
Enfin une excellente nouvelle : le PS est en train d’exploser et cela va avoir de sacrées conséquences. Petit retour en arrière pour bien mesurer ce qui se joue en ce moment.
Le dernier congrès du PS a eu lieu du 13 au 15 juin 2025 à Nancy. Comme le précédent à Marseille, il a été très tendu. Il y avait 3 textes (courants) en compétition : le courant A (Olivier Faure), le courant B (Boris Vallaud) et le courant C (Nicolas Mayer-Rossignol). Le résultat du vote sur ces textes a été : Olivier Faure 42,22 %, Boris Vallaud 17,41 % et Nicolas Mayer-Rossignol 40,38 %. Donc aucun courant n’avait la majorité à lui seul. Il y avait 2 gros courants et un plus petit. C’est donc ce dernier qui allait être faiseur de roi. Et Boris Vallaud a choisi Olivier Faure qui est donc devenu le chef du PS (1er secrétaire) alors qu’il était minoritaire. Pour le dire simplement, Olivier Faure est totalement aligné sur la stratégie de Mélenchon. Pas de primaire à gauche, candidature unique de Mélenchon à la présidentielle et dans les législatives qui suivront 1 seul candidat de gauche dans chaque circonscription, renouvelant la stratégie du NFP appliquée en juillet 2024. Cette stratégie a un énorme avantage : elle permet grâce à une négociation entre appareils de partager la galette électorale. PS… tant d’élus, PCF… tant d’élus, LFI… tant d’élus et Verts… tant d’élus. Tout le monde sauve ainsi ses meubles, mais en étant cornaqué par la LFI de Mélenchon qui est le vrai patron. Le choix, si l’on ose dire, se résume à : choisir de passer sous les fourches caudines de Mélenchon et avoir des élus assurés, ou choisir l’indépendance et disparaître électoralement. Pour le PS par exemple, l’alliance était inespérée car souvenons-nous de sa candidate Anne Hidalgo qui a réalisé le score historique de 1,75 % à la présidentielle de 2022. Il est donc tout à fait raisonnable de penser que le PS allant seul aux législatives n’auraient eu aucun élu ou peut-être quelques-uns mais en aucun cas 60 comme le permettait l’accord Nouveau Front Populaire NFP. Le PS a bien eu ses 60 élus. Et pour 2027, c’est encore le même problème. Donc, même s’il fait quelques déclarations pas très aimables pour Mélenchon, Olivier Faure reste totalement attaché à cette stratégie d’union de la gauche, cornaquée par Mélenchon qui lui permet de conserver un groupe de députés conséquent.
De l’autre côté, Nicolas Mayer-Rossignol est opposé à cette stratégie prônée et pratiquée par Olivier Faure. Mayer-Rossignol souhaite la reconstruction d’un Grand Parti Socialiste (GPS) regroupant ceux qui sont dans le PS comme Carole Delga (présidente de la région Occitanie), Hélène Geoffroy (maire de Vaulx-en-Velin), le député Philippe Brun… etc. ou hors du PS comme Raphaël Glucksmann, Benoit Hamon, Bernard Cazeneuve… Il veut aussi reconstruire le PS en faisant revenir les adhérents qui ont fui depuis plusieurs années et arriver à un parti de 100 000 membres. Quant au candidat qu’il souhaite pour 2027, c’est bien sûr François Hollande qui est certainement celui qui tire les ficelles tout en étant camouflé dans la coulisse. Et entre ces deux personnages opposés, occupant donc une position d’arbitre, se trouve Boris Vallaud. Il se veut l’homme de la réconciliation et de la doctrine. Il fait des propositions politiques et privilégie la lutte contre l’extrême droite. Mais l’affaire et cette alliance assez bizarre Faure-Vallaud n’aura même pas duré un an. Boris Vallaud vient de claquer la porte de la direction nationale du PS. Sont donc partis 24 membres à lui dont 21 secrétaires nationaux. Quelle est la raison invoquée pour ce départ ? Olivier Faure, malgré de multiples tentatives de dialogue, s’est enfermé dans un exercice solitaire du pouvoir et notamment ne veut pas discuter de la stratégie à mettre en œuvre pour la présidentielle de 2027. Dans une lettre adressée à Olivier Faure, Boris Vallaud le dit sans détour : « Le plus souvent désormais tu décides seul ». Et pour cause, comme je l’ai indiqué, il veut que ce soit la politique d’unité de la gauche sous les ordre de Mélenchon qui soit celle du PS. Donc le clash était inévitable. Le résultat, c’est qu’Olivier Faure, de ce fait, est toujours 1er secrétaire, mais n’a plus de majorité pour mettre en œuvre sa politique. Et diriger quand on est minoritaire, c’est impossible. Ces tensions étalées au grand jour ont fait réagir. Sur LCI, Jean-Luc Mélenchon a ironisé : « Cela donne envie de rire et de pleurer, de voir le courant qui s’appelle Unir aggraver les divisions de son propre parti ».
La grande question est donc maintenant : que va-t-il se passer dans le PS et au sein de la gauche ?
Dans le PS, c’est assez simple à imaginer. Tout d’abord il faut comprendre que Boris Vallaud n’a pas fait cela tout seul. Il y a des gens derrière. Et bien ceux qui tirent les ficelles ont déjà prévu la suite qui sera sans doute la suivante. Boris Vallaud et Nicolas Mayer-Rossignol vont certainement officialiser leur alliance et trouver un moyen pour destituer ou pousser à la démission Olivier Faure. Puis ils vont mettre en ordre de marche le PS sur une ligne « reconstruisons le grand PS » en y intégrant des gens qui aujourd’hui sont à l’extérieur (Glucksmann, Hamon, Cazeneuve…) avec un vrai programme social-démocrate, un candidat présentable pour 2027 et la préparation des législatives en trouvant dans un maximum de circonscriptions le candidat ad hoc. Sans oublier une grande campagne d’adhésion avec comme objectif un parti de 100 000 adhérents. Dès lors qu’on comprend que c’est cela l’objectif, on ne peut qu’admettre que Boris Vallaud n’a fait qu’accomplir la 1re étape de cette stratégie en quittant la direction du PS. Au passage, le PS pourrait aussi exploser : une partie pourrait créer un parti socialiste bis qui ferait alliance avec LFI. Tandis que l’autre, le PS actuel, s’engagerait ouvertement dans la voie que j’ai indiquée. Le PS actuel pourrait également changer de dirigeants et Olivier Faure rester à l’intérieur et se battre pour que le PS retrouve une politique pro-alliance avec LFI. Mais je ne crois guère à cette dernière possibilité. Je pense la rupture plus crédible.
Quant au reste de la gauche, que va-t-elle faire ? Pour les Verts c’est très simple, Marine Tondelier l’a dit. Elle reste fidèle à la stratégie d’alliance avec LFI. Avec le PCF rien n’est très clair à ce jour. Certes son secrétaire général, Fabien Roussel, s’est fait exfiltrer le 1er mai il y a deux ans pour échapper à la raclée que des militants LFI voulaient lui infliger. Certes, récemment, Sophia Chikirou, la compagne de Mélenchon, a traité Fabien Roussel de Doriot, ce qui veut dire de fasciste, mais malgré tout, c’est grâce à son alliance avec LFI que ce parti a encore des députés. Et pour lui, rejoindre le camp des socio-démocrates en reconstruction ce serait un peu lâcher la proie pour l’ombre, car rien ne lui garantit qu’il aurait des élus en partant avec eux.
Reste que ce coup de théâtre dans le PS risque d’avoir une conséquence qui était incroyable il y a encore quelques jours : la non-élection de Mélenchon à la présidentielle de 2027. Et même sans doute sa non-qualification au 2e tour. Car les derniers sondages sont assez clairs en matière de tendance. Mélenchon est à 12 %, les Verts à 4 % ainsi que le PCF 4 % et Glucksmann (PS + Place Publique) sont à 11 %. Il est donc très probable que Mélenchon ne soit pas au 2e tour ou, s’il y arrive, avec un tel retard que son élection serait impossible. Par contre, si le PS (avec le PP ?) présente un candidat et que Mélenchon mord la poussière à cause de cela, il y aura du sang sur les murs, surtout si c’est Hollande qui est le candidat. Pourquoi ? Parce qu’il existe de la part de Mélenchon une haine envers Hollande qui ne s’éteindra jamais. Cela dure depuis le congrès de Brest en 1997. À ce congrès, dixit Mélenchon, il y avait un accord secret avec Hollande pour qu’à l’issue des élections il obtienne 15 % (ce qui permet de voir à quel point les élections dans le PS sont honnêtes et sans bourrage d’urnes). Mais à la proclamation des résultats, Mélenchon n’a eu que 10,21 % des voix, tromperie qu’il ne pardonnera jamais à Hollande. Alors si en 2027, dernière chance pour Mélenchon d’être élu, c’est à nouveau Hollande qui est responsable de son échec, ça risque d’être du brutal, c’est sûr. Et quelle pourrait prendre la forme de la vengeance de Mélenchon ?
C’est tout simple. Partout où le PS de Hollande présentera un candidat, l’alliance des partis autour de LFI présentera un candidat pour faire perdre celui de Hollande. Ce faisant, cela risque de se transformer en un véritable jeu de massacre pour la gauche. Et en un superbe boulevard pour le RN qui pourrait sans beaucoup de difficulté gagner à lui seul la majorité de l’Assemblée nationale puisque la politique du cordon sanitaire ne pourrait plus s’appliquer. Souvenons-nous à ce sujet que dans de très nombreuses circonscriptions le candidat RN n’avait été battu que pour 1 ou 2 % des suffrages. Donc une chambre bleu horizon, comme en 1968, n’est nullement utopiste.
Ce qui est en train de se passer dans le PS risque donc d’avoir des conséquences incroyables qui pourraient bouleverser le paysage politique en France pour de longues années.
J’avoue que cette perspective me remplit d’aise et d’espoir.
Bernard GERMAIN