Après la mort de Samuel Paty, le gouvernement cible (encore) les réseaux sociaux

Il est évident que les réseaux sociaux jouent un rôle important dans les attentats comme dans tous autres types de crimes ou de délits.

Et de ce côté là, le gouvernement a raison de vouloir prendre des dispositions sévères, car certaines plateformes, faut-il le préciser, sont complices directement ou indirectement des contenus sordides, haineux et violents qui envahissent à l'heure actuelle les sites internet.

Ces plateformes qui s'appellent notamment Facebook ou Twitter, font la loi dans le monde entier et imposent leur dictature à leur manière, censurant les uns pour acorder toutes leurs faveurs à des internautes ou des groupes d'internautes parfois extrêmement dangereux ppur la société et la sécurité publique.

Ainsi, frapper vite et fort via des “actions concrètes” . Voilà l’engagement pris par Emmanuel Macron en réaction à l’assassinat de Samuel Paty, professeur d’histoire géographie décapité pour avoir montré des caricatures de Mahomet en classe. Et parmi les mesures promises, un renforcement de l’arsenal pour lutter contre les contenus haineux. 

Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a en effet annoncé ce dimanche 18 octobre qu’un “dispositif juridique de lutte contre la haine sur les réseaux sociaux” serait prochainement dévoilé. La loi Avia, qui poursuivait précisément cet objectif, ayant été vidée de sa substance par le Conseil constitutionnel. Si ce serpent de mer refait surface aujourd’hui, c’est en raison du rôle joué par les réseaux sociaux dans le drame qui a frappé l’enseignant. 

“On est dans l’erreur”

Selon les premiers éléments de l’enquête, l’emballement provoqué par les vidéos virales d’un parent d’élève appelant à la démission du professeur a contribué à faire de Samuel Paty une cible.

“Les choses ont démarré sur les réseaux sociaux et se sont terminées sur les réseaux sociaux”, a souligné Gabriel Attal, en référence au fait que l’assaillant a publié des images de la dépouille de l’enseignant sur Twitter pour revendiquer son acte. 

Résultat : les plateformes sont montrées du doigt, et les patrons des différents réseaux sociaux sont convoqués ce mardi 20 octobre place Beauvau par la ministre déléguée à la Citoyenneté, Marlène Schiappa.

Au menu, “ la complaisance vis-à-vis des prêcheurs de haine et le cyberislamisme ”, fait savoir son entourage, sans davantage de précision sur ce qu’attend réellement le ministère de leur part. Au sein de la classe politique, certains vont plus loin, à l’image de Xavier Bertrand ou Valérie Pécresse qui demandent la fin de l’anonymat sur Internet.

Une requête qui semble s’éloigner du sujet, parce que c’est bien en leurs noms propres que les protagonistes, Brahim C. et Abdelhakim Sefrioui, ont sonné la charge sur les réseaux sociaux.

À leur décharge, ils ne sont pas les seuls à taper à côté.

Gérald Darmanin a affirmé lundi 19 octobre que la loi Avia dans sa version non censurée par les Sages “ aurait permis de faire retirer [les vidéos] et de poursuivre ce père de famille ”. Or, il n’est en rien, puisque le texte ne facilitait pas les poursuites et que le contenu des vidéos en question n’était pas forcément “manifestement illégal”, soit la condition qui aurait permis leur suppression.  

“De mon point de vue, il n’y a rien d’illicite dans ces vidéos, donc la loi Avia aurait été inefficace”, confirme Éric Bothorel, député LREM des Côtes-d’Armor et spécialiste des questions numériques, plutôt sceptique sur les accusations visant ces plateformes. “Si l’idée c’est de penser qu’une meilleure modération ou que la suppression des contenus empêcherait les passages à l’acte, on est dans l’erreur”, juge le parlementaire, qui voudrait que la question de la lutte contre la haine en ligne se fasse “autrement que sous le coup de la sidération” provoquée par le drame.

“Force collective”

“La vraie question c’est celle des moyens, et comment la puissance publique réagit”, poursuit l’élu breton, citant notamment le rôle que pourraient jouer les différents services de renseignement ainsi que la plateforme Pharos qui fait “un travail formidable sur la pédocriminalité”.

Sur ce point, l’affaire de Conflans-Sainte-Honorine peut difficilement lui donner tort.

Comme l’a révélé Mediapart, le compte Twitter de l’assaillant a fait l’objet de plusieurs signalements auprès de Pharos, sans que cela n’enclenche une surveillance pour radicalisation. “La plateforme Pharos est bien identifiée par la population. Il s’agit de voir comment on peut améliorer l’articulation entre les différents services”, a d’ailleurs observé Marlène Schiappa ce lundi à Nanterre, après une réunion avec les responsables des services de police et les patrons de la police et de la gendarmerie afin d’étudier de nouvelles dispositions renforçant la lutte contre “le cyberislamisme”.

Reste que l’emballement autour de la vidéo Facebook du père pose inéluctablement la question de la mise en avant de certains contenus plutôt que d’autres, avec une règle simple observée de longue date sur ce réseau: plus un sujet est vu et provoque de l’engagement, plus il sera suggéré et verra son audience augmenter.

Pour contrer ce phénomène, un membre du gouvernement, qui ne croit pas vraiment à un changement de fonctionnement de la part des réseaux sociaux, voudrait miser sur l’engagement des citoyens. “Soit on négocie avec les plateformes et on en a pour 10 ans, soit on fait des signalements en masse grâce à des associations dont c’est la spécialité. Je crois à cette force collective.

Nous devons aussi sensibiliser les enfants et les parents à ces signalements. Ils ne sont pas toujours au courant”, souligne ce ministre.

“Le problème, c’est que ces plateformes sont considérées comme des hébergeurs, de simples boîtes aux lettres, qui les dédouanent de toute responsabilité.

Pourtant Facebook a bien, à travers son algorithme, une sorte de ligne éditoriale, en poussant automatiquement plus certains contenus que d’autres”, observe Alexandre Lazarègue, spécialiste du droit numérique, qui estime que pour que la responsabilité des plateformes soit engagée, “il faudrait les considérer comme des directeurs de publication”.  

Mais encore une fois, concernant l’affaire de Conflans-Sainte-Honorine, sur quelle base un réseau social peut-il décider soit de retirer une vidéo (qui n’a rien d’illégal et qui ne contrevient pas à ses règles d’utilisation), soit d’en limiter la visibilité, sachant qu’il existe déjà des mécanismes de signalement et un arsenal législatif encadrant la liberté d’expression (apologie du terrorisme, incitation à la haine etc.)?

C’est en espérant obtenir une réponse à cette épineuse question que le gouvernement a convoqué les responsables des différentes plateformes ce mardi au ministère de l’Intérieur. 

RÉSEAUX SOCIAUX

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