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HISTOIRE - Le 13 mai 1958 : illusions perdues

Le 13 mai 1958 à Alger : épisode du podcast La guerre d'Algérie | France  Inter

13 mai 1958 à Alger

« Jamais, moi vivant, le drapeau du FLN ne flottera sur Alger… »
(Charles De Gaulle, en juin 1958)

Aujourd’hui, les quelques vieux soixante-huitards encore de ce monde, devenus les bobos de la gauche-caviar, vont se remémorer, avec des trémolos, leur 13 mai 1968 : cette époque bénie où ces enfants trop gâtés de l’après-guerre (1) pouvaient tout casser, brûler des voitures, jeter des pavés sur les forces de l’ordre et hurler « CRS=SS » quand les flics ripostaient à coup de matraque. Bravant sans le moindre risque le pouvoir gaullien, ils se prenaient pour des révolutionnaires ou mieux, pour des héros. J’avais 18 ans en mai 68 et je ne pensais pas que cette colère de fils à papa allait amorcer le déclin de notre civilisation. Ces événements, presque exclusivement parisiens, me faisaient plutôt sourire : voir les godillots du gaullisme serrer les fesses devant des étudiants gauchistes (qui étaient souvent leur propre progéniture) avait quelque chose d’hilarant. « Et en même temps » comme dirait l’avorton présidentiel, les CRS casqués tapant allègrement sur cette vérole gauchiste, ce ramassis de pouilleux hirsutes, était un spectacle carrément jouissif. Avec le recul, quand je vois ce qu’est devenu l’écolo-libéral Dany le Rouge, j’en viens à penser que, finalement, les CRS de mai 68 auraient dû taper beaucoup plus fort ! Cette pseudo-révolution magnifiée, idéalisée, par toute une génération de larves, aura fait… sept morts et de nombreux blessés entre mai et juin 1968.

Édouard Balladur a qualifié mai 68 de « carnaval triste » et Raymond Aron de « saturnales menées par la jeunesse dorée du XVIe arrondissement » et ce fut effectivement ça : une colère de gosses de riches, de têtes à claques auxquelles il aura manqué précisément… des baffes.
Pour ma part, chaque 13 mai, j’ai une pensée pour celui de mes huit ans. C’est loin, mais je n’ai rien oublié de ce fameux 13 mai 1958, raconté avec force détails par de nombreux écrivains, plus ou moins témoins ou acteurs de ce qu’il faut bien appeler un coup d’État des séides gaullistes.
Je me souviens comme si c’était hier d’une discussion, à Tarbes, à la sortie de la messe, entre mon père – commandant à l’époque et qui s’apprêtait à repartir pour l’Algérie – et un vieux colonel de cavalerie en retraite, Gonzague de C………, qui habitait près de chez nous. Mon père disant : « De Gaulle va tout brader… », et ce brave colonel lui affirmant péremptoirement et en martelant ses mots : « Mais non, voyons, De Gaulle c’est l’empire ! ». Hélas, mon père avait raison !
Sur Wikipédia, on peut lire : « Le putsch du 13 mai est le coup d’État mené à Alger le mardi 13 mai 1958, conjointement par l’avocat et officier parachutiste de réserve Pierre Lagaillarde, les généraux Raoul Salan, Edmond Jouhaud, Jean Gracieux, l’amiral Auboyneau avec l’appui de la 10e Division Parachutiste du général Massu et la complicité active des alliés de Jacques Soustelle… ».

C’est (comme d’habitude sur Wikipédia !) très approximatif et assez incomplet.
Au départ, en pleine guerre d’Algérie, c’est un drame qui allait provoquer l’indignation des foules : le 25 avril 1958 un tribunal révolutionnaire de l’ALN (2) condamnait à mort et exécutait trois soldats français prisonniers depuis le 1er novembre 1956. Ces soldats, tombés dans une embuscade, étaient René Decourteix et Robert Richomme du 23e RI et Jacques Feuillebois du 18e Dragons. Pendant 18 mois, ces malheureux garçons avaient subi un atroce calvaire, traînés de village en village, la corde au cou, couverts de crachats, de coups et d’insultes. Ils furent finalement fusillés par l’ALN… sur le sol tunisien, ce « pays neutre  et ami de la France » aux yeux de l’ONU.
Le général Raoul Salan était aux premières loges. Il a raconté en détail le 13 mai 1958 dans un numéro de la revue Historia ; récit repris ensuite, intégralement, dans ses mémoires (3).
En France, le gaulliste Alexandre Sanguinetti remuait ciel et terre pour organiser une grande manifestation en mémoire des trois soldats fusillés. À Bône, à Oran, à Constantine, puis à Alger, les partisans de l’Algérie française et les associations d’anciens combattants en font autant.
Mais il ne faudrait pas occulter l’agitation provoquée autour de ce drame par les partisans de l’ermite de Colombey qui, depuis douze ans, ne rêvait que d’un retour au pouvoir. Un retour que seules des conditions dramatiques, inespérées, pouvaient provoquer.

Le dimanche 11 mai, un gaulliste historique demande à Raoul Salan : « Mon général, pouvez-vous temporairement vous passer de deux régiments parachutistes et, en cas de troubles, les envoyer sur la région parisienne ? ». Le 13 mai 1958 était bien un coup d’État : les gaullistes ont envisagé un coup de force des paras pour s’emparer du pouvoir, mais ce fut un coup d’État sans victimes.
Raoul Salan était prêt à marcher puisque, comme il l’écrira lui-même : « À Paris, des hommes politiques reprochent à cette guerre de s’éterniser et de coûter cher. 400.000 hommes, disent-ils, n’arrivent pas à bout de 60.000 fellaghas! Je retrouve les propos tenus autrefois sur l’Indochine, mais Alger est à la porte de Paris… ». Manipulé par les gaullistes – qui ont pourtant tenté de l’assassiner en janvier 1957 (4) – Salan déclarera à la presse : «  Pour éviter le désordre, je suggère que monsieur Pflimlin se retire et qu’un gouvernement de salut public soit constitué avec à sa tête le général De Gaulle, seul garant pour nous de l’Algérie française ». Dans cette affaire, le général Salan, trop naïf, s’est fait rouler dans la farine. Il en tirera les conséquences plus tard et passera à la dissidence.
Le 13 mai donc, une grève générale est décidée à Alger, ainsi qu’une grande manifestation patriotique au plateau des Glières, où se trouve le monument aux morts de la ville.
Cette manifestation de Pieds-noirs et de musulmans, qui fraterniseront avec les paras du 3e RPC (5) de Trinquier et ceux du 6e de Romains-Desfossés va prendre une ampleur considérable.

Au balcon du gouvernement général, la foule en liesse acclame les différents orateurs. On crie « Vive l’Armée », « Vive Massu », « Vive Salan », « Algérie française », mais surtout « Vive De Gaulle » et « De Gaulle au pouvoir ». La machination, première étape de la trahison, était en route.
De nombreux auteurs, crédules, qualifieront d’« heures historiques » ce qui fut, en réalité, une gigantesque manipulation. Pendant ce temps, De Gaulle secoue ses supporters en leur rappelant qu’il n’interviendra que « comme arbitre ». Il n’ose pas encore dire comme sauveur ! Pour beaucoup, il est le seul homme capable de sauver l’Algérie française. Plus personne n’évoquait son discours du 30 janvier 1944 à Brazzaville dans lequel il déclarait : « … En Afrique française, comme dans tous les autres territoires où des hommes vivent sous notre drapeau, il n’y aurait aucun progrès, si les hommes, sur leur terre natale, n’en profitaient pas moralement et matériellement, s’ils ne pouvaient s’élever peu à peu jusqu’au niveau où ils seront capables de participer chez eux à la gestion de leurs propres affaires. C’est le devoir de la France de faire en sorte qu’il en soit ainsi. Tel est le but vers lequel nous avons à nous diriger. Nous ne nous dissimulons pas la longueur des étapes… Au demeurant, il appartient à la nation française et il n’appartient qu’à elle de procéder, le moment venu, aux réformes impériales de structure qu’elle décidera dans sa souveraineté… ».
Et l’ermite de Colombey revint aux affaires, après une longue traversée du désert, à coups de propos mensongers. Bernard Moinet, dans son Journal d’une agonie (6) s’est donné le mal de reprendre les différents discours, notes, conférences, dans lesquels l’homme du 18 juin a pris position en faveur du maintien de la France en Algérie mais surtout, a demandé aux militaires, aux Pieds-noirs, aux Harkis, de lui faire confiance. C’est à la fois édifiant et scandaleux !

Le fourbe va rapidement tomber le masque. Dès janvier 1959, une des premières mesures du tout nouveau président de la République laisse les Pieds-noirs et l’armée perplexes : la grâce de 180 terroristes – excusez du peu ! – du FLN condamnés à mort pour des massacres ; la libération de 7000 prisonniers (qui s’empressent de gagner le maquis pour reprendre les armes contre la France) ; et le transfert de Ben Bella et de ses codétenus à l’île d’Aix, où ils allaient bénéficier d’un logement confortable. Cette clémence n’était que la première étape du chemin de l’abandon.
Très rapidement De Gaulle – qui découvre, en revenant aux affaires, l’utilisation qu’on peut faire de la télévision – dévoile ses véritables intentions : l’indépendance à court terme.
Déjà des émissaires gaullistes rencontraient en secret des responsables du FLN pour préparer ce que De Gaulle appelait « la paix des braves ». Le 16 septembre 1959, il prononçait son discours sur « l’autodétermination » qui ouvrait la voie à l’indépendance. Pierre Pflimlin, éphémère président du Conseil qui n’avait tenu que 20 jours avant d’être renversé par les gaullistes en mai 1958, avait vu juste quand il déclarait : « Les gens d’Alger vont avoir des surprises avec De Gaulle. Il les matera durement. Il ne croit pas à l’Algérie française. Il ira plus loin dans la politique algérienne qu’aucun gouvernement n’aurait pu le faire… Un jour les Français d’Algérie regretteront de m’avoir renversé. »

C’était une belle prémonition ! La perte de l’Algérie française, c’est la fin de notre autosuffisance énergétique et le début de l’immigration-invasion que nous subissons actuellement. Comme disait un humoriste – Coluche sauf erreur ? – « Lors du divorce entre la France et l’Algérie, c’est la France qui a obtenu la garde des enfants ». J’ai un peu de mal à comprendre pourquoi une majorité de Français – y compris ceux qui étaient antigaullistes de 1958 à 1969 – évoque aujourd’hui le retour au pouvoir de L’homme du 18 juin en 1958 comme une époque bénie pour notre pays. Le bradage de nos départements d’Algérie et du Sahara, où nous avions découvert et mis en valeurs d’immenses gisements gaziers et pétroliers, aura été une catastrophe que nous allions payer au prix fort.
Pour moi, le 13 mai sera toujours une journée de deuil ! Semper fidelis.

Éric de Verdelhan

1) C’est une époque où 20 % des bacheliers, généralement issus de la bourgeoisie, pouvaient faire des études supérieures. Depuis, par souci d’égalité, on donne un bac totalement dévalorisé à 95 % d’une classe d’âge et on s’étonne qu’il n’ouvre qu’une porte ; celle de Pôle-emploi.
2) Armée de Libération Nationale ; la branche armée du FLN.
3)« Mémoires » du général Raoul Salan, mémoires en trois tomes. Le dernier, et le meilleur, traite du drame algérien ; Plon ; 1973.
4) « L’affaire du bazooka » qui coûta la vie au commandant Rodier. Philippe Castille, l’un des auteurs de l’attentat, rejoindra plus tard Salan au sein de l’OAS.
5) RPC : Régiment de Parachutistes Coloniaux.
6) « Journal d’une agonie » de Bernard Moinet ; éditions Saint-Just ; réédition 1981.

Date de dernière mise à jour : 14/05/2026

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