Hommage à Samuel Paty, l'enseignant sauvagement assassiné dans ses fonctions

La présidente de l'Unef huée à Paris lors du rassemblement en hommage à Samuel Paty
Invitée à prendre la parole lors du rassemblement en hommage à Samuel Paty à Paris, la présidente de l'Unef, Mélanie Luce, s'est faite huer par une partie des manifestants. Le syndicat est au cœur de nombreuses polémiques depuis quelques années.

Des milliers de personnes sont venues témoigner leur solidarité après l'assassinat du professeur d'histoire géographie, Samuel Paty, le 18 octobre place de la République  à Paris. Un rassemblement auquel a participé la présidente du syndicat étudiant Unef, Mélanie Luce, invitée à prendre la parole pour l'occasion.

Mais sa prise de parole n'a pas été du goût de nombreux manifestants présents sur place, qui ont hué et sifflé la syndicaliste lorsqu'elle a pris le micro.

« Collabos », « dégagez », ont scandé certains, brandissant des journaux de Charlie Hebdo, obligeant un des organisateurs à demander « un peu de respect » pour la syndicaliste afin qu'elle puisse terminer son allocution.

Mais l'intervenante ne parviendra pas à terminer dans le calme.

Mélanie Luce a réagi sur Twitter, s'estimant « choquée » par la réaction des manifestants.

La syndicaliste rapporte par ailleurs avoir « reçu des menaces de mort ». « On me traite de collabo, les collabos, ce sont des gens qui ont collaboré avec le régime nazi pendant la Seconde Guerre mondiale » a-t-elle regretté. « Vous ne nous arrêtez pas, nous continuerons à parler, parce que si on était [à la manifestation], c'était pour exprimer quelque chose de fondamental, la solidarité dans la communauté éducative, dans la communauté universitaire », a conclu la militante.

Un syndicat sulfureux

L'Unef a régulièrement suscité la polémique par le passé.

Des députés LR et une élue LREM avaient ainsi quitté, le 17 septembre dernier, une audition de syndicalistes étudiants à l'Assemblée nationale autour du thème des effets de la crise du Covid-19 et la jeunesse, pour protester contre la présence d'une syndicaliste étudiante voilée, la vice-présidente de l'Unef, Maryam Pougetoux.

Le syndicat s'était aussi attiré de nombreuses critiques, en demandant, le 29 avril 2019, l'annulation de la représentation d'une pièce du dramaturge grec Eschyle à la Sorbonne car certaines comédiennes étaient maquillées de noir.

Plus tôt encore, l'Unef avait mis en ligne une vidéo à visée antiraciste qui avait provoqué un tollé.

On pouvait y voir des militants du syndicat clamer en chœur : « Je suis une personne "racisée" et je suis militant.e à l'Unef ». A cette occasion, l'écrivain Pierre Jourde avait qualifié l'organisation de « syndicat de talibans ».

Alors qu'au soir du 15 avril, la consternation dominait après l'incendie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, deux responsables de l'organisation avaient suscité la colère de nombreux internautes en se moquant du drame.

Hafsa Askar, vice-présidente de l'Unef Lille, s'était ainsi empressée de tweeter un message : « Je m'en fiche de Notre-Dame-de-Paris car je m'en fiche de l'histoire de France.» Quatre minutes plus tard, elle ajoutait : « Jusqu’à les gens ils vont pleurer pour des bouts de bois. Wallah vous aimez trop l'identité française alors qu'on s'en balek objectivement, c'est votre délire de petits blancs.»

Edouard Le Bert, membre du Bureau national de l'Unef, avait lui aussi ironisé sur la catastrophe dans laquelle il ne voyait qu'un feu dans un édifice lambda : « Ça y est, drame national, une charpente de cathédrale brûle.»

Interrogée par Le Figaro Mélanie Luce avait toutefois – après une première réaction ambigüe – souligné que les « positions » des deux membres n'étaient « pas celles de l’Unef », en décrivant des «propos inacceptables, sur le fond et sur la forme ». Un syndicat métamorphosé en dix ans.

Pourtant, le positionnement politique des cadres de l'Unef semble bien loin de la doctrine historique du syndicat.

Dans un billet d'août 2013, l'Unef était en effet elle-même vilipendée par le Collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), qui reprochait à l'organisation étudiante de faire un « amalgame paternaliste et ignorant entre voile et soumission de la femme ».

En cause, un communiqué de presse diffusé à l'époque par le syndicat étudiant après un rapport du Haut conseil à l'intégration sur la laïcité.

Dans ce dernier (qui a depuis disparu du site de l'Unef), le syndicat étudiant expliquait, tout en précisant que la laïcité ne devait pas être « la stigmatisation de l'islam », qu'il militait le port du voile « qui enferme les femmes dans une situation de soumission par rapport aux hommes ».

Le CCIF invitait alors les responsables du syndicat à « ouvrir quelques livres » et à discuter avec des femmes musulmanes « avant de faire de tels raccourcis »

PLACE DE LA RÉPUBLIQUE À PARIS.




 

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