LA FRANCE LIBÉRÉE

Big Pharma, vent debout contre la loi sur l’aide à mourir

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« Ne tuez pas nos poules aux œufs d’or ! » C’est en substance le cri que vient de lancer l’industrie pharmaceutique française aux parlementaires au sujet du projet de loi sur la fin de vie.

En première lecture (27 mai 2025) 305 députés ont voté ce projet de loi, 199 l’ont rejeté et il y eut 57 abstentions. Lors de la deuxième lecture (25 février 2026), on dénombre 299 pour, 226 contre, et 37 abstentions.

Pour le Sénat, en première lecture (28 janvier 2026) : 122 pour, 181 contre, 38 abstentions, 7 non-votants.

Le texte est actuellement en seconde lecture au Sénat. Il reviendra devant l’Assemblée courant avril en troisième lecture. L’Assemblée qui aura le dernier mot.

Le texte actuel dispose encore d’une confortable majorité à l’Assemblée, et il est peu probable que les députés l’alignent en troisième lecture sur le texte « redescendu » du Sénat, lequel rejetait l’aide active à mourir. La partie semble donc perdue pour Big Pharma.

L’industrie pharmaceutique, représentée notamment par le Leem (Les entreprises du médicament), s’oppose au projet de loi sur la fin de vie principalement pour des raisons économiques et juridiques. Le secteur dénonce « des conditions économiques et juridiques de plus en plus instables et contraignantes », qui fragilisent selon lui la dynamique de l’emploi et l’innovation dans le domaine médical. Le Leem critique notamment les effets cumulés de plusieurs années de régulation qu’il qualifie de « punitive et désincitative » pour le secteur, et s’inquiète des conséquences que pourrait avoir ce projet de loi sur la compétitivité et l’attractivité de la France pour les laboratoires pharmaceutiques.

L’industrie pharmaceutique utilise comme levier de pression la menace de quitter le marché français ou de réduire ses investissements, notamment lors des débats sur la transparence des prix des médicaments ou sur des réformes comme l’aide à mourir perçues comme défavorables à ses intérêts économiques.

Les personnes âgées sont de très gros consommateurs de médicaments, de soins médicaux et de cliniques. Pour Big Pharma, ils sont de véritables poules aux d’or qu’il s’agit de maintenir en vie le plus longtemps possible, dans n’importe quelles conditions. Pour les labos, la nouvelle loi sur la fin de vie serait mal venue.

Les dépenses de santé augmentent fortement avec l’âge. Selon les données les plus récentes, la dépense annuelle moyenne de santé est de 1 807 euros pour un Français de 17 à 59 ans, mais elle atteint 4 195 euros pour une personne de 60 à 74 ans, 6 448 euros pour les 75-84 ans, et 8 360 euros pour les plus de 85 ans. Ainsi, les personnes de 65 ans et plus concentrent environ 50 % de l’ensemble des dépenses de santé en France, alors qu’elles ne représentent qu’environ 20 % de la population.

Le secteur pharmaceutique français, déjà fortement préoccupé par la fiscalité punitive (PLFSS 2026), la baisse des prix des médicaments, et la compétitivité face aux États-Unis, qui freinent l’investissement et l’innovation, voit d’un très mauvais œil l’adoption du projet de loi sur l’aide à mourir, qui va arithmétiquement la priver d’un important débouché.

Henri Dubost

Date de dernière mise à jour : 09/03/2026

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