement attaqué pour son laxisme par Marine le Pen, présidente du Rassemblement National et pour son manque total d’autorité par Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat, Emmanuel Macron a fait savoir par son entourage qu’il y aurait bientôt des actes décisifs de l’État, pour mettre un terme aux attaques répétées de ses détracteurs et d’une majorité de citoyens lassés du désordre croissant.

2. Laïcité

Dans un second temps, qui peut parler encore de laïcité dans un pays qui a perdu ses repères ? Personne ne peut nier que la laïcité est largement menacée. Déjà, en octobre 2019, un sondage effectué par l’Ifop pour le le Journal du Dimanche, démontrait que huit Français et françaises sur dix (soit 78%) étaient convaincus que la laïcité était en péril en France, avec toutes les conséquences pouvant en résulter.

C’est sur ce point que les élus de la République manquent à leurs devoirs fondamentaux. Si les débats sont nombreux à ce sujet, si les analyses politiques se multiplient, rien n’avance pour autant. Pourquoi vouloir mettre en place de nouvelles lois qui viendront s’ajouter inutilement à celles déjà existantes ? Ces dernières ne sont pas appliquées ou si peu, et la première démarche serait donc de les mettre à exécution immédiatement.

Visiblement, la laïcité doit s’appliquer à tous les citoyens et citoyennes de France, sans exception quelles que soient leurs origines ethniques et leur religion. Ainsi, rien ne droit compromettre les valeurs républicaines et en aucun cas, une idéologie politique ou religieuse ne doit pouvoir se substituer, pour quelque motif que ce soit, aux règles de la République. Le moindre fait susceptible de porter atteinte à l’esprit républicain, devrait sanctionner sans détour, l’expulsion du pays pouvant être prononcée dans les situations les plus graves.

3. Démocratie et contrat social

À l’heure où nous vivons, il ne reste à la France que sa démocratie. Une démocratie toutefois bien affaiblie, quand on observe quotidiennement les dérèglements qui polluent notre société et notre économie. Les citoyens sont-ils égaux entre eux ? Non ! La justice est-elle la même pour toutes les classes de la société ? Pas toujours et en apparence de moins en moins ! L’égalité des chances existe-t-elle ? Bien que certains efforts aient été réalisés dans ce sens, les déséquilibres ne sont pas effacés et il reste à faire beaucoup pour pallier à ce triste problème sociétal.

Mais le plus terrible en ces temps difficiles, ce sont les personnes touchées par la précarité qui s’annonce encore plus douloureuse dans les semaines et les mois à venir.

Et le nombre de ces citoyens et citoyennes de dernière zone, ne fait qu’augmenter d’année en année : chômeurs de longue durée, familles monoparentales à faibles revenus, jeunes étudiants pauvres, personnes âgées sans ressources, etc …

Et l’espérance d’un monde meilleur s’est envolée. Il y a eu les Gilets Jaunes d’une première époque : Ceux et celles qui réclamaient plus de justice et un meilleur pouvoir d’achat. Pour écraser leur mouvement et leurs revendications, le gouvernement n’a pas hésité à les combattre et à les discréditer. Et faut-il le constater, Macron a réussi à éteindre les conflits, avec l’aide indirecte de politiques extrémistes, syndicats compris, ces derniers récupérant à leur profit une contestation devenue depuis impopulaire.

En cette rentrée de septembre, que reste-t-il des Gilets Jaunes de novembre 2018 ? Pas grand chose de positif, le mouvement ayant glissé sur la mauvaise pente, celle du désordre public et même de la délinquance dans certains cas.

4. Une mort annoncée

Depuis bientôt dix ans, j’ai écrit de nombreux articles qui portaient sur les dangers qui menaçaient la République. Par ailleurs, j’ai participé à des réunions et des débats sur l’avenir républicain et j’ai même organisé des conférences à ce sujet. Bien évidemment, je ne suis pas le seul à avoir dénoncé les dérives des anciens gouvernements sous Sarkozy et Hollande. D’autres l’ont fait aussi avec ténacité et surtout avec la volonté de défendre nos droits et nos acquis face à une mondialisation destructrice. En fait, nous n’avons pas été entendus et nos actions sont restées vaines. Nos compatriotes n’ont pas suivi, peut-être pas manque de conviction ou tout simplement par laxisme.

Par un taux d’abstentions record, les dernières élections municipales de la présente année ont bien démontré que les citoyens et les citoyennes de France ne s’étaient pas intéressés à ce scrutin, pourtant très local et donc susceptible d’attirer normalement un électorat attaché à sa commune. Dans ce contexte, il faut en déduire que les électeurs et les électrices tournent le dos aux valeurs de la démocratie et ont perdu tout attachement à la République.

C’est donc la fin d’un système qui débouchera inexorablement vers la chute de la machine républicaine qui ne fait plus recette au sein même de toutes les classes sociales.

5. Qu pourrait encore sauver la République ?

À dire vrai, il n’existe aucune personne à ce jour possédant les capacités et le charisme pour effectuer le sauvetage de la Nation et encore moins de la République.

Les Victor Hugo, Léon Gambetta, Jules Ferry, Jean Jaurès (pour n’en citer que quelques-uns) n’ont plus de successeurs et de disciples. Charles de Gaulle, non plus. Et l’avenir ne semble pas être prometteur.

La République s’éteint dans l’indifférence. Emmanuel Macron, malgré ses affirmations populistes, n’est pas du tout un républicain. Bien au contraire, cette situation de mort clinique lui convient parfaitement. Il espère même en tirer profit en 2022, puisque le faible électorat qui devrait s’annoncer pour les prochaines présidentielles, lui permettra d’être « réélu par défaut » pour instaurer peut-être par la suite un régime de type présidentiel inspiré du régime russe établi par Poutine.

Emmanuel Macron était l’homme du changement. S’il a perdu son pari sur le plan économique, il le gagnera au niveau politique en changeant la République en oligarchie.

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Pierre Reynaud

LA RÉPUBLIQUE

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