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LA FRANCE LIBÉRÉE 2027

C ONFLIT - Accord entre l'Iran et les Etats-Unis : pourquoi le plus difficile reste à faire lors des 60 prochains jours de négociations

G7 : « Regarde ce beau mec »… Donald Trump sans filtre face aux autres  chefs d'Etats

Washington et Téhéran se sont donnés deux mois pour discuter des conditions de la mise en œuvre d'un cessez-le-feu durable. De nombreux points sensibles restent à négocier, notamment celui du nucléaire iranien.

Le plus dur commence. Après la signature d'un protocole d'accord de paix par les Etats-Unis et l'Iran, mercredi 17 juin, les deux pays ont désormais 60 jours pour discuter des points clés de sa mise en œuvre. Les pourparlers doivent démarrer sans plus tarder. "Il est toujours prévu que les Etats-Unis et l'Iran, ainsi que les médiateurs que sont le Pakistan et le Qatar, se réunissent" vendredi 19 juin près de Lucerne, pour "entamer les premières négociations", a fait savoir jeudi le ministère des Affaires étrangères suisse.

Ces deux mois vont s'avérer critiques. Le texte signé mercredi par les présidents américain et iranien, Donald Trump et Massoud Pezeshkian, prévoit la fin des hostilités, la réouverture immédiate du détroit d'Ormuz – que Téhéran verrouillait depuis la fin février –, ainsi que la levée simultanée du blocus américain pesant sur les ports iraniens. Mais il laisse de nombreux points en suspens, à commencer par la durée même des négociations. Théoriquement de 60 jours, elle peut être prolongée d'un commun accord par les deux parties.

L'épineuse question du nucléaire iranien

Une hypothèse très plausible, selon James Acton, codirecteur du programme sur la politique nucléaire au cercle de réflexion Carnegie Endowment for International Peace. "Il me paraît extrêmement improbable qu'un accord final soit jamais conclu, et encore moins dans un délai de 60 jours", affirme-t-il dans les colonnes du Monde(Nouvelle fenêtre). Le quotidien rappelle d'ailleurs qu'il avait fallu deux ans d'âpres négociations à l'administration Obama pour concrétiser le premier accord sur le nucléaire iranien, dont les Etats-Unis se sont retirés durant le premier mandat de Donald Trump en 2018.

Le devenir des stocks d'uranium enrichis de l'Iran est probablement la plus grande inconnue de ce protocole d'accord. Lorsqu'ils ont lancé leur offensive en Iran en février, les Etats-Unis et Israël assuraient vouloir empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique. La République islamique s'engage bien, dans le texte, à ne pas "se procurer ni développer d'armes nucléaires". Mais il reviendra aux négociateurs de "régler le sort des matières enrichies accumulées" par l'Iran, une des options envisagées étant de diluer l'uranium enrichi sur place, "sous la supervision de l'AIEA", l'Agence internationale de l'énergie atomique.

"Il s'agit d'une opération très complexe, et ce n'est un secret pour personne. Nous devrons donc être extrêmement précis dans les détails", a réagi jeudi Rafael Grossi, son directeur général. "Tout peut fonctionner lorsque les deux parties décident qu'elles veulent que quelque chose soit fait", a-t-il affirmé, alors que l'on ignore ce qu'il est advenu des plus de 400 kg d'uranium enrichi que l'AIEA a vus pour la dernière fois en juin 2025.

Le démantèlement de l'arsenal balistique iranien, lui, ne figure pas dans le protocole d'accord signé mercredi. Le danger que représentent ces missiles pour Israël et pour les bases américaines au Moyen-Orient faisait pourtant partie des justifications avancées par les Etats-Unis au début du conflit contre la République islamique, rappelle Le Monde. Donald Trump a affirmé mercredi, lors d'une conférence de presse à la fin du sommet du G7, que ce point serait discuté avec les pays du Golfe. "Ils doivent en avoir quelques-uns, parce que d'autres en ont", a déclaré le président américain, au sujet des missiles balistiques. Selon The Hill(Nouvelle fenêtre), il a ajouté que ces armements "n'étaient pas le problème", car "ils peuvent faire des dégâts à un petit endroit, mais ils ne font pas sauter la planète".

Israël veut poursuivre ses opérations au Liban

En parallèle, l'Iran a obtenu d'importantes concessions dans le mémorandum. Les Etats-Unis s'y engagent non seulement à "mettre fin à tous les types de sanctions" contre la République islamique, mais aussi à "rendre pleinement disponibles et utilisables les fonds et avoirs" iraniens gelés. Si le calendrier de la levée des sanctions doit être discuté dans les 60 prochains jours, les Etats-Unis vont, en attendant, accorder des "dérogations" à Téhéran pour lui permettre de reprendre ses exportations de pétrole. Autre point positif pour l'Iran : la mise en œuvre d'un plan de 300 milliards de dollars, soit 261 milliards d'euros, pour la reconstruction et le développement économique du pays, selon des modalités qui devront, elles aussi, être négociées ces prochaines semaines.

Aux Etats-Unis, ces concessions ont suscité beaucoup de scepticisme. Donald Trump "cède bien plus qu'il n'obtient", a écrit le Wall Street Journal, alors que la chaîne conservatrice Fox News a rapporté les critiques de ceux qui "affirment que le cadre offre à l'Iran d'énormes avantages financiers, sans exiger le démantèlement de son infrastructure nucléaire".

Téhéran compte d'ailleurs négocier d'autres avancées économiques, cette fois sur la question du détroit d'Ormuz. S'il prévoit la reprise immédiate et en toute sécurité du trafic des navires commerciaux dans le couloir maritime, le protocole précise que les passages se feront "sans frais pendant 60 jours uniquement". Les pourparlers à venir porteront donc aussi sur l'ambition iranienne de faire payer les navires qui empruntent le détroit, qui "ne reviendra pas à la situation d'avant-guerre", a assuré mercredi le négociateur en chef de la République islamique, Mohammad Bagher Ghalibaf.

"L'Iran a un droit de souveraineté sur Ormuz et, bien sûr, nous percevrons une redevance pour ces services."

Le conflit au Liban pourrait toutefois compliquer l'avancée des discussions. Le premier point du protocole prévoit "la cessation immédiate et permanente des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban", mais aussi de garantir "l'intégrité territoriale et la souveraineté" du pays du Cèdre. Depuis des mois, Israël y mène une offensive aérienne et au sol contre le Hezbollah, groupe chiite pro-Téhéran. Mercredi, le chef du mouvement libanais a salué une "grande victoire" pour l'Iran et appelé à "tirer profit" de cet accord pour "expulser Israël" du territoire libanais.

L'Etat hébreu n'a pas réagi à la signature de l'accord. Mais il avait très froidement accueilli l'annonce, plus tôt dans la semaine, d'un début d'entente entre Téhéran et Washington. Jeudi, l'armée israélienne a même publié une nouvelle carte des territoires qu'elle occupe au Liban, rapporte Reuters(Nouvelle fenêtre). Selon l'agence de presse, qui cite des sources anonymes proches du Premier ministre Benyamin Nétanyahou, Tel-Aviv tente désormais de négocier avec les Etats-Unis le droit de poursuivre ses opérations au Liban.

"Israël parie sur l'échec de la deuxième phase de cet accord et sur le fait qu'aucune entente n'est possible entre la République islamique et les Etats-Unis", analyse Clément Therme, spécialiste de l'Iran, auprès de franceinfo. Donald Trump a lui-même admis, mercredi, qu'une reprise des hostilités restait possible. "Si, au bout de 60 jours, nous ne tombons d'accord, nous allons continuer à bombarder", a-t-il menacé.

Le Livre de Guerre

Date de dernière mise à jour : 18/06/2026

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