LA FRANCE LIBÉRÉE

TÉMOIGNAGE - Je reviens de Russie, ébloui !

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Franchement, je ne m’attendais pas à voir ce que j’ai vu ! Pourquoi ? Mais évidemment parce que les médias dans notre cher pays s’évertuent à nous faire croire que la Russie est un pays en mauvaise posture où tout n’est pensé que pour la guerre et où les gens bien sûr sont malheureux parce qu’ils vivent sous une dictature implacable. J’étais donc, malgré cependant des soupçons, admirablement conditionné, comme le sont les millions de personnes qui constituent mes concitoyens.

Passé Ivangorod à la frontière, côté russe, et après avoir parcouru 150 kilomètres sur une route bien asphaltée comme le sont les routes nationales en France (si, si, je vous l’assure !) puis avoir traversé la mer elle-même à l’extrémité orientale du golfe de Finlande à partir de la ville de Lomonosov, sur une autoroute à 4 voies de 50 kilomètres coupée de structures majeures conçues pour laisser passer les gros navires de commerce, les paquebots et les brise-glace, je suis arrivé au nord de Saint-Pétersbourg à Pargolovo. Et le lendemain, pour découvrir cette merveille qu’est la seconde ville de Russie, j’ai emprunté la ceinture périphérique à 6 voies (plutôt souvent 8 voies), la fameuse KAD. Et là, croyez-moi, je ne voudrais pas être dithyrambique à la folie, mais je suis tombé à la renverse ! Parsemés dans des immensités de champs et formant des blocs compacts, ont surgi lors de ces dernières années et surgissent encore comme en témoignent les nombreuses grues en activité, de gigantesques complexes résidentiels constitués de centaines d’immeubles de 20 à 25 étages. Il y en a d’ailleurs des multitudes autour de Saint-Pétersbourg. Les agglomérations qui m’ont le plus époustouflé sont Mourino et Koudrovo. Au centre de Mourino, sur une longueur d’environ 3 kilomètres, une suite incalculable d’immeubles se font face dans une perspective altière comme prêts à se combattre ; et derrière chaque rangée s’additionnent des centaines d’autres immeubles. Ces villes périphériques sont essentiellement des cités dortoirs reliées à Saint-Pétersbourg par des lignes de métro, la station Deviatkino desservant ainsi Mourino. En fait, le surgissement récent de ces agglomérations est la preuve incontestable du boom économique que vit la Russie, boom qui, il est vrai pour l’instant, ne satisfait que les métropoles. Mais il faut savoir que la surface de la Russie, c’est 31 fois celle de la France et donc, on comprendra aisément qu’il faut un peu de temps pour qu’il atteigne les petites villes et villages car bien sûr un boom économique part toujours de grands complexes installés dans les villes.

Alors soudain me reviennent en mémoire les deux phrases lumineuses de notre génie spécialiste de macro-économie, notre irremplaçable Bruno Le Maire, phrases prononcées le 1er mars 2022 : « Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ». Et : « Nous allons livrer une guerre économique et financière totale à la Russie ». C’est à travers ce type de déclarations présomptueuses qu’il est alors permis de mesurer la nullité des gens qui nous gouvernent, non seulement sur le plan économique mais également sur le plan culturel. Sur le plan culturel parce que c’était méconnaître de la part de cette personne élevé au rang de ministre par des magouilles propres à la nature néfaste du régime qui définit notre vie de citoyen, la possibilité franchement extraordinaire de la Russie à rebondir lorsqu’elle est touchée par une crise sans précédent ! Il suffisait tout simplement de se souvenir du sursaut vite arrivé dans les semaines ayant suivi l’invasion de la barbarie nazie. C’est cette carence mais aussi donc cette imbécillité sans nom partagées par l’Europe entière qui a abouti à cette réalité que c’est le punisseur qui a été puni !!!

Les capitaux russes qui s’étaient éparpillés en Europe de l’Ouest et aux États-Unis se sont par nécessité rapatriés et ont participé à une redynamisation de l’économie nationale à travers un effort de substitution aux importations occidentales. Une véritable politique de consommation à grande échelle est apparue :  on trouve désormais du brie et du camembert au lait cru produits en Russie ! L’État russe de son côté a pris à bras-le-corps l’économie du pays qu’il a ainsi stimulée en injectant d’importantes dépenses dans le secteur de la défense. Il a orchestré le contournement des embargos européens sur le pétrole et le gaz en redirigeant massivement ses flux énergétiques vers des marchés alternatifs et fixant des plafonds de prix aux restrictions sur les machines-outils et les technologies européennes. Il a financé des programmes de productions locales et utilisé des routes commerciales via des pays tiers pour maintenir son approvisionnement. Enfin, pour juguler l’inflation et stabiliser le rouble, la Banque centrale russe maintient des taux d’intérêt directs très élevés. Pompon de la bêtise du punisseur plus particulièrement à Saint-Pétersbourg : autrefois victime de l’implantation des multinationales occidentales, notamment dans l’automobile et la construction navale, le tissu industriel de la ville a été restructuré. Les usines ont été cédées à des investisseurs locaux ou nationaux. Alors que les constructeurs automobiles comme Renault ou BMW avaient mis une trentaine d’années pour s’implanter en Russie, les constructeurs chinois se sont précipités pour prendre les places laissées vacantes. Aujourd’hui, plus de 60 % du parc automobile russe est entre les mains des Chinois : Haval, Jetour, Geely, Changan, Chery, BYD constructeur de véhicules électriques… Le marché russe était une aubaine pour les industriels de l’Ouest. Cette aubaine, ils l’ont offerte sur un plateau aux Chinois. Mais il n’y a pas que les constructeurs automobiles français qui se sont retirés de la Russie, obéissant comme de petits toutous aux politiques. L’enseigne de bricolage Leroy-Merlin est passée entre les mains de Lemana Pro. Castorama a été racheté par l’entreprise russe Maxidom. S’agissant maintenant des enseignes d’articles de sport, Decathlon a été racheté par la société russe ARM et a pris le nom de Desport. Sportmaster, le leader historique absolu du pays, a profité du départ des marques occidentales. En se retirant du marché russe (je me demande d’ailleurs si ce type de renoncement a déjà existé dans l’histoire des affaires !), les Occidentaux ont fait preuve d’un masochisme renversant, une sorte de wokisme économique en quelque sorte : ils ont étendu la flagellation historique à la flagellation du business. Tout se tient finalement et se résume en un mot  :  Thanatos !!!

N’allez surtout pas imaginer que pour moi, la Russie est le paradis sur Terre. Je reste avant tout français ! Mon séjour là-bas n’aura duré que deux semaines et bien sûr, je suis conscient que des points négatifs m’auront échappé. Par contre, ce que j’ai ressenti dans ce pays, c’est qu’il était dirigé par des responsables politiques qui l’aiment, veulent le préserver dans ce qu’il est ; bref, des gens qui cherchent le bien de leurs concitoyens. Cela saute vraiment aux yeux quand on se déplace. Par ailleurs, je n’ai pas vu comme on peut le voir dans tous les régimes autoritaires des flics qui vous arrêtent tous les 100 mètres pour vous contrôler ou comme en Chine ce qu’ils appellent le Filet céleste qui repose sur plusieurs centaines de millions de caméras équipées d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale. J’ai vu des gens paisibles, vaquant à leurs occupations, souriant et aimables avec les étrangers. J’ai vu de nombreux migrants venus principalement de l’ancienne Asie centrale soviétique, mais des migrants qui se tiennent à carreau, c’est-à-dire qui respectent les lois et les mœurs russes car voyez-vous, il y a en Russie un État qui est fier, lui, de son identité et qui la fait fermement respecter. Pour lui, c’est une démarche logique et naturelle parce que lui, il n’est pas un État malade comme celui de la France. Lui, il ne se laisse pas faire enfin… il est finalement comme tous les États qui autrefois en Europe de l’Ouest n’hésitaient pas à montrer le bâton quand certains se permettaient de les chatouiller, ces États qui aujourd’hui, semblent prendre plaisir à baisser leur pantalon, pour prendre des coups… et avec sourire !

Laissez-moi encore vous conter un dernier aspect de mon étonnement. Saint-Pétersbourg, c’est aujourd’hui près de 7,5 millions d’habitants soit plus que la population de la Norvège ou de la Finlande toute proche. Sa surface plus son agglomération, c’est 11 600 km2, soit 10 % plus grande que le Liban ; c’est la surface de la région Île-de-France. Mais ce qui m’a frappé en la parcourant de l’Ouest à l’Est et du Nord au Sud, c’est la propreté inouïe de cette extraordinaire conurbation : vous n’y verrez pas un papier, pas un sac plastique, pas même un mégot de cigarette traîner. La municipalité et les services publics investissent massivement dans la gestion des déchets, le nettoyage des voiries et le déneigement en hiver. Juste avant que les gens partent au travail le matin, des milliers de dvorniki ont nettoyé partout au peigne fin ! Il est vrai que Saint-Pétersbourg bénéficie d’une attention particulière du gouvernement central pour conserver son prestige impérial. En outre, des réglementations rigoureuses sont appliquées par la ville elle-même : les contrevenants s’exposent à des amendes pour les dépôts sauvages, les jets de papiers et de mégots. Il y a de petites poubelles partout. D’une manière générale, la propreté occupe une place centrale dans l’histoire, la culture et l’imaginaire collectif russes. Un espace propre est le reflet d’un État qui fonctionne et maîtrise son territoire tout en respectant ses citoyens. Si vous vous promenez dans un de ces beaux parcs de la ville et que vous terminez votre cigarette, vous vous rendrez compte qu’inconsciemment vous refuserez de jeter votre mégot : le réflexe de Pavlov justement ! Vous respectez l’endroit parce que l’endroit est un endroit de respect. Ici, on est loin, très loin de Paris avec ses surmulots, ses sacs poubelles transparents et ses bacs débordants qui restent souvent sur les trottoirs, et ses campings crasseux sous le métro du côté de Barbès-Rochechouar ! On est loin également, excessivement loin de ces villes américaines où, dans certaines rues, des épaves humaines dans des positions surprenantes parce que touchées par le Fentanyl souvent combiné avec de la Xylazine, sont laissées à l’abandon par les autorités qui n’en ont rien à faire ; elles courent lentement vers la mort. Les Russes, Dieu merci, ne sont pas un peuple pourri comme le sont beaucoup d’Américains.

Alors, puisque les Russes demeurent un grand peuple, une question m’assaille, tellement évidente : comment peut-on mettre au ban d’une moitié de l’humanité tout un peuple composé de gens qui nous ressemblent tant : aux Jeux olympiques et autres compétitions sportives ? aux conférences scientifiques internationales ? aux concerts internationaux ? ou encore à ce machin qu’est l’Eurovision ? Si j’étais patineur artistique et devenais champion du monde, j’aurais vraiment la conscience qui me titillerait car un titre dans cette discipline sans la présence d’un Russe n’est nécessairement pas complet et donc non valable ! Les Occidentaux ont mis avec un esprit réellement méchant une crispation partie pour durer un siècle et qui, à la moindre étincelle risque d’aboutir à un autre conflit alors qu’il aurait été si facile de chercher le maximum de voies possibles pour s’entendre afin que tous les pays d’Europe puissent vivre dans une harmonie constructive et enrichissante pour chacun. Un homme russe avec qui je parlais et à qui je confiais mon désarroi et la honte que j’éprouvais devant l’aversion profonde des dirigeants européens pour les Russes me répondit calmement : « Ils sont jaloux ». Quel plus beau témoignage d’un peuple qui sait où il va et avec cette fierté propre aux Russes, une fierté qui ne s’affiche pas et ne gueule pas mais qui s’appréhende par la sensibilité si vous en avez une. Je suis désormais convaincu d’une chose : il est des nations qui sont comme des fruits qui pourrissent au sol, notre pauvre France en est un parfait exemple, les nations pourrissantes en quelque sorte. Et puis, il y a des nations qui après une longue somnolence rejaillissent comme la Russie, la Chine, l’Inde, les nations rejaillissantes. Ce voyage à Saint-Pétersbourg aura été pour moi plus qu’un révélateur, une leçon de réalité correctrice !

Philippe ARNON

Date de dernière mise à jour : 19/05/2026

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