LA FRANCE LIBÉRÉE

NATION - La justice est soumise au wokisme

Bastia : une banderole « Wokisme basta » accrochée sur les grilles de la  mairie

Le relativisme supprime toute valeur absolue, affecte les choses, les pensées, les gestes et les actes en amincissant la distance entre eux, efface les différences les plus criantes. Tout se vaut, tout est indifférencié, les hommes comme les choses, le positif comme le négatif, la vertu comme le crime… Les hommes sont égaux en dignité, la pire crapule et l’honnête homme se valent dans l’absolu.

Selon Jean-Jacques Rousseau, le criminel n’est pas criminel, c’est la société qui le rend criminel. C’est là toute la base anthropologique du marxisme et du wokisme. Pour le marxisme, le système de la propriété et les propriétaires accapareurs poussent au crime. Pour le wokisme, l’homme blanc mâle, vampire et raciste systémique est responsable de tous les maux.

Le mal, les mauvaises actions ont commencé par ne plus être des péchés, ni des fautes, pour devenir des erreurs. L’évolution du vocabulaire indique les mutations en cours.

Un individu massacre femme et enfants, se précipite au poste de police, et s’exclame : « J’ai fait une grosse bêtise ». La relativisation de l’acte coïncide avec la frivolité du discours et l’infantilisation des acteurs sociaux : on est enfant ou jeune jusqu’au seuil de l’âge mûr, on est toujours une jeune fille après dix ans de prostitution, les mères de trafiquants de drogue sont des mamans éplorées… On patauge dans une mare géante d’irresponsabilité et d’édulcoration des pires actes et comportements.

Pour les progressistes, l’irresponsable est un personnage libre. Il exerce cette liberté ontologique en nuisant à autrui parce que des forces malignes l’y ont poussé malgré lui.

Il n’y a donc plus ni bien, ni mal. Le beau et le laid se confondent. Chacun apprécie les choses à sa manière, chacun considère les choses en fonction de ses intérêts propres. La post-vérité établit la relativité générale du jugement factuel. Tout dépend du point de vue, de l’angle sous lequel on observe un phénomène. Deux regards, deux visions, deux vérités.

Alors, il est loisible de faire pencher la balance du jugement, et la balance de la justice, d’un côté plus que de l’autre. Le coupable est assez souvent désigné comme la seule victime, et perpétuellement présumé innocent, au-delà des apparences et du jugement vulgaire.

Le seul et authentique coupable est celui qui dénonce crimes et délits selon des critères biaisés, ignorant les déterminants de classe, de race ou de sexe, enfermé dans une perception réactionnaire et passéiste.

Les tribunaux républicains nous administrent tous les jours la preuve de la présence d’une telle opposition entre deux mondes, deux lectures antagonistes des réalités sociologiques, d’une part un conformisme taxé d’archaïsme, d’autre part la conscience de l’Éveillé qui a compris et jauge les discriminations, le racisme et le sexisme systémiques.

Haro sur le patriarcat blanc. Normalité et pathologie sont inversés. Ce qui était désigné comme crime et déviance est loué, encensé, inscrit au panthéon des valeurs suprêmes. Ainsi l’avortement, l’euthanasie, les diverses et multiples formes de la débauche sexuelle et des perversions sexuelles.

La justice wokiste s’intéresse aux individus et à eux seuls. En particulier aux individus isolés, racisés, banlieusards, non binaires. Il faut défendre ces individus contre la société par nature majoritaire, même au prix d’une partialité compensatrice. L’appareil judiciaire s’est transformé en institution d’appréciation subjectiviste. Pour elle, l’individu délinquant ou perturbateur social est devenu le centre premier de l’attention des juges et l’objet de leur indulgence plénière.

Cette individuation de la sanction pénale s’inscrit dans la posture des discriminations positives, auparavant appelées inégalités compensatrices, et qui visent de plus en plus le rendu de la Justice.

En 1968, le manifeste d’Oswald Baudot à l’attention de jeunes juges, texte fondateur du Syndicat de la magistrature, est révélateur : « Si la répression était efficace, il y a longtemps qu’elle aurait réussi. Si elle est inutile, comme je le crois, n’entreprenez pas de faire carrière en vous payant la tête des autres. Ne comptez pas la prison par années ni par mois, mais par minutes et par secondes, tout comme si vous deviez la subir vous-mêmes… Soyez partiaux… Examinez toujours où sont le fort et le faible qui ne se confondent pas nécessairement avec le délinquant et sa victime. Ayez un préjugé favorable pour la femme contre le mari, pour l’enfant contre le père, pour le débiteur contre le créancier, pour l’ouvrier contre le patron, pour l’écrasé contre la compagnie d’assurances de l’écraseur, pour le malade contre la sécurité sociale, pour le voleur contre la police, pour le plaideur contre la justice ».

C’est un virulent plaidoyer contre l’incarcération des criminels et délinquants.

Jusqu’aux années 1970, les Français ouvriers et paysans fermaient la porte de leur maison et laissaient la clé sur le chambranle, l’encadrement d’une fenêtre, ou sous le paillasson. Les détrousseurs, les crapules, les racailles, ne pouvaient se retrancher derrière les droits de l’homme pour s’assurer l’impunité. Les vols et agressions étaient très rares. Beaucoup laissaient la clé de leur voiture sur le tableau de bord. Et la voiture restait à sa place. La prison était alors bien utile.

Puis vint 1968. La harangue d’Oswald Baudot (1926-1994), bible de la gauche judiciaire. 1981 : l’abolition de la peine de mort par Robert Badinter (1928-2024). 1982 : fermeture des quartiers de haute sécurité ou quartiers de sécurité renforcée par l’humaniste Robert Badinter. 1985 : lors du congrès du Syndicat de la magistrature, le vote d’une motion énonçant : « Le Syndicat de la magistrature affirme la nécessité de la suppression à terme de la prison ».

Louis-Charles Jourdan, rédacteur au Siècle (1810-1881), a affirmé : « Ouvrir une école aujourd’hui, c’est fermer une prison dans vingt ans ». Citation faussement attribuée à Victor Hugo. Un siècle et demi de socialisme plus ou moins radical ont sévèrement démenti cette conciliation, cette concorde désormais maculée de radicalisme, d’inconsciente haine de soi, et d’une bonne dose de phallocratie, d’aversion pour le sexe masculin. Les utopies sont toujours meurtrières, notamment celles des magistrats français, adhérents idéologisés au Syndicat rouge, gauchiste et wokiste de la magistrature.

Aux yeux des amis du genre humain, la prison est contreproductive. Dans son essai « Surveiller et punir », Michel Foucault, l’un des grands inspirateurs du wokisme (1926-1984), avait conclu que le rôle de la prison était de fournir à la classe dominante un moyen de neutraliser les luttes sociales. La prison, école ou terrain de la délinquance, en tant qu’instrument de l’oppression bourgeoise.

Le raisonnement sera étendu. L’école sera regardée comme une prison et un bagne destiné à étouffer la riche spontanéité puérile et adolescente. Entre 1966 et 1978, la Chine populaire de la révolution culturelle faisait donner par les élèves des leçons magistrales aux enseignants. Les professeurs étaient exhibés en public, vilipendés, pancarte accusatrice au cou pour faire leur autocritique. En quelques années, elle a su changer de cap et restaurer la formation d’élites de haut niveau. L’exact contraire de la voie suivie en Occident.

En 2020, alors que l’épidémie de grippe covidique jetait la panique partout, Madame Nicole Belloubet, garde des Sceaux, faisait passer un texte prohibant l’exécution des peines de moins de six mois et incitant à surseoir aux peines inférieures à une année. En outre, la ministre profitait de l’occasion pour vider les établissements carcéraux, en faisant libérer quelque 13 000 détenus, pour raisons fallacieusement sanitaires. L’utopie de la doctrine contre-punitive est bien installée au centre de nos institutions.

La magistrature, en principe garante de l’ordre public et de l’application des lois, s’est arrogée de facto un droit et une fonction correctrice de la société, suivant une dogmatique à prétention supra-morale et à caractère philosophico-scientifique. Ceci au moyen d’un appareil théorique fourni par de fortes cautions intellectuelles comme celle de Michel Foucault. Ce qui a conduit à l’établissement d’un envahissant pouvoir des juges, du haut en bas des hiérarchies, de la place Vendôme au Conseil constitutionnel, via le Conseil d’État, la Cour de cassation et la multiplicité des chambres de justice.

Oswald Baudot, prophète de l’autodestruction de l’État et de la société, présentait un programme d’une formidable actualité : « Dans vos fonctions, ne faites pas un cas exagéré de la loi et méprisez généralement les coutumes, les circulaires, les décrets et la jurisprudence. Il vous appartient d’être plus sages que la Cour de cassation, si l’occasion s’en présente… Consultez le bon sens, l’équité, l’amour du prochain plutôt que l’autorité ou la tradition. La loi s’interprète. Elle dira ce que vous voulez qu’elle dise. Sans changer un iota, on peut, avec les plus solides attendus du monde, donner raison à l’un ou à l’autre, acquitter condamner au maximum de la peine. Par conséquent, que la loi ne vous serve pas d’alibi. D’ailleurs, vous constaterez qu’au rebours des principes qu’elle affiche, la justice applique extensiblement les lois répressives et restrictivement les lois libérales. Agissez tout au contraire ».

6 Mai 2026. Le projet de loi porté par Laurent Nunez sur le « séparatisme » pourrait conduire au gel des avoirs de personnes et organisations opposées à l’immigration et l’islamisme. Le Sénat adopte la loi par 208 voix contre 124.

Art L. 562-2-3. « Le ministre chargé de l’Économie et le ministre de l’Intérieur peuvent décider, conjointement, pour une durée de six mois renouvelable, le gel des fonds et des ressources économiques : … Qui appartiennent à ou sont possédés, détenus ou contrôlés par des personnes physiques ou morales ou tout autre entité qui, soit provoquent ou contribuent par leurs agissements à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine, de leur sexe, de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence et qui présentent une menace d’une particulière gravité pour la sécurité et l’ordre public en raison de leur rôle dans ces actions, de leur caractère répété et de leur ampleur ».

Le ministère des Finances et le ministère de l’Intérieur pourraient confisquer les fonds, les revenus des personnes physiques ou morales qui auraient commis de l’incitation à la haine. Incitation à la haine, un principe truqué qui permet de condamner tout et n’importe quoi.

Je peux perdre le droit à la propriété, le droit à la liberté d’expression sur le caprice du prince, c’est-à-dire le régime. Cela met au niveau national, ce qui existait déjà au niveau européen. Le régime se radicalise. Quelle sera la réaction du Conseil constitutionnel devant ce déni de démocratie ? Ou plutôt l’absence de réaction. Quel parti en lice pour les présidentielles va oser se prononcer contre cette mesure ? Mesure vendue contre les séparatistes et contre les islamistes. En fait, la boîte de Pandore. La République française n’est pas un État de droit, n’est pas une démocratie. C’est une dictature, c’est une tyrannie, c’est un système totalitaire.

Pas de tribunal. Pas de juge. Pas de procès. Pas de condamnation. Une simple décision administrative pourra priver de ses moyens de subsistance quiconque aura tenu des propos discriminants et déplaisants. La teneur de cette discrimination et de ce déplaisir étant laissée à l’appréciation du pouvoir. Et nul doute que la cible s’étendra et se généralisera à toutes les paroles. L’expression sera complètement cadenassée, verrouillée. Désormais la dépossession fait office de camp de concentration, de goulag.

Dans de multiples cas précis déjà, contestation des dogmes climatiques, genristes, immigrationnistes, islamistes, « la justice applique extensiblement les lois répressives et restrictivement les lois libérales », sans compression et sans limitation. Et les magistrats, les juges, agissent avec la plus grande sévérité.

L’« Agissez tout au contraire » d’Oswald Baudot est bon seulement pour les racailles. La justice soumise au wokisme nie la réalité et la bienséance. Le deux poids deux mesures apparaît dans toute sa partialité, sa disparité, et son iniquité. C’est le propre de tout régime totalitaire.

Jean Saunier

Date de dernière mise à jour : 11/05/2026

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