CHRISTOPHE CASTANER

La saga douce amère d'un ministre de l'Intérieur.

De Marseille à Paris, en passant par Manosque et Forcalquier, Christophe Castaner a gravi rapidement les échelons de la politique, non pas en raison de sa propre valeur, mais simplement du fait de son extraordinaire arrivisme, une forte disposition naturelle chez cet homme qui a le grand art et l’habitude de manipuler les électeurs. Il est vrai que son allure de séducteur lui apporte certaines sympathies auxquelles s’ajoute un charisme de façade plus apparent que réel.

Évidemment, tout a été dit sur ce personnage sulfureux qui a laissé derrière lui un passé trouble suite à ses proches relations avec le grand banditisme d’une époque représenté à Marseille et dans une partie du sud-est de la France par Christian Oraison dit « Le Grand Blond », un caïd des Alpes de Haute-Provence abattu de plusieurs balles de 9 mm, une nuit d’août 2008. Sachant que ledit Oraison avait été « formé » par Gaëtan Zampa, l’un des grands parrains du Marseille des années 70. À ce sujet, Castaner ne s’est jamais caché qu’il était un proche du « Grand Blond » et il a souvent précisé : « Oraison, c’était mon grand frère, mon protecteur. Il m’appelait l’étudiant ». Au cours de sa jeunesse, ayant quitté à 17 ans le domicile familial, Castaner joue toutes les nuits au poker … pour gagner de l’argent. Il a élu domicile à Manosque, et c’est dans un appartement au-dessus d’un petit bar « l’Oasis » que le jeune homme s’adonne aux jeux d’argent, dans une ambiance très enfumée où l’on s’imbibe de whisky pendant les parties de cartes qui durent jusqu’au petit matin. L’Oasis est un établissement très louche, un véritable repère de bandits. Et ce que l’on sait pas exactement encore aujourd’hui, si les occupations de Castaner à cette époque sont restées uniquement liées du poker, ou si par contre, elle auraient débordées sur des activités plus louches. En clair, il déclarera plus tard avoir vécu des cartes, attiré par l’argent facile et le grosses voitures, tout en trouvant le temps de piger pour la presse locale et d’adhérer au Parti socialiste. C’est donc à l’intérieur du PS qu’il va commencer sa carrière en accédant à des fonctions de responsabilité importantes, alors même que ses compétences professionnelles en la matière restent très limitées.

En 2001, il devient maire de Forcalquier dans les Alpes de Haute-Provence, un mandat qu’il occupera jusqu’en juillet 2017. A ce sujet, on soulignera que, selon le magazine Capital, qu’après 16 ans de gestion de la ville, Christophe Castaner a laissé une dette de 7,9 millions d’euros (fin 2016), soit 1.500 euros par habitant, ainsi deux fois plus que la moyenne des communes de même taille (la population de Forcalquier atteint les 5.000 habitants environ).

Peu de temps après son élection municipale, il devient vice-président du Conseil Régional de la région PACA, puis remporte en 2012 au moment de l’élection de François Hollande, le siège de député de la 2 ème circonscription des Alpes de Haute-Provence.

Avant les présidentielles de 2017 qui porteront Macron au pouvoir, il quitte le PS pour rejoindre en Marche, et le nouveau président le fera nommer Secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement, avant de prendre la tête de la délégation générale de la République en marche.

Depuis le 16 octobre 2018, il est devenu ministre de l’Intérieur en remplacement de Gérard Collomb, ministre démissionnaire.

1ère question : Comment se fait-il que le président Macron ait pu désigner Christophe Castaner comme ministre de l’Intérieur ?

Cette question reste une énigme quand on connaît l’inexpérience de ce dernier dans ce domaine et son incapacité notoire à gérer tout type de situation. Castaner n’a aucune qualité dans la gestion politique. Il suffit d’examiner l’état des finances de la ville de Forcalquier pour comprendre ses importantes inaptitudes.

2ème question : Quelles sont les raisons de la dérive des manifestations samedi 16 mars lors de l’acte 18 des Gilets jaunes ?

Trois hypothèses :

- soit le ministre Castaner n’a pas su gérer sur le terrain la crise et les violents débordements qui ont saccagé Paris.

- soit le ministre Castaner a laissé « pourrir » la situation afin de discréditer le mouvement des Gilets jaunes.

- soit enfin, le ministre Castaner a fait « infiltrer » des casseurs dans les grands rassemblements parisiens, toujours afin de discréditer fortement les manifestants, vis-à-vis de l’opinion publique.

Conclusion :

Chacun pourra apprécier le comportement suspect de Monsieur Castaner en sa qualité de ministre chargé de la sécurité intérieure, de l’administration du territoire français et des libertés publiques. Et même si on fait abstraction de son passé qui présente de véritables zones d’ombre, le ministre n’a plus du tout sa place à Beauvau, surtout dans une période de troubles importants que nous traversons aujourd’hui.

Il faut espérer que le président Macron est encore un peu de lucidité pour mettre un terme aux bavures de Castaner, faute de quoi, le chef de l’État se retrouverait alors dans une souricière d’où il ne pourrait plus sortir.

Pierre Reynaud

CASTANER ET LES GILETS JAUNES