UKRAINE : Le piège secret

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Dans l’affaire ukrainienne, il y a un acteur caché : c’est Xi Jinping qui doit être à la manœuvre dans l’ombre. L’Ukraine n’est rien d’autre qu’un épisode du combat des poids-lourds pour la suprématie mondiale.

Par Procope de Césarée*

CARTE RUSSIE UKRAINE

Peut-être que Poutine a lu ‘’Le Piège de Thucydide’’… du côté Biden, ça m’étonnerait, car il est coupé de l’école de pensée qui va bien (ils sont tous anti-woke, partant, ils n’ont pas droit de cité comme conseillers). Thucydide raconte la guerre du Péloponnèse (il l’a faite comme général) et au-delà de Sparte et d’Athènes, il y avait un acteur caché ! Dans l’affaire ukrainienne, il se peut que la Chine joue ce rôle.

La Chine a deux solutions

La Chine a une véritable obsession : récupérer Taïwan ! (comme quoi, l’irrédentisme n’a pas disparu contrairement à ce que clamait l’ineffable philosophe de bastringue BHL). Le problème pour la Chine est de trouver comment (et ce par tous les moyens) atteindre son but en surpassant la protection militaire américaine constamment promise à Taïwan. La Chine a deux solutions : la ‘’soft’’ en créant à Taïwan les conditions du rapprochement ; la ‘’hard’’ par l’invasion militaire.
La solution ‘’soft’’ demande du temps et dans les conditions actuelles, on voit de plus en plus mal une telle issue, car toutes tentatives dans ce sens ont échoué : les Taïwanais résistent et Taïwan ce n’est pas Hong-Kong !
La solution ‘’hard’’ a été ‘’sondée’’ plusieurs fois dans le passé avec des simulacres d’attaque destinés à évaluer la réponse américaine – notamment entre juillet 1995 et mars 1996 (tirs de missiles dans les eaux territoriales taïwanaises et mobilisation de la force d’invasion chinoise forte de 200 000 hommes.
La riposte du Président Clinton sera cinglante : pas un mais deux porte-avions US avec leur flotte vont longer la côte chinoise à portée de vue de la côte – les Chinois, pas stupides, baissent le nez. (nota : dans leur cours de l’École de guerre chinoise, ils parlent du danger du ‘’magic american’’ – il s’agit de la supériorité technologique américaine).

Le budget militaire de la Chine

Moralité : 1996 marque le début de la modification fondamentale de l’Armée chinoise (APL) avec une orientation technologique destinée à égaler, et un jour, surpasser les USA et ceci au détriment des effectifs si prisés sous Mao – depuis les effectifs de l’APL ont été divisés par 2.5 et les matériels multipliés par plus de 10.
En 2022, les USA sont incapables de rééditer une telle opération, les missiles anti-navires DF17 chinois suffisent largement, à mon avis, à couler la flotte (les Chinois en ont assez, installés sur la côte, pour saturer à coup sûr les défenses de la flotte).

Nota : le budget militaire réel de la Chine, évalué en termes de P3 (price power parity – parité de pouvoir d’achat) est du même ordre ou dépasse celui des USA – rien à voir avec les chiffres officiels. Exemple : en 18 mois, la Chine a mis à la mer un tonnage de navires de guerre supérieur à celui de toute la marine française : pas compatible du budget officiel. Autre exemple : la Chine construit en ce moment des centaines de silos : pas de trace dans le budget officiel.

L’Occident recule

Donc pour la Chine, la question est : compte tenu de notre puissance actuelle, si on attaquait l’île de Taïwan, est-ce que les USA la défendraient militairement ? Il s’agit donc en dernier ressort d’une question de crédibilité des USA.
Cette crédibilité est constamment évaluée et la Chine cherche à la saper par tous les moyens et dans tous les domaines. Toute difficulté rencontrée par les USA est une opportunité nouvelle : l’affaire Ukrainienne est à exploiter. Elle se situe dans un contexte Occident contre Russie à un moment où l’Occident ‘’recule’’ : échec du projet Afghan et départ chaotique, échec du projet Sahel et éjection de la France qui agissait comme supplétif – il n’y a là rien de fondamental, mais c’est révélateur aux yeux du monde : soit désintérêt (cas des USA), soit incapacité (cas du Mali), la sphère occidentale recule au profit des challengers (Chine, Russie, Islam). C’est un schéma similaire (comparaison n’est pas raison) à celui de la guerre du Péloponnèse : puissance établie contre puissance montante. À côté du conflit frontal entre la ligue de Délos et celle du Péloponnèse, il y avait un ‘’acteur caché’’ qui était la Perse. Cet acteur agissait par l’argent et par l’assistance matérielle, on sait aujourd’hui qu’elle a été son influence : la Grèce a été détruite, ce que la Perse n’avait jamais pu faire par les armes (Marathon / Salamine / la fameuse stèle des Thermopyles : « Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts pour obéir à ses lois »).

La Chine a tout à gagner

Pour la situation d’aujourd’hui, le jeu ‘’rentable’’ de la Chine serait d’inciter Poutine à attaquer l’Ukraine pour récupérer les territoires qu’il considère comme russes [ce qui a été fait ce 24 février 2022].
Elle a tout à gagner : elle est en état de surcompenser l’effet des sanctions économiques de l’Occident (économiquement la Russie c’est en gros la zone de Shanghai et pas plus), ce faisant, elle arrimerait la Russie et toute son étendue à la Chine, la neutralisant de facto. Qui plus est on embête sérieusement l’Occident, on mortifie l’Union Européenne, etc. et comme on est planqué, on peut tout nier.
Plus que Poutine, c’est Xi Jinping qui doit être à la manœuvre dans l’ombre. Il est un fidèle disciple de Sun Tsu, ce qui ne gâche rien. Par ailleurs, sur le plan de la politique interne, il doit réagir au Quad, cette nouvelle alliance stratégique du Pacifique autour des USA (2021 – la bande des 4 : USA, Japon, Australie, Inde) qui est certainement solide tant ses participants partagent un intérêt commun : contrer la Chine dans le Pacifique.
Nota : c’est le Quad qui nous a valu l’affaire des sous-marins : tous les armements du Quad doivent être ‘’compatibles’’ ce qui exclut une technologie non-américaine (les USA fournissent désormais à l’Inde tous les ingrédients de la compatibilité dite net-centric). L’Europe n’a rien à faire dans le Pacifique pensent tous ses riverains.

Le jeu réel est donc USA-Chine. L’Ukraine ne sera rien d’autre qu’un épisode du combat des poids-lourds pour la suprématie mondiale. L’historien Allison nous apprend que sur 16 cas d’enjeux similaires (puissance émergente contre puissance établie), 12 se sont terminés par un conflit majeur. Le conflit paroxysmique n’a jamais été voulu par aucune des parties, mais a finalement eu lieu. On note toutefois que l’enjeu nucléaire était absent ce qui change sérieusement le paysage. Nul n’a jamais prévu l’histoire et Nostradamus moins que tout autre.

Procope de Césarée* (6ᵉ siècle après J-C. est un rhéteur et historien byzantin dont l’œuvre est consacrée au règne de l’empereur Justinien). Il s’agit ici bien sûr d’un pseudonyme. Celui d’une personne très bien informée des enjeux technologique, politiques et géostratégiques de notre époque.
 

 

 

 

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