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« La démocratie, c'est le gouvernement du peuple exerçant la souveraineté sans entrave »  Charles de Gaulle

LA FRANCE LIBÉRÉE 2025 - 2026

HISTOIRE - Vaudou belge ? Lumumba ressuscite pour punir un colonial de 93 ans

Patrice Lumumba, ça vous parle ? À l’époque où les médias n’étaient pas corsetés par les délits d’opinion, on l’appelait « le nègre rouge ». Avec le recul, aujourd’hui je dirais qu’il aurait pu avoir un grand destin s’il n’avait pas fait de mauvais choix à la fin de sa courte vie.

Catholique, éduqué, dynamique, charismatique, il est avec Joseph Kasavubu un des deux artisans de l’indépendance du Congo ex-belge dont il devient Premier ministre en 1960 à 35 ans

L’époque est trouble et les décolonisations ne se font pas partout en douceur. Mais, paradoxalement, alors que la violence est restée relativement contenue jusqu’à l’indépendance de la République du Congo, elle explose aussitôt après. Réveillant les vieux démons du tribalisme que Lumumba voulait raboter, en quête d’une introuvable unité nationale.

Jusqu’en 1958, Lumumba passe pour un homme réaliste qui n’exige pas une indépendance immédiate mais cherche plutôt une sorte de libre association avec les Belges, en vue d’un passage progressif à l’indépendance comme les Anglais en Inde. Mais ses concurrents dénoncent sa « trahison ». Du coup, il croit donner un gage de loyauté aux ultras en se laissant manipuler par les conseillers soviétiques, alors très actifs partout où ils pouvaient casser les anciennes puissances.

En 1958 à la conférence d’Accra au Ghana, il se lie aux leaders africains révolutionnaires et change de discours. Il revendique la liquidation du régime colonialiste et la fin de l’exploitation de l’homme par l’homme. Affirmant que l’indépendance ne peut être obtenue que par la lutte, pas par la négociation. Il vient de franchir le pas qui va le mener à sa perte. Et à la postérité. Puisqu’une université à Moscou porte son nom depuis 1961.

Les soviétiques sont les plus voyants et les plus remuants mais, dans l’ombre, la CIA tisse sa toile en Afrique, aidée par les services secrets belges et français

Après deux années d’émeutes en 1959-1960, avec des morts des deux côtés, et quelques séjours en prison où Lumumba dit avoir été tabassé, l’indépendance est proclamée le 30 juin 1960. À ce moment-là, il est un héros national que toutes les parties présentes aux tractations reconnaissent comme leur porte-parole.

Sitôt parvenu au pouvoir, Lumumba s’entoure d’une bande de rouges et invite les Noirs et les Marrons à se venger des Blancs et des Gris, en les dépouillant et en les expulsant. La valise ou le crocodile. Mais les Africains occidentalisés et enrichis par les mines et le commerce sont tout autant menacés. Dès lors, coupé d’une partie de son peuple, en plein délire bolchevique, il réalise trop tard son erreur quand le Katanga, province la plus riche de la République Démocratique du Congo (nouvelle appellation), fait sécession au mois de juillet.

Joseph Mobutu éphémère dictateur qui reviendra en 1965, proclame l’indépendance du Katanga. Les Belges qui ont laissé des troupes sur place pour protéger leurs ressortissants ne demandent qu’à aider. Et la France qui n’a pas encore trahi les Pieds-Noirs en Algérie va contribuer à un retour discret du néo-colonialisme, sous la houlette de l’incontournable Jacques Foccart, homme d’affaires retors et barbouze, bien en cour à Paris.

La grande pagaille va durer trois ans. Chaque camp emploie des mercenaires et commet des atrocités. Tout le monde est ami ou ennemi selon des circonstances et des intérêts variables. L’ONU qui n’a rien à faire dans cette pétaudière prend parti contre Mobutu puis Tshombé. Et ses sbires vêtus de bleu morflent salement. La France fournit discrètement trois Fouga Magister aux Katangais pour mitrailler les gouvernementaux et les onusiens.

La guerre sera entrecoupée d’épisodes grand-guignolesques comme ces cas de cannibalisme décrits parfois avec quelque exagération, là où les vieilles rivalités tribales furent portées à leur paroxysme. Mais quand des journaux horrifiés évoquent un couvent où les religieuses ont été consommées avant d’être mangées, ils ne parlent pas de pâtisseries.

Les deux victimes emblématiques de cette époque sont Lumumba qui a trop tiré sur la corde, et le secrétaire général de l’ONU à qui on a appris à se mêler de ses affaires

Mais si le dandy danois Dag Hammarskjöld disparu en septembre 1961 dans un crash aérien un peu aidé a été oublié, il n’en va pas de même de Lumumba fusillé avec ses acolytes en janvier, dans un contexte d’émeutes ethniques. Beaucoup d’historiens s’accordent pour dire qu’ils ont été torturés avant d’être découpés en morceaux et mangés. Des mercenaires belges ayant aidé à faire disparaître les reliefs du festin, cette histoire claque à la gueule de la Gelbique 65 ans après.

Le comte Étienne Davignon 93 ans vient d’être renvoyé en correctionnelle après le dépôt d’une plainte déposée par la famille de Patrice Lumumba. Étienne Davignon était un jeune diplomate de 29 ans en poste au Congo à l’époque. Il serait le dernier témoin vivant de la fin de Lumumba. D’ici à ce qu’on l’accuse d’en avoir bouffé un morceau lui aussi… Avec moutarde ou ketchup ?

La justice belge sait être aussi pittoresque que la justice française. Ainsi, des dents de Lumumba ayant été conservées comme trophées ou grigris par un gendarme, des juges ont ordonné que ces ratiches soient rendues à la famille. Le 20 juin 2022, le premier sinistre belge Alexandre de Croc (ça ne s’invente pas !) a restitué solennellement une dent retrouvée. La paix du monde a été sauvée de justesse.

C’est qui ce belgicain Davignon bien que né à Budapest ?

En 2019, Étienne Davignon a publié ses mémoires sous le titre « souvenirs de trois vies » Peut-être devra-t-il en ajouter une quatrième, narrant sa future existence de taulard, si les juges belges le condamnent pour avoir croqué un morceau de Lumumba.

En juin 2025, le parquet fédéral a décidé de rouvrir le premier chapitre de la vie d’Étienne Davignon en réclamant sa condamnation dans le cadre de l’assassinat de l’ancien Premier ministre congolais en 1961. Depuis 2011, une enquête pénale traînait aux motifs de crimes de guerre, détention et transfert illicite d’un prisonnier, privation du droit à une justice impartiale et application au détenu de traitements humiliants et dégradants. Influence anachronique de la CEDH.

En 1960, Davignon fonctionnaire stagiaire de 29 ans n’avait pas le dixième des pouvoirs qu’il a acquis par la suite, et aucune preuve n’a été apportée qu’il ait participé à l’exécution et au casse-croûte qui suivit. Mais qu’importe, il faut aujourd’hui un bouc émissaire pour éviter des émeutes allogènes au prétexte de la vengeance tardive.

Comme il est le dernier survivant des dix personnalités belges visées par la plainte, on veut le faire payer pour les autres. Sans preuves. Sans indices matériels. Sans témoignages étayés. Uniquement des supputations. Des présomptions fragiles érodées par le temps. Des constructions intellectuelles bancales. Mais il était là. Il n’a pas risqué sa peau pour sauver Lumumba. Ça devrait suffire à le faire condamner.

Et puis les juges n’aiment pas les hommes politiques qui réussissent trop bien. Ça leur donne des complexes et de l’urticaire. Après le Congo laid, Davignon a fait le beau dans les hautes sphères. Chef de cabinet de Paul-Henri Spaak, ministre des Affaires étrangères et secrétaire général de l’OTAN. Ses fonctions l’ont amené à intervenir dans des dossiers sensibles tels que la prise d’otage de Stanleyville en 1964.

En sautant sur l’aérodrome de Stanleyville (aujourd’hui Kisangani), les paras-commandos belges aidés de forces américaines vont sauver des tortures et du massacre déjà commencés un demi-millier de civils européens tombés au pouvoir des Simbas (lions) des criminels drogués motivés par les rapines et les viols plus que par l’idéologie progressiste.

Mais cette intervention rappelait la politique de la canonnière. De là à en déduire que le fait d’avoir organisé le sauvetage des otages est le principal grief qu’on reproche à Monsieur le Comte barbouze… Honteusement lâché par les autorités de son pays dans notre époque de décrépitude et d’abandon de toutes les valeurs, avec le reniement infâme des hommes qui les ont servies.

Christian Navis

Date de dernière mise à jour : 20/03/2026

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