
Le nombre de féminicides ne baisse pas en France. À chaque nouvelle affaire médiatisée, l'histoire de ces femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint vient percuter celles des victimes de violences conjugales.
Un féminicide tous les deux jours et demi en France et les chiffres ne baissent pas. L'an dernier, 170 femmes sont mortes sous les coups de leur de leur conjoint ou de leur ex-conjoint, selon le collectif Nous Toutes. La dernière affaire qui fait la Une de l'actualité, c'est cette jeune mère de famille, Manon Relandeau, portée disparue près de Nantes depuis près d'un mois, dont le conjoint a été arrêté, lundi 27 avril, en Algérie, accompagné de leur fille de 15 mois.
À chaque nouveau cas, une nouvelle blessure se rouvre pour les anciennes victimes. "Je ne regarde plus le JT par exemple, je ne peux plus en fait", confie Hélène qui a échappé à un mari violent après plusieurs années de souffrance. Elle a pris ses distances avec l'actualité, parce que même deux ans et demi après s'être enfui de l'enfer des violences conjugales, chaque nouveau féminicide réveille en elle le traumatisme.
" Ce qui m'inquiète le plus, c'est la répétition "
"On a tendance systématiquement à repenser aussi à ce que nous on a vécu et à ressentir ce que la personne elle a pu ressentir à ce moment-là", explique Hélène. "Mais il y a toujours ce rappel du quotidien qui vient nous dire 'attention, il y a eu ça, attention, tu as vécu ça, attention, ça se produit encore'", poursuit-elle. Selon elle, ce sont "des choses avec lesquelles on apprend à vivre, mais sur lesquelles on aura toujours des sentiments qui nous réactivent facilement aussi".
Parmi ces émotions réactivées par chaque féminicide, de la tristesse pour les familles endeuillées, la peur de vivre dans une société où tant de femmes meurent et puis la colère de voir que les choses bougent si peu. "Malheureusement, à l'entendre beaucoup, il y a aussi une banalisation, et moi ce qui m'inquiète le plus, c'est la répétition", affirme Hélène. Et d'ajouter : "Mais qu'est-ce qu'on fait en amont en fait ? Qu'est-ce qui est en place aujourd'hui pour qu'en amont, ça ne se produise pas ? Et là-dessus, je n'ai pas l'impression qu'on avance beaucoup." Les chiffres, malheureusement, donnent raison à Hélène. Depuis le début de l'année, 42 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou de leur ex-conjoint.
Faustine Calmel