
En visite dans un hôpital de l’Ariège ce lundi, le président Macron a traité de « mabouls » – « fou » en arabe – les Français – 70 % selon un récent sondage – qui souhaitent une politique plus ferme en direction de l’Algérie, et entre autres la révocation des accords de 1968. Le président s’est félicité de la présence de nombreux médecins étrangers, et en particulier algériens, dans le système de soins français.
Une déclaration pour le moins surprenante puisqu’elle traduit le déclassement de la France en matière de santé publique. Notre pays est incapable de former des médecins en nombre suffisant et doit faire appel à des médecins étrangers qui maîtrisent parfois mal notre langue et dont la formation échappe aux critères français. Ce n’est pas la première fois que Macron se met à plat ventre devant le pouvoir FLN, alors que le contentieux franco-algérien est déjà long comme un jour sans pain :
L’Algérie a condamné à la prison deux écrivains franco-algériens et détient encore dans ses geôles un journaliste français.
L’Algérie ne veut pas reprendre ses ressortissants dangereux.
L’Algérie est le seul pays au monde dont l’hymne national contient un couplet hostile à un pays étranger, en l’occurrence la France.
Les médias centraux algériens déversent quotidiennement des torrents d’insultes sur la France.
L’Algérie est incapable depuis 1962 de nourrir sa population qui s’est exilée en masse vers notre pays.
L’Algérie vit depuis son indépendance de la « rente mémorielle » à l’encontre de la France.
L’Algérie dont le Parlement a voté à l’unanimité une loi qualifiant la colonisation française de « crime d’État ».
Les caciques du pouvoir FLN viennent se faire soigner à Paris, à la charge de l’État français…
Retour vers l’année 2017
Le 13 février 2017, le candidat d’En Marche arrive à Alger pour une visite de deux jours. Il y est reçu avec les honneurs d’un chef d’État. Il sera également l’hôte du Forum des chefs d’entreprises, l’équivalent du Medef. Macron a vraisemblablement rencontré l’homme d’affaires interlope Alexandre Djouhri.
Alexandre Benalla, l’homme des basses œuvres de son maître – officiellement, il dirigeait les équipes de sécurité du candidat ; officieusement, il était l’homme à tout faire, et + si aff. – depuis quelque temps en retrait de la République, est également de la partie. On se rappellera que Benalla, par ailleurs proche d’Alexandre Djouhri, bénéficiera de l’indulgence présidentielle pour l’ensemble de ses « affaires ».
Macron y rencontre également les oligarques Issad Rebrab, Ali Haddad et les frères Kouninef, le top-gratin des grandes fortunes algériennes de l’époque. Le deal est simple : soutien financier au candidat Macron en paiement anticipé du soutien politique du futur président Macron au régime d’Alger. D’importantes sommes d’argent liquide de provenance indéterminée sont de fait apparues à partir de cette visite au cours de sa campagne.
De l’argent que Benalla est chargé de ventiler sous forme de cash non déclaré auprès de ses équipes
Le candidat se rend entre autres à Londres, à Beyrouth, au Qatar, dans le but de récolter des fonds pour sa campagne. Résultat : 5 millions de dons officiels seront collectés. Auxquels s’ajoute un prêt de 11 millions d’euros des banques. Prêt qu’il n’obtient que le 4 avril 2017 – le premier tour a lieu le 23 avril. La question que posent les journalistes de Off Investigation est de savoir comment la campagne a pu fonctionner avec « simplement » les 5 millions d’euros « officiels ». À titre de comparaison, pour l’élection de 2022, le plafond des dépenses applicable aux candidats présents au premier tour était fixé à 16 851 000 € et celui applicable aux candidats présents au second tour était fixé à 22 509 000 €.
La fiche Wikipédia de Djouhri, diserte sur les liens sulfureux de l’homme d’affaires franco-algérien avec Nicolas Sarkozy – c’est un homme clé de l’affaire lybienne –, est totalement muette sur ses liens avec Emmanuel Macron. Bien que recherché par la justice française, Djouhri sera invité officiellement à l’ambassade de France à Alger lors de la visite du président Macron en août 2022. Arrêté en Angleterre et extradé en France, Djouhri est très vite libéré par le pouvoir macronien qui le laisse gagner la Suisse.
Benalla et Djouhri détiennent-ils des secrets de la macronie ?
« Macron, c’est mon pote, je lui ai filé 18 millions d’euros » déclarera Djouhri. Un « don » occulte qui pourrait expliquer comment Macron a pu faire campagne sans argent officiel, ou presque, puisque le prêt des banques n’arrivera que peu de temps avant le premier tour.
Le patron, à l’époque, du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), le préfet Cyrille Maillet, proche de Claude Guéant, après une enquête ayant montré que de l’argent liquide avait effectivement circulé en quantité pendant la campagne d’Emmanuel Macron, décide opportunément de classer l’affaire.
Lors du bras de fer entre la rue algérienne et Abdelaziz Bouteflika, Macron prend le parti du régime FLN, malgré l’élection très contestée d’Abdelmajid Tebboune et la répression qui s’abat sur l’opposition. La seule fois où Macron a cru pouvoir s’affranchir de ses maîtres algériens, il s’est vertement fait rappeler à l’ordre par Ahmed Attaf, le ministre des Affaires étrangères qui le tance : « Il n’y a pas de cadeau à sens unique ». Une formule énigmatique que pourrait éclairer le soutien du régime lors de la campagne de 2017. Macron formulera des excuses envers le pouvoir algérien. Il ne cessera depuis de lui donner des gages de servilité.
Le documentaire Emmanuel Macron, un homme d’affaires à l’Élysée, diffusé par Off Investigation, met en lumière ces liens troubles, en s’appuyant sur des témoignages et des documents.
Pour les journalistes de Off Investigation, la classe politique française – hors FN/RN bien entendu – a toujours considéré l’Algérie comme une tirelire pour ses campagnes électorales. « Ça fait 50 ans que ça dure » :
nutile de dire que l’enquête de Mhamdi et Rivoire a été soigneusement invisibilisée par les médias mainstream.
Le journaliste Marc Endeweld dans son livre Le Grand Manipulateur, révèle que le futur président a également participé à un petit-déjeuner à l’hôtel El Aurassi avec des membres du Forum des chefs d’entreprises (FCE), l’équivalent algérien du Medef. Parmi eux, Ali Haddad, figure controversée du régime, aujourd’hui incarcéré, et Issad Rebrab, patron de Cevital, l’un des hommes les plus riches d’Algérie. Ces rencontres, peu médiatisées, auraient permis de sceller des accords informels, notamment financiers.
Plusieurs figures du régime Bouteflika, comme Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères, ont survécu à la chute du président et sont encore dans le réseau élyséen.
Des financements occultes : entre 7 et 18 millions d’euros…
Plusieurs médias évoquent des montants allant de 7 à 18 millions d’euros, versés par des oligarques algériens à la campagne de Macron. Les principaux bailleurs de fonds seraient la famille Kouninef et Ali Haddad, tous deux proches du clan Bouteflika.
Selon ces sources, les fonds auraient transité par des réseaux parisiens, impliquant des personnalités politiques françaises comme Jean-Louis et Élisabeth Guigou, ou encore Yasmina Benguigui. Des membres du Medef auraient également servi d’intermédiaires entre les oligarques algériens et l’entourage de Macron.
Marc Endeweld précise que ces rencontres discrètes visaient à sécuriser un soutien financier en échange d’une protection politique future. Une hypothèse renforcée par l’attitude de Macron durant le Hirak algérien en 2019, où il a maintenu un soutien discret au régime, malgré la mobilisation massive de la population contre Bouteflika.
Un soutien politique en échange de financements ?
La question centrale reste celle de la contrepartie. Pourquoi des oligarques algériens auraient-ils financé la campagne d’un candidat français ? Plusieurs éléments de réponse émergent :
Macron a constamment évité de critiquer ouvertement le pouvoir algérien, même lors des crises politiques majeures, comme le Hirak, un mouvement de protestation populaire massif qui a éclaté en Algérie à partir en février 2019. À l’origine, il s’agissait d’une mobilisation contre la candidature d’Abdelaziz Bouteflika à un cinquième mandat présidentiel, puis contre son maintien au pouvoir. Rapidement, les revendications se sont élargies pour exiger un changement profond du système politique, la fin de la corruption, et l’instauration d’une démocratie authentique.
La colonisation française de l’Algérie : un « crime contre l’humanité » selon Macron
En février 2017, le candidat Macron a qualifié la colonisation française de l’Algérie de « crime contre l’humanité » lors d’un entretien accordé à la chaîne algérienne Echorouk TV.
Voici ses propos exacts :
« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face en présentant nos excuses à l’égard de ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes. »
Cette déclaration, saluée par Alger, avait marqué les esprits et suscité de vives réactions en France.
Les démentis et les zones d’ombre
Face à ces accusations, l’Élysée et les proches de Macron ont toujours démenti toute forme de financement illégal. Alexandre Djouhri a également nié toute implication. Les témoignages et les recoupements de plusieurs journalistes et médias indépendants laissent planer un doute plus que persistant. L’hypothèse d’un financement algérien de la campagne de Macron en 2017 soulève des questions majeures sur la transparence du financement politique en France. Quand Macron perdra son immunité présidentielle en 2027, un certain nombre de dossiers devraient sortir des tiroirs : outre celui sur le financement réel de sa campagne de 2017, l’affaire « Brichel », ou encore des révélations sur la fortune du couple.
Henri Dubost