LA FRANCE LIBÉRÉE

POLITIQUE - Macron, chronique d’un déclin

Neuf ans plus tard, le constat est brutal. Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, venu d’un peu nulle part, installé par une espèce d’État profond plus que porté par une volonté populaire, Emmanuel Macron promettait de transformer la France en start-up nation, de moderniser l’économie, de dépasser le vieux clivage gauche-droite et de redonner au pays sa puissance et sa confiance. Le discours séduisait une partie des élites économiques, médiatiques et européennes. Le jeune Président apparaissait comme le symbole d’une France nouvelle, dynamique, tournée vers l’innovation et la mondialisation heureuse. Beaucoup voulaient croire à cette promesse. Aujourd’hui, à moins d’un an de son départ, le rêve s’est dissipé depuis longtemps, dès les prémices pour être clair. Et derrière la communication permanente apparaît un bilan catastrophique.

Sur le plan économique, d’abord, la situation est alarmante. La dette publique a explosé pour atteindre des niveaux historiques. Les déficits se creusent année après année malgré une pression fiscale déjà parmi les plus lourdes du monde développé. La désindustrialisation continue. Des pans entiers de l’industrie française ont disparu ou ont été vendus à des intérêts étrangers. Le pouvoir d’achat s’effondre sous le poids de l’inflation, des taxes et de la hausse des prix de l’énergie. Les classes moyennes, autrefois pilier de la stabilité française, se sentent désormais étranglées. Les petits commerces ferment, les agriculteurs sombrent dans le désespoir, les artisans peinent à survivre. Pendant ce temps, l’État dépense toujours davantage sans parvenir à redresser les services publics.

Car la crise touche également les fonctions essentielles de l’État. L’hôpital public est à bout de souffle. Les urgences ferment faute de personnel. Les déserts médicaux s’étendent. L’école française, autrefois réputée, recule dans tous les classements internationaux. Le niveau scolaire baisse, l’autorité des enseignants s’effondre et la violence gagne les établissements. La justice est débordée, lente, incapable de faire exécuter de nombreuses peines. Quant à la police, elle doit gérer une explosion de l’insécurité avec des moyens souvent insuffisants.

La question migratoire constitue d’ailleurs l’un des symboles les plus frappants de l’impuissance politique actuelle. Malgré les discours fermes régulièrement prononcés, l’immigration massive continue à un rythme soutenu. Les capacités d’intégration du pays semblent dépassées. Dans de nombreux quartiers, le communautarisme progresse, les tensions identitaires s’aggravent et le sentiment d’insécurité culturelle grandit. Des villes entières changent de visage à une vitesse qui inquiète une partie croissante de la population. L’État paraît incapable de contrôler efficacement ses frontières ou d’expulser les étrangers en situation irrégulière. Cette situation nourrit un profond malaise national. Politiquement, le macronisme laisse également derrière lui un pays profondément fracturé.

Le Président qui prétendait réconcilier les Français aura souvent donné l’impression de les opposer davantage. La crise des Gilets jaunes a marqué un tournant majeur : elle a révélé la colère d’une France périphérique qui se sent abandonnée, méprisée par les élites parisiennes et exclue des bénéfices supposés de la mondialisation. Depuis lors, la défiance envers les institutions n’a cessé de grandir. Les recours répétés au 49-3, les décisions verticales et la concentration du pouvoir à l’Élysée ont renforcé l’impression d’une démocratie de plus en plus autoritaire et éloignée du peuple et privée du recours référendaire.

Sur le plan diplomatique enfin, la France semble avoir perdu une grande partie de son influence. L’image d’un pays capable de peser sur les grands équilibres mondiaux s’est affaiblie. En Afrique, plusieurs pays historiquement proches de Paris ont tourné le dos à la France. Les coups d’État au Sahel et le départ forcé des troupes françaises ont symbolisé un recul géopolitique majeur. En Europe, Emmanuel Macron a multiplié les grands discours sur la souveraineté européenne oubliant par là même l’indépendance de la France,  sans parvenir réellement à imposer sa vision. Face aux États-Unis, à la Chine ou à la Russie, la voix française paraît souvent marginalisée.

À cela s’ajoute une crise morale et psychologique plus profonde encore. Beaucoup de Français sont convaincus de vivre dans un pays qui décline, où l’avenir semble plus menaçant que prometteur. La confiance collective s’érode. Le pessimisme devient presque une identité nationale. Les fractures sociales, territoriales, culturelles et générationnelles s’accumulent. Une partie du peuple ne croit plus aux promesses politiques ni à la capacité de l’État à protéger la nation.

La France est-elle encore sauvable ? La question, autrefois impensable, revient désormais dans de nombreux débats. Pourtant, l’histoire française montre aussi une étonnante capacité de résilience. Le pays dispose encore d’atouts immenses : une démographie relativement dynamique, des infrastructures solides, des talents, une culture puissante, une agriculture de premier plan, une capacité d’innovation réelle et un patrimoine exceptionnel. Mais pour éviter l’effondrement, il faudrait sans doute une rupture profonde : rétablir l’autorité de l’État, redresser les finances publiques, reconstruire l’école, réindustrialiser le pays, maîtriser les flux migratoires et surtout redonner aux Français confiance dans leur avenir collectif réel en reprenant les commandes, c’est-à-dire en quittant ce supra collectif mortifère qu’est l’Union européenne.

Le macronisme devait être une renaissance. Pour beaucoup, il restera surtout comme l’illustration d’une immense dégringolade.

Jean-Jacques Fifre

Date de dernière mise à jour : 09/05/2026

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