L'EUROPE EN AGONIE : Elle va peut-être chercher sa mort en Ukraine

Dans son livre « La Chute finale », Emmanuel Todd avait prédit, quinze ans avant, la fin de l’Union soviétique. En 2014, il prédit que « l’Europe va chercher sa mort dans les plaines d’Ukraine ». Il semblerait que sa deuxième prédiction soit en train de se réaliser. Est-ce par servilité et par suivisme que les dirigeants européens se sont pliés aux désirs de leur maître étasunien, même lorsque ceux-ci vont à l’encontre de leurs propres intérêts ? Sans doute, mais c’est aussi parce qu’ils ont cru à leur propre propagande. Normalement, la propagande c’est fait pour mentir à son peuple, pas pour se mentir à soi-même. À force de répéter que la Russie a une économie faible, ils ont fini par le croire. Résultat, ils sont dans de sales draps. Ils découvrent qu’ils sont dépendants de la Russie (à des degrés divers selon les pays) pour le gaz, le pétrole, les métaux rares, mais aussi les engrais et le blé. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, voulait boycotter le pétrole russe, en interdisant aux pays de l’Union européenne d’en acheter. Elle s’est heurtée au refus de certains pays, comme la Hongrie, mais surtout elle s’est aperçue qu’une telle mesure était irréaliste et néfaste pour les économies des pays européens. Elle a donc décidé que, finalement, il valait mieux continuer à acheter le pétrole russe comme avant, prétextant que la Russie vendrait de toutes façons son pétrole à d’autres et à un prix beaucoup plus avantageux, bref que la sanction se transformerait en aubaine pour la Russie.

VON DER LEYEN

Ce que la plupart des gens, y compris moi-même, ignorait jusqu’à présent, c’est que les pays européens sont terriblement dépendants des importations d’engrais en provenance de la Russie, de la Biélorussie et de l’Ukraine. Sans même parler du blé. La production agricole va être sérieusement impactée. Si l’on ajoute à ce tableau déjà sombre les hausses importantes de carburant, d’électricité et de gaz, on peut prévoir que les coûts de production seront énormes, ce qui entraînera, au bout de la chaîne, une forte inflation notamment dans les produits alimentaires.

Bref, le plan antirusse, qui avait commencé dès l’indépendance de l’Ukraine et qui s’était accéléré depuis 2014, est un fiasco. Les toutous européens ont suivi aveuglément leur maître américain, persuadés qu’ils vaincraient, d’une manière ou d’une autre, la Russie. L’Occident collectif y a cru jusqu’au bout, et a armé l’Ukraine jusqu’aux dents en prévision d’un conflit avec la Russie censé l’affaiblir et y provoquer, a minima, un changement de régime.

Qu’a obtenu l’UE ? Rien. Elle a été sacrifiée comme on envoie des troupes à la boucherie. Le pire c’est qu’elle y est allée de bon cœur, dans une inconscience totale des conséquences. Quant aux États-Unis, ils vont échouer en Ukraine comme ils ont échoué en Afghanistan, mais ils ont un joli lot de consolation :

• L’Union européenne est affaiblie et plus dépendante des États-Unis que jamais.

• La Finlande et la Suède demandent leur adhésion à l’OTAN.

• Le complexe militaro-industriel étasunien se frotte les mains car les commandes d’armes vont se multiplier.

• Le rapprochement entre l’Allemagne et la Russie est condamné pour un bon bout de temps, sauf retournement de situation improbable. Est donc également condamné le rapprochement entre l’UE et la Russie.

• Le projet chinois des nouvelles routes de la soie est bloqué. N’oublions pas que le principal ennemi des États-Unis c’est la Chine, et que leur cauchemar c’est l’union économique de l’Europe et de l’Asie formant un bloc eurasiatique puissant et prospère.

• L’Ukraine est un bourbier qui va occuper tout le monde en Europe, Russie comprise, pendant que les États-Unis iront s’occuper de la Chine et qu’ils continueront à faire des affaires ailleurs.

• La Russie va devoir administrer les territoires ukrainiens conquis1 et y investir des sommes colossales, ne serait-ce qu’en infrastructures.

Mais que vaut une Europe en faillite ? À quoi sert une Europe économiquement à genoux ? Henry Kissinger, qui voit plus loin, met en garde l’Empire : ces gains à court terme sont illusoires, globalement le plan antirusse a échoué et l’alliance entre la Russie et la Chine se renforce, ce qui est très dangereux pour l’hégémonie américaine.

Finalement, ce qui arrive à l’Europe c’est un mal pour un bien. La crise économique qui s’en vient sera si dure qu’elle entraînera une crise politique. Pour survivre économiquement, certains États feront sécession de facto. La cohésion de l’Union se délitera, chacun essayant de sauver sa peau. Il sera alors possible de remettre en route le projet des routes de la soie, avec les États européens souverains qui le souhaiteront.

Durama, journaliste international

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La Russie voulait l’application des accords de Minsk, avec le Donbass autonome au sein de l’Ukraine. Mais les États-Unis ne le voulaient pas. Quand l’opération militaire en Ukraine a commencé, la Russie était prête à tout moment à signer la paix à condition d’obtenir la démilitarisation et la neutralité de l’Ukraine, ainsi que la reconnaissance de la Crimée et du Donbass, ce qui aurait au moins permis la survie de l’État ukrainien. Les États-Unis ont refusé, obligeant Zelynsky à poursuivre la guerre. On connaît la suite.

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