
Un seul homme en signant un seul texte a condamné la France à payer des intérêts pour toujours. Pas une guerre, pas une invasion, pas une catastrophe naturelle, une signature, celle d’un ancien directeur général de la banque Rothschild devenu président de la République. Son nom : Georges Pompidou. La date : le 3 Janvier 1973.
Ce jour-là, une loi est votée dans une quasi indifférence. Pas de débat télévisé, pas de manifestation, pas de une dans les journaux, pas de questions au gouvernement. Rien. Pourtant, cette loi va transformer la France en cliente perpétuelle des marchés financiers.
Après la Seconde Guerre mondiale, la France est en ruines. Les routes sont détruites, les ponts effondrés, les usines réduites en cendres. Des villes entières n’existent plus. Le pays est à genoux. Puis, en moins de vingt ans, ce pays va se reconstruire entièrement. Autoroutes, centrales nucléaires, TGV, hôpitaux, universités, le réseau ferroviaire le plus dense d’Europe, des aéroports, des barrages hydroélectriques, des logements sociaux par millions. Comment un pays ruiné finance-t-il la plus grande modernisation de son histoire ? On ne nous donne jamais la réponse. Ce qu’on nous a retiré, on ne nous a jamais dit que nous l’avions.
La Banque de France prêtait directement à l’Etat, sans intérêts, ou à des taux symboliques négociés entre le Trésor Public et la Banque centrale, dans l’intérêt du pays. Concrètement, quand la France avait besoin de construire un barrage, une ligne de chemin de fer, ou un hôpital, l’Etat demandait à sa propre banque centrale de créer la monnaie nécessaire. Pas de dette sur les marchés, pas de remboursement à un tiers, pas d’intérêts composés qui s’accumulent sur des décennies et qui finissent par dépasser le montant initial. C’était un circuit fermé. L’Etat empruntait à lui-même. La nation finançait la nation. L’argent créé circulait dans l’économie réelle : salaires, infrastructures, services publics, et ça fonctionnait. Les Trente Glorieuses, cette période mythique de croissance, d’emploi et de prospérité, cette époque où un ouvrier pouvait acheter une maison et nourrir sa famille avec un seul salaire, cette époque reposait en grande partie sur ce mécanisme.
Mais il y a un problème. Si l’Etat peut se financer seul, alors, à quoi servent les banques privées ? Si l’Etat n’a pas besoin d’emprunter sur les marchés, qui avait intérêt à changer les règles du jeu ?
Georges Pompidou n’est pas né dans la politique. Avant d’être premier ministre, avant d’être président, il était banquier, directeur général de la banque Rothschild de 1956 à 1958, l’une des maisons financières les plus puissantes d’Europe depuis deux siècles. Chez Rothschild, Pompidou a passé des années à comprendre comment fonctionne le crédit, la dette souveraine, et surtout comment on fait de l’argent avec l’argent des autres, comment la dette d’un Etat peut devenir revenu d’une banque. Quand De Gaulle le choisit comme premier ministre, le 14 Avril 1962, certains s’étonnent. Un banquier à Matignon, c’est inhabituel, presque suspect. Mais De Gaulle fait confiance à cet homme cultivé, discret, efficace. Un normalien, un agrégé de lettres, quelqu’un qui sait manier les mots autant que les chiffres. De Gaulle ne mesure pas que les réflexes d’un banquier ne disparaissent pas quand il entre en politique. Il se camoufle, il trouve d’autres canaux, d’autres mécanismes.
En 1969, De Gaulle quitte le pouvoir, après l’échec du référendum. Le 15 Juin 1969, Pompidou devient président. La Ve République place à sa tête un homme dont toute la carrière financière a été façonnée par la banque privée. Pompidou ne gouverne pas seul. Il nomme Valéry Giscard d’Estaing au ministère de l’Economie et des Finances. Un Inspecteur des finances, un homme du sérail financier. Giscard, lui aussi, entretient des liens étroits avec les milieux bancaires. Ensemble, ils vont fabriquer un projet de loi. Un projet qui, en apparence, modernise les statuts de la Banque de France.
Le 3 Janvier 1973, la loi numéro 73-7, dite « Rothschild-Pompidou-Giscard », est promulguée. Son titre officiel : réforme des statuts de la Banque de France. Un intitulé volontairement technique, volontairement ennuyeux. Le genre de titre qui fait fuir le journaliste, le citoyen. Dans l’article 25, une phrase change tout : « Le trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la Banque de France ». Traduit en langage simple, l’Etat français n’a plus le droit d’emprunter à sa propre banque centrale, la banque nationale. Conséquences. L’enrichissement des banques privées sur le dos de l’Etat, via nos impôts. Le transfert de la création monétaire à ces mêmes banques privées.
Le pays qui avait financé sa reconstruction, son réseau ferroviaire, son programme nucléaire, ses autoroutes, ses universités, ses hôpitaux, n’a plus le droit de se prêter de l’argent à lui-même. Désormais, pour chaque franc dont il a besoin, et plus tard pour chaque euro, l’Etat devra passer par les marchés financiers, c’est-à-dire emprunter auprès de banques privées, avec des intérêts. Des intérêts qui, années après années, décennies après décennies, vont s’accumuler.
En Janvier 1973, le débat a été quasi inexistant. L’Assemblée nationale a voté ce texte dans une indifférence polie. Le Sénat l’a approuvé sans résistance significative. La presse a couvert d’autres sujets. Une loi qui allait générer des milliers de milliards d’euros de dettes passa comme une lettre à la poste. Coïncidence ou corruption ?
En 1973, la dette publique française représentait environ 20% du PIB. Un chiffre maîtrisé, presque insignifiant. La France est un bon élève. 1983, dix ans plus tard, la dette a doublé. En 1990, elle dépasse les 30%. En 2000, elle franchit les 60%. En 2010, elle atteint 80%. En 2020, elle touche 115%. En 2026, la dette française dépasse les 3000 milliards d’euros.
Depuis 1973, la France a payé plus de 1500 milliards d’intérêts, non en remboursement de capital, non en investissements publics, uniquement en intérêts aux créanciers. Si l’Etat avait continué à emprunter à sa propre banque centrale, la dette actuelle serait radicalement différente, peut-être inexistante. Certains économistes estiment que sans ces intérêts, la France serait aujourd’hui quasiment sans dette.
Où sont allés ces 1500 milliards ? Dans les coffres de qui ? Dans les poches de quelles institutions ? La réponse n’est jamais prononcée à la télévision. Les marchés financiers, les banques privées, les fonds d’investissement, les mêmes institutions qui aujourd’hui notent la France, évaluent sa solvabilité, et fixent le taux auquel elle emprunte. Juge et partie. Créancier et évaluateur. L’Etat est devenu le client, et le client n’a pas le choix. Chaque année, le premier poste de dépense du budget français n’est ni l’éducation, ni la santé, ni la défense. C’est le remboursement de la dette, les intérêts versés au marché. Nous travaillons, nous payons des impôts. Une partie considérable de ces impôts ne finance aucun service public. Elle ne construit aucune école. Elle ne soigne personne. Elle finance la rente des créanciers de l’Etat. C’est un transfert permanent de richesse, du contribuable vers la finance privée, chaque jour, chaque seconde, et le mécanisme ne s’arrête jamais. Il ne peut pas s’arrêter parce qu’il a été conçu pour ça.
La loi de 1973 était une erreur, il suffirait de l’abroger. Mais l’histoire prend une dimension supérieure. En 1992, la France signe le traité de Maastricht. Ce traité crée l’Union économique et monétaire européenne. Il pose les bases de l’euro. Dans son article 104, devenu l’article 123 du traité de Lisbonne signé le 13 Décembre 2007, on retrouve exactement le même principe que la loi de 1973.
Interdiction pour les banques centrales de prêter directement aux Etats-membres, mot pour mot, comme si quelqu’un avait copié le modèle français et l’avait appliqué à toute l’Europe. Ce qui était une loi nationale française est devenu un traité international, gravé dans le marbre du droit européen, blindé juridiquement. La France ne peut plus revenir en arrière seule. Pour changer cette règle, il faudrait l’unanimité de tous les Etats membres, vingt-sept pays. Ce n’est plus une loi, c’est un verrou, un verrou continental.
Et qui a poussé pour que ce principe soit intégré dans les traités européens ? Les mêmes cercles, les mêmes réseaux financiers, les mêmes intérêts. Ce qui était un mécanisme national est devenu un système continental. Toute l’Europe est désormais obligée d’emprunter aux marchés privés. L’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce …
La crise grecque de 2010, un pays étranglé par sa dette, des hôpitaux fermés, des retraites coupées de moitié, des suicides en hausse, une jeunesse poussée à l’exil. Pourquoi ? La Grèce ne pouvait pas emprunter à sa propre banque centrale parce que le traité l’interdisait, parce que le verrou tenait bon. Le même mécanisme, la même logique, étendus à tout un continent. Pompidou n’a pas juste changé la France, il a posé le premier domino. Et tous les autres dominos sont tombés.
A ce stade, certains diront que tout cela est exagéré. La loi de 1973 est un mythe complotiste, elle n’a pas vraiment changé les choses, c’est plus compliqué. L’argument principal des défenseurs de cette loi est le suivant : avant 1973, la Banque de France prêtait déjà à l’Etat dans des conditions encadrées. Les avances étaient plafonnées. Le système n’était pas un chèque en blanc. C’est vrai. Techniquement, c’est vrai. Mais la manipulation du débat se situe précisément là. La question n’est pas de savoir si le système d’avant était parfait. La question est de savoir pourquoi on l’a supprimé, pourquoi on a remplacé un système imparfait mais souverain, par un système qui profite exclusivement aux marchés privés, et surtout AU PROFIT DE QUI ?
D’autres diront que l’interdiction de financement monétaire est une protection contre l’inflation. Si l’Etat pouvait créer de la monnaie à volonté, il en abuserait, les prix exploseraient, on deviendrait le Venezuela ou le Zimbabwe. Cet argument théorique mérite d’être entendu. Mais le système actuel a-t-il empêché l’inflation ? En 2022, l’inflation en France a dépassé les 6%, sans que l’Etat ait créé le moindre centime par sa banque centrale. L’inflation est venue quand même, par d’autres canaux, par les marchés, par la spéculation, par la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne elle-même. L’inflation existe malgré le système. Mais les intérêts de la dette existent grâce au système.
Autrement dit, on nous a vendu une assurance contre un risque théorique, tout en nous imposant un coût garanti, réel et mesurable. L’inflation est un épouvantail. La dette est une réalité quotidienne. Et cette réalité profite à ceux qui prêtent, pas à ceux qui empruntent. Jamais.
1969. Georges Pompidou, ancien directeur général de la banque Rothschild, devient président de la République française. 2017. Un jeune homme accède à la présidence de la France. Le plus jeune chef d’Etat depuis Napoléon. Avant d’entrer en politique, il était banquier d’affaires chez Rothschild. Emmanuel Macron. Coïncidence ? Peut-être. Mais le motif se répète. Et quand un motif se répète, ce n’est plus un hasard, c’est un schéma. Un homme formé par la banque privée accède au pouvoir de l’Etat. Et une fois au pouvoir, les intérêts de la finance privée ne sont jamais remis en question. Ils sont protégés, consolidés, étendus.
Sous Macron, la dette française est passée de 2200 milliards à plus de 3000 milliards d’euros. Les intérêts annuels dépassent désormais 50 milliards d’euros par an. Certaines projections parlent de 70 milliards d’ici peu. 50 milliards versés chaque année aux marchés financiers, sans contrepartie visible pour le citoyen. C’est plus que le budget de la justice, de la culture, et de l’écologie réunies. C’est davantage que ce que la France dépense pour sa recherche scientifique.
Et personne n’en parle. Personne ne pose la question fondamentale. Pourquoi la France paie-t-elle pour emprunter ce qu’elle pourrait théoriquement créer elle-même ? Poser cette question, c’est remettre en cause cinquante ans de politique économique. C’est questionner l’indépendance réelle des banques centrales. C’est interroger le lien organique entre pouvoir politique et pouvoir financier. Cela dans un espace public, contrôlé par les mêmes intérêts, c’est la question qu’on ne pose jamais.
Aujourd’hui, quand la France a besoin d’argent, voici comment ça fonctionne. Le Trésor Public émet des obligations, des titres de dette. Ces obligations sont achetées par des investisseurs, banques commerciales, fonds de pension, fonds souverains étrangers, compagnies d’assurances. La France emprunte à ces acteurs privés et leur verse des intérêts, chaque mois, chaque trimestre, chaque année, sans interruption, quoi qu’il arrive.
Quand les banques privées achètent ces obligations, elles ne prêtent pas leur propre argent, elles créent de la monnaie, par le mécanisme du crédit. Les banques privées font exactement ce qu’on a interdit à l’Etat de faire. Elles créent de la monnaie, et en plus, en tirent des intérêts.
L’Etat a perdu le droit de créer sa propre monnaie, mais les banques privées ont conservé ce pouvoir, et elles le facturent, grassement. C’est comme si on nous interdisait de puiser l’eau de notre propre puits, dans notre propre jardin, tout en nous obligeant à l’acheter à notre voisin, qui puise dans le même puits, avec la même eau. Et le voisin nous envoie la facture, chaque mois, pour toujours.
La dette française ne sera jamais remboursée. Pas parce que la France ne peut pas la rembourser, mais parce que le système n’est pas conçu pour qu’elle soit remboursée. Un Etat endetté est un Etat captif. Il dépend de ceux qui lui prêtent. Il obéit à leurs conditions. Il adapte ses politiques à leur satisfaction. Il coupe là où on lui demande couper. Il privatise ce que les prêteurs lui demandent de privatiser.
Quand une agence de notation dégrade la France, ce n’est pas un verdict neutre et objectif. C’est un signal envoyé par les marchés aux dirigeants. Restez dans le cadre. Ne changez rien. Continuez à payer, sinon vos taux d’emprunt augmentent et votre dette explose encore plus vite.
La dette n’est pas un problème pour ceux qui la détiennent. La dette est le produit. La dette est le business. La dette est le pouvoir. Et ce business a commencé le 3 Janvier 1973, avec une loi signée par un ancien banquier de chez Rothschild.
Depuis ce jour, chaque enfant qui naît en France arrive avec une part de dette qu’il n’a pas contractée, pour financer des intérêts qu’il ne comprendra jamais, intérêts versés à des institutions qu’il ne connaîtra pas et qui ne lui rendront jamais de compte. Quand il grandira, on lui dira que c’est normal, que l’économie fonctionne ainsi, que c’est la seule voie possible, qu’il n’y a pas d’alternative. On ne lui dira jamais qu’avant 1973, ça fonctionnait autrement. On ne lui dira jamais qu’un homme a changé les règles. Un homme qui venait de la banque. On ne lui dira jamais pourquoi.
La prochaine fois qu’un politique nous parle de réduire les dépenses publiques, de couper dans les retraites, de fermer des hôpitaux, demandons-nous une chose. Est-ce qu’on manque d’argent ou est-ce que l’argent a changé de direction il y a cinquante ans, et que personne n’a eu le courage de le rediriger ? Pourquoi cette question n’est-elle jamais posée à la télévision ?
Le mécanisme est toujours actif. Les intérêts courent toujours. La machine tourne. Ceux qui en profitent n’ont aucune intention de changer quoi que ce soit. La seule chose qui pourrait changer, c’est le nombre de personnes qui comprennent.
Retranscription écrite d’une vidéo.
Jean Saunier